martedì 10 novembre 2009

1979 - 12

Mercredi 11 avril

Enzo me téléphone à cinq heures du matin. Papa a été assassiné cette nuit. Le procès s’est achevé à 2 h du matin. A 2h30 il a été exécuté. Maman a appris la nouvelle par Ali Razavi, Karim n’en savait rien. A présent Karim cherche un endroit où enterrer papa.

[En fait, les choses se sont passées différemment. Le procès de papa a commencé à 19h30, à 19h37 il était achevé. En l’espace de quatre heures, onze personnes en tout ont comparu devant le tribunal révolutionnaire. A deux heures du matin, on leur a lu la sentence. A deux heures trente ils ont été exécutés. J’ai appris les détails très graduellement. A Paris, il semblerait que quelqu’un (un des amis de Saideh? Ali Razavi?) a prévenu maman que le procès de papa était en cours et de faire quelque chose. Toute la nuit, maman, Saideh, ima Sajed et d’autres amis ont essayé d’avoir des détails. Maman téléphone à Karim qui dort sur ses deux oreilles, tout à fait tranquilisé par les propos du fils Khomeiny et d’un certain ayatollah Montazéri qui lui ont assuré que papa ne courait aucun risque, que Kh. ne voulait pas sa mort, que pas un cheveu de sa tete ne serait touché. Karim, ébranlé par le coup de fil de maman, appelle la prison de Qasr d’où on lui dit qu’il ne se passe rien, que papa va bien, que tout ça c’est des rumeurs. Papa était déjà mort. Maman m’a dit que quand le petit Hassan lui a répondu au téléphone, il pleurait et qu’il avait sans doute déjà appris la nouvelle par le mojahheddin du coin, qu’il n’avait sans doute pas le courage de le dire à Karim. Karim se tranquilise puis, à sept heures du matin, il écoute la radio et c’est par la radio qu’il apprend, pauvre, que papa a été exécuté dans la nuit. Il téléphone à Saideh, lui dit d’une voix brisé “c’est fini, ils l’ont assassiné.” Il parle ensuite à maman qui appelle Enzo à Turin. A cinq heures, Enzo me téléphone. Maman voulait qu’il parte immédiatement , en fin de comptes ils décident qu’il vaut mieux m’appeler car je risque d’apprendre la nouvelle par la radio. Enzo quitte immédiatement Turin. Je parle à maman. Elle ne pleure pas, moi non plus. Nous n’avons pas de voix, rien à nous dire. Bianca me Prépare le café, reste à coté de moi. Je lui dis c’est drole. Je suis presque soulagée. L’incertitude est devenue certitude, c’est tout”. Le plus curieux c’est que maman, au téléphone dimanche, avait affirmé qu’elle agirait dès que le procès était commencé. Elle n’imaginait pas qu’il durerait sept minutes et demie. Enzo arrive à Vada à 10h, il est pale et muet. Il n’essaye meme pas de me consoler. Nous allons voir le curé qui me promet une entrevue avec l’éveque, peut-etre meme avec le pape. J’écris de lettres: au président de la république, à Eugenio Scalfari, directeur de Repubblica. Elles resteront sans réponse.

Beaucoup plus tard, en ce début de mois de juillet en lequel j’écris, maman me dit qu’on a demandé à l’ayatollah Khalkhali , président du tribunal révolutionnaire , s’il avait signé de sa main la sentence de mort de papa. Il a dit que non, qu’il s’est meme opposé à cette mort. C’est Kh. lui-meme qui a signé. On a autorisé papa et un autre militaire à mourir sans etre bandé et couvert de ces horribles pancartes où on inscrit tous les crimes. En fait Enzo me raconte à son retour de Paris, le 20 juillet, que papa n’a meme pas été mis au poteau dans la cour de Qasr. Il a été tué de deux balles, l’une dans le coeur, l’autre dans le cou, à l’intérieur de la cour de la prison, dans la salle où les autres condamnés attendaient leur tour, sans doute par un de ces gamins que l’on voyait à la télévision ricaner sur le corps de Hoeyda. Cela transforme la chose en assassinat. Il n’y a meme plus un simulacre de légalité. J’ai pensé alors et je l’ai dit à Enzo qu’avec le procès et la mort de papa, les deux extremes de l’évolution humaine s’étaient rencontrés: à un bout le singe, à l’autre l’homme dans sa perfection, miracle de millénaires d’affinement , de toute une vie de souffrance et de renoncements personnels. Le singe a détruit l’homme en l’espace de quelques secondes. Il n’a pas fallu plus que cela. Cela devrait faire réfléchir. Où donc l’espoir dans l’humanité? Papa détestait l’humanité parce qu’il craignait le singe et, pourtant, il devait y croire puisqu’il s’est efforcé toute sa vie d’arriver au miracle de la perfection et il y est arrivé dans la mesure ou c’est possible. Il devait y croire, à moins qu’il n’ait voulu échapper au singe(au reptile, disait-il) en lui-meme. Ces gens qui l’ont tué sont la négation de l’espoir, ils représentent la volonté de suicide de l’humanité et l’expriment à travers l’Islam.]

Les chefs d’accusation contre papa ont été les suivants : d’avoir encouragé la corruption sur cette terre, d’avoir taché ses mains du sang de milliers d’iraniens. Dans les journaux ils ont dit que papa a été arreté en état de fuite. Les journaux l’ont appelé “bourreau” et naurellement “traitre”, ils l’ont accusé d’avoir agi contre la volonté des iraniens. Lors de son procès, alors que les juges lui parlaient en arabe, papa leur a dit qu’il ne les comprenait pas, ne connaissant pas l’arabe. Ils ont traduit le mot “corrupteur de la terre”. Papa leur a dit “vous ne savez pas ce que vous dites: Toute ma vie j’ai combattu la corruption.” Je crois qu’il n’a rien dit d’autre. Qu’avait-il à ajouter, d’ailleurs? Il y a ces merveilleuses photos de procès. Elles sont terribiles aussi. Il a l’air surpris, il a du etre surpris, qu’on l’accuse de corruption. Il est tout à fait droit sur sa chaise, et ce regard fier et doux à la fois, très lointain. Boby disait qu’il avait l’air de regarder “au-delà” de ses juges et, je suppose, des hommes, du monde. La mauvaise foi: combien de fois papa s’est insurgé contre elle. Cette fois-là, le 10 avril, lors de ce fameux procés. Il ne s’est pas insurgé. Il a du comprendre que la mauvaise foi est inévitable, nécessaire meme pour couvrir le crime, justifier l’injustice., la cruauté, le désir de vengeance. Il le savait déjà, mais je crois que jamais auparavant il n’en avait eu la confirmation de manière aussi éclatante.

Jeudi 12 avril

Parle à maman ce matin. Elle me dit des choses terribiles. Kh. aurait déclaré: “toute une génération d’hommes doit disparaitre dans ce pays et leurs fils avec eux si nécessaires, puisque leur sang est corrompu. Trois mois ne suffiront pas pour les extirper”. En attendant, nous ne trouvons pas une sépulture pour papa.

[Cette histoire de sépulture a duré jusqu’à samedi. Les autorités ont dit à Karim qu’il vaudrait mieux ne pas retirer le corps de la morgue car il risquait d’etre dépecé pas la foule. En fait, la radio ne cessait de pousser la foule au déchainement contre ces pauvres cadavres. Toute la journée, parait-il , toutes les transmissions avaient pour but de dévoiler les crimes des onze exécutés, encourageant la foule à aller s’approprier des corps et à en disposer pour empecher qu’ils ne souillent la terre de la sépulture. Karim n’a donc pas osé retirer le corps, il n’a pas voulu le voir non plus. Djehanguir l’a vu. Pendant les journées qui ont suivi, Karim et Djehanguir ont couru d’un cimetière à l’autre pour obtenir un lopin de terre. Les autorités disaient “où que vous le mettiez, on le retrouvera”. En fin de comptes, nous avons pensé à l’incinération. Il y avait un autre problème grave: papa n?était pas circoncise t si cela se savait, c’était la tragédie dans la tragédie. L’incinération était donc la réponse à tous nos annuis. Pourtant dès que Karim a averti les autorités de son intention, un règlement a été promulgué – le samedi – interdisant l’incinération comme étant contraire aux lois de l’Islam. Nous craignions vraiment de ne pouvoir enterrer papa. Nous avons tous passé des journées de cauchemar. Comme si la mort de papa ne suffisait pas à assouvir la haine et le désir de vengeance de ces gens. Ils ont voulu persécuter jusqu’à son cadavre. En fin de comptes Karim a obtenu un lopin de terre appartenant à une parente de sa femme. Il a été dans la nuit chercher le corp de papa, il l’a fait laver à Behecht–Zahra après avpor soudoyé le laveur de morts pour qu’il ne cherche pas à connaitre l’identité de papa et, dimanche à cinq heures trente, il a été enterré à Em.Z.Gh. , dans un coin tranquille avec des arbres. Enzo et moi avons beaucoup réfléchi à cette histoire, en particulier au fait que les autorité avaient proposé d’enterrer, elles, les exécutés dans un coin de Béhécht-Zahra. Nous sommes arrivéz à la conclusion qu’on voulait créer – sous prétexte de la sécurité de ces corps (ahurissante histoire) – un “cimetière de l’infamie” qui servirait le cas échéant aux déchainements populaires, Vilaine, sordide et cruelle histoire qui en dit long sur la mentalité de ce peuple].

venerdì 6 novembre 2009

Naneh

Naneh

Non so niente dell’Iran di oggi. I miei ricordi sono di tempi lontani. L’ultima volta che vi sono tornata era nel 1967, avevo 21 anni.

Naneh era ancora in vita. Chi ha l’età mia sa cosa rappresenta la parola Naneh in persiano. Molto, molto più di tata in italiano o nanny in inglese. Un mondo è racchiuso in questa modesta parola.
Nel 1967, andai a trovare Naneh con il mio fidanzato italiano, nella casetta al sud di Teheran che mio padre le aveva comprato per la vecchiaia. La casa dava su un vicolo. Aveva un cortile in mattonato con un piccolo, profondo, specchio d’acqua in mezzo, come usava allora, che serviva per lavare i piatti o i panni. L’interno era spartano, su due piani, quattro stanze in tutto che si aprivano sul corridoio centrale. Le pareti imbiancate a calce, con piccole nicchie alte dove si riponevano le cose pregiate. Il pavimento era ricoperto da zilù, i tappeti di cotone grezzo dei poveri. Niente mobili, solo materassi accostati ai muri. Quella dei materassi è una storia lunga in Iran: ci si siede durante il giorno, ci si mangia intorno alla tovaglia posata in terra, d’inverno si mette una panca in mezzo alla stanza con un braciere sotto e una coltre sopra, e ci s’infila con le gambe, la schiena appoggiata a grossi cuscini. Tutta la famiglia, giacché quella è l’unica stanza riscaldata, il luogo dello stare insieme, in un tepore meraviglioso e un po’ avvelenato. Non so se è ancora così, forse nelle campagne, forse no. Stare lì con Naneh e sua figlia e suo genero era per me, da bambina, il massimo della felicità. Un po’ perché mia madre lo proibiva, temendo le esalazioni del carbone di legna e anche la troppa familiarità con la servitù, un po’ perché quelle tre persone erano al centro del mio universo.
Era d’estate quella volta che andai a trovarla. Per onorarci, o in ricordo del tempo in cui viveva con noi, Naneh tirò fuori delle sedie pieghevoli, tipo cinema all’aperto, e un tavolo intorno al quale le dispose. La tovaglia era vecchia ma pulitissima, come il resto della casa. Ci offrì per prima cosa uno sciroppo di amarasche freschissimo e poi il pranzo. Maccheroni alla Naneh, così chiamavamo quella pietanza: erano veri maccheroni conditi con una gustosa salsa al ragù di carne, fatti svaporare dentro una pentola coperta come se fosse riso. In fondo, proprio come il riso, si formava una crosta dorata che veniva via intera e che mangiai a morsi, gli occhi chiusi, come Proust quando addentò la famosa madeleine. Dopo, Naneh ci portò le sue polpette, ricetta comunissima a base di carne e cipolla, ma che dalle sue mani usciva con un sapore inconfondibile. Non ricordo se mangiarono lei, sua figlia Najafi e Bahrami suo genero.
Quanti anni avesse Naneh è un mistero, lo è sempre stato. L’aspetto suo era quello che avevo conosciuto sin da bambina, la statura bassa e minuta, ora rimpicciolita dall’età, la pancia prominente. Indossava il solito vestito di cotone a fiorellini e sulle gambe, molto arcuate, delle calze pesanti. Colpiva il suo viso dagli zigomi alti, incorniciato da una pezza bianca legata sotto il mento. Dolce, non c’è altra parola. Paziente e garbato. Come la sua anima. Non l’ho mai vista arrabbiata o stressata, ne sono certa, anche se tutta la nostra casa era governata da lei, compresi noi bambini, sin dalla nascita
Naneh deve essere entrata a servizio da mia nonna negli anni trenta, da sola, anche se era già sposata. Non ho ricordo di un marito. Aveva due figli: La primogenita era Najafi che ho conosciuto sempre uguale a se stessa, senza età, il corpo grosso e difforme, il viso butterato dal vaiolo, due occhi vivaci, affondati nel grasso. A tratti viveva con noi anche lei, quando c’era bisogno, poi tornava dal marito Bahrami che era quasi cieco e portava sempre un capello marrone, una specie di borsalino però rigido, un po’ polveroso. Quell’uomo era la bontà personificata e noi bambini lo amavamo alla follia. Quando veniva, era per noi una grande festa, ci arrampicavamo sulle sue ginocchia e lasciavamo le sue mani di cieco toccarci il viso e i cappelli. Subito dopo guerra, nel paese occupato, fu Bahrami a procurare il latte per allevarmi, di capra o di asina, e andava a cercarselo in autobus o a piedi nei villaggi sulle falde dell’Alborz. Ho anche quel debito con la sua memoria.
Il secondogenito era Abdollah. Fintanto che stette con noi fu il nostro baby-sitter in permanenza. Ricordo soprattutto che ci portava a fare lunghe passeggiate nel deserto circostante e mi diede modo di imparare ad amare quel paesaggio brullo, di conservarne una nostalgia duratura negli anni della lontananza. Portava piccoli occhiali tondi alla Trotsky, con lenti spessissime che lo facevano sembrare un sapientone. La testa, ce l’aveva e comunque dovette farsela. La mia terribile nonna dalle idee ottocentesche volle dargli un’educazione. Così diventò impiegato in qualche amministrazione pubblica. Durante le sommosse dell’epoca di Mossadegh, fu colto da una pallottola vagante e ferito, non in modo grave per fortuna ma abbastanza da destare una certa agitazione in famiglia. Non viveva più con noi allora, tutto ciò passò sopra le nostre teste di ragazzi. O forse ci eravamo già rifugiati in Francia perché la situazione si era fatta troppo pericolosa. Abdollah dovette stare in ospedale, immagino, ma non credo proprio che Naneh abbia lasciato un attimo la casa per andarlo a trovare. Non credo che lei si sia mai preso un giorno di riposo o di vacanza o che abbia immaginato di poter avere una vita sua, se è per questo.
Mia madre racconta ancora della mia salute piuttosto cagionevole da bambina. Lei lavorava molto perché la paga da ufficiale di mio padre non bastava, a suo dire, neanche a comprare un paio di scarpe. Quando mi ammalavo, era Naneh ad accudirmi. Buttava un materasso in terra accanto al mio letto e, dopo una lunga giornata di faccende, mi vegliava, rialzandosi la mattina dopo all’alba, come sempre per riprendere il lavoro.
Naneh, persona infima agli occhi del mondo… Ai nostri occhi di bambini, l’inizio e la fine di tutto, come il sole. Di sicuro, la prima persona che cercavamo tornando da scuola, per avere una carezza dalle sue mani piene di nodi, rovinate dal lavoro. Andavamo a trovarla nella cucina che stava dall’altro lato del cortile, buia come l’antro del diavolo. Ho l’impressione che cucinasse sulle buche di un grande focarile, più tardi ricordo dei fornelli a petrolio che emanavano un forte odore che, per me, è sempre stato quello dell’Iran. Mia nonna non amava il riso, non amava il Khoresh, allora lei dovette imparare a fare delle pietanze europee, come i maccheroni appunto. Qualunque cosa cucinasse, era perfetta, seppure non molto somigliante all’originale. Mai più ho mangiato cibo così saporito.
Non giocava con noi, non ne aveva il tempo, ma ci teneva sempre sotto gli occhi. Forse ci raccontò qualche storiella paurosa come facevano tutte le Naneh, storie di djinns che, per me, sono rimasti una realtà ancora oggi. Era una donna semplice, chiacchierava poco, anche se le piaceva nei rari momenti di distensione. Durante le lunghe strigliate al bagno pubblico dove andavamo una volta alla settimana, o quando ci portava a vedere le grandi processioni dell’Ashura, dove veniva commemorato il martirio dell’imam Hossein. In lei suscitavano grande emozione, per me erano un momento di terrore che non ho dimenticato e che ha segnato definitivamente la mia mente riguardo all’Islam sciita.
Vorrei poter dire che Naneh era di un’intelligenza o saggezza fuori dal comune, ma non ricordo. Non era questo che cercavo in lei, neanche più tardi quando fui in grado di capire. Però quando andammo a trovarla nel 1967, fece mostra di un’acutezza fuori dal comune. La guerra del Vietnam era in corso, un vero pantano dal quale sembrava impossibile uscire. E lei, analfabeta quale era, seguiva gli eventi passo passo, ascoltando la radio che teneva in una nicchia. Conosceva ogni battaglia, per nome e per luogo, il nome dei generali (ricordo che nominò l’orribile Westmoreland), dei capi vietnamiti, e aveva opinioni molto precise su chi avrebbe vinto e chi perso. L’unica guerra che aveva conosciuto era quella priva di battaglie ma ricca di povertà e di razionamento nell’Iran occupato da tre nazioni, durante il secondo conflitto mondiale, corteggiato e minacciato da una quarta, quella tedesca, per via del maledetto petrolio. Questa del Vietnam atterriva Naneh e l’appassionava, come una sorta di racconto radiofonico a episodi. La radio era diventata il cordone ombelicale tra lei e il mondo.
Le verità è che Naneh, nella sua semplicità tutta popolana, era capace di pensare, di sbagliare, di sognare e immaginare. Aveva pure i suoi momenti di follia. Successe così, una volta, che soffrendo di reumatismi, si bevve un bicchierone di aceto in cui da due anni conservava degli spicchi d’aglio, credendo di ingurgitare un rimedio naturale. In realtà, quell’aceto era diventato un veleno, arsenico o altro, non ricordo quale, nel contatto prolungato con l’aglio. Può darsi che l’arsenico faccia bene ai reumatismi, di sicuro lei rischiò di morire e sarebbe morta per davvero se mia madre, che aveva una formazione medica, non fosse stata a casa a salvarla. Ci cacciò via naturalmente, noi ragazzi, ma non poté impedirci di stare dietro la porta chiusa ad aspettare, spaventati. Ricordi… Chissà quanto esatti.
Di recente, parlando di Naneh con mia sorella maggiore, nella quiete del suo bel giardino nel Virginia, ebbe qualcosa da dirmi anche lei. Le chiesi se sapeva quando fosse nata Naneh, con chi fosse stata sposata. Non, non sapeva né poteva immaginare l’età di Naneh. Ma riguardo allo suo stato di sposa, sì. Ebbe una risata. Essendo la maggiore di noi tre figli, femmina per giunta, Naneh le faceva delle confidenze. Non so fin dove si spinse e mia sorella non lo disse. Sicuro che non vi erano tabù fra la gente, in Iran, e di sessualità si parlava molto liberamente, anche davanti i bambini. A mia sorella Naneh raccontò di aver avuto in gioventù una pelle morbidissima e bianca come latte, tratto femminile particolarmente gradito in Oriente. Era così bianca, disse, che la sua nudità riluceva come una lampadina? una luna piena? Illuminava tutta la stanza da letto. Immagino la scena, bellissima, di un erotismo lieve e lento, dove Naneh aveva una vita sottile, non la pancia sporgente, gli occhi abbagliati di desiderio, non ancora offuscati dalla cecità incipiente, la bocca vogliosa di amore, non ancora sdentata come diventò di seguito. Sono sicura che era così, che Naneh, da donna e sposa, ha conosciuto i suoi momenti di passione. Che cosa é cambiato, poi? Forse solo la vita che non era certo tenera con le donne, in quell’epoca, ricche o povere che fossero, peggio ancora se povere. Lei l’ha accettata così com’era, non avendo altra scelta. E’ diventata la serva di mia nonna ma anche, senza saperlo, il sole di noi bambini. Spero che sia stata felice lo stesso.

domenica 1 novembre 2009

1979 - 11

Dimanche 8 avril

J’appelle maman ce matin. Elle a aussi a parlé à Karim. Il y a dit à peu près les memes choses. Il lui a dit de ne rien faire car c’est sans doute les interventions (de l’étranger ) en faveur de Hoveyda qui ont fait qu’il a été exécuté si rapidement. Le monde, comme pour Bhutto, a été mis devant un fait accompli. Maman me dit aussi qu’ils essayent dans les journaux de meler papa à une vilaine histoire de SAVAK, qu’on dit qu’il est parent du (gen.) Arfa, considéré d’extreme droite. Est-ce la gauche qui orchestre? Elle me demande si Karim doit dementir. Je lui dis “ça servirait à quoi?” De toute façon, un démenti ne sera pas publié et, s’il l’est n’aura aucun poids”. Ces gens sont déjà décidés quant au sort de papa. Je me ronge de ne pouvoir rien faire. Maman me dit qu’elle tachera de parler à Albala, de retour de Téhéran et à Claire Blanchet. Albala aurait vu papa.
[Je me souviens qu’au cours de cette conversation, j’ai dit à maman “la seule chose à faire c’est que Karim aille à Qom et qu’il se mette à genoux devant la porte de Kh. jusqu’à ce que celui-ci le reçoive.” Maman m’a répondu “mais non, mais non.” Je lui ai dit “alors écrit la lettre à Kh.” Elle me répond “papa serait furieux”. Je lui dis “ maman, c’est de la peau de papa qu’il s’agit.” Ce meme jour, à table, j’a eu une longue et violente conversation avec Enzo qui insistait que papa était hors jeu depuis 15 ans et qu’on ne pouvait rien lui reprocher des évènements aussi lointains que ceux de ’63. Je lui ai répliqué qu’il suffisait de considérer la carrière de papa avec objectivité pour mesurer le terrible danger qu’il courait. Je lui ai répété encore une fois “papa est le seul à savoir ce qu’on lui a demandè et ce qu’il a répondu. Je suis sure qu’il est parfaitement conscient du danger.“ Déjà au début, quand Kh. devait rentrer, je suppliai maman de faire pression sur papa pour qu’il revienne à Paris et je lui disais, de meme qu’Enzo, que selon moi le retour de Kh. signifiait un risque personnel très grave pour papa. Pour moi, il s’est agi presque d’une équation mathématique. La seule inconnue était en vérité l’intensité de la haine et du désir de vengeance de Kh. Dès le moment où il n’y a plus eu aucun doute quant à cela, le sort de papa était décidé.]

Lundi 9

Il y a une logique effrayante dans les actions de ces gens pour ce qui concerne papa. Essaye toute la journée d’appeler maman, n’y parviens pas. Enzo m’appelle (de Turin) e me parle longuement des risques que coure papa. Puis il parle à Saideh et essaye de la convaincre . Il lui a promis qu’il irait en Iran éventuellement vers le 20 avril. [En fait, nous étions à peu près surs tous les deux de ce qui allait se passer. Je me souviens lui avoir dit “ Chaque fois que je t’ai demandé ton avis sur un quelconque évènement, tu m’as toujours donné une réponse sensée, sincère et confirmée par les évènements qui ont suivi. Maintenant je te pose la question suivante: est-ce que tu crois que papa va etre exécuté? Il m’a répondu “Oui, si on ne se depeche pas de l’empecher. Il faut prendre du temps. Mais pour ça il faut agir tout de suite. Tout de suite. “]

Mardi 10

Me réveille la mort dans l’ame et reste inquiète pendant toute la journée. [Ce matin-là Bianca, la maman d’Enzo, m’a écouté dans un long monologue dont le thème était: ils vont le tuer, ils vont le tuer. Elle ne voulait pas que je regarde la télévision. Plus tard elle m’a avoué qu’elle craignait qu’on ne fasse voir papa mort comme on avait montré Hoveyda, à la suite de son exécution.]

venerdì 30 ottobre 2009

Vie e destin

Lire "Vie et destin" de Vassili Grossman pour comprendre l'immensité de la dévastation qui s'est abbattue sur l'histoire de l'humanité au 20ème siècle, histoire déjà tissu de tragédie depuis des millénaires. Un défi pour quiconque de se preter encore à des idéologies.

vita e destino

Leggere "Vita e destino" di Vassili Grossman per capire l'immensità della devastazione che si è abbattuta sulla storia dell'umanità nel 20° secolo, una storia che già di per sé era stata un tessuto di tragedie per millenni. Una sfida per chiunque affidarsi ancora a delle ideologie.

domenica 25 ottobre 2009

1979 - 10

Mardi 20

Ces journées sont de nouveau remplies d’angoisse. Je vis dans le cauchemar, sans nouvelles. Rien dans les journaux.

Jeudi 29

Maman me téléphone pour me dire qu’il y aura un procès contre papa, que les autorités ont fait publier par les journaux et annoncé à la radio une liste de 36 personnes , invitant les populations à venir dénoncer leurs crimes. Cela se passe de commentaire.

Vendredi 30

Journée de referendum en Iran. La question posée est la suivante: Monarchie ou République islamique? Deux bulletins de vote (de couleur différente). On vote en plein air, sans isoloir. Le résultat est imaginable. Téléphone à Saideh car elle me parait, de tous les membres de la famille, la plus active. Je suis angoissée. Je lui dis alors que si le procès n’est pas public, c’est qu’on veut la tete de papa. Papa est le seul à savoir ce qu’on lui demandé e ce qu’il a répondu en cours d’instruction. Il est le seul à savoir les risques qu’il coure. Nous autres nous vivons d’espoir et de suppositions. Je sais quand meme qu’on a demandé à papa pourquoi il a fermé l’école de Qom en ’63 et qu’il a répondu “parce qu’il le fallait”. Cela a du convaincre ses inquisiteurs. Saideh m’assure que le procès sera public, avec toutes les garanties. Une délégations de juristes internationaux s’en va en Iran, avec è sa tete un certain (avocat)Albala auquel Saideh a téléphoné pour lui parler de papa. Il lui a assuré qu’il verrait papa et interviendrait en sa faveur. [En fait Albala et sa délégation allaient en Iran pour controler la légalité de l’opération reéférendum. Il a dit en rentrant que le référendum avait eu lieu dans la légalité! Claire Blanchet nous a raconté les détails de cette légalité. Elle a dit que les gros paquets de bulletins de vote trainaient un peu partout et qu’elle regrettait de ne pas en avoir emporté quelques uns à titre de souvenir! Que les gens votaient en plein air et demandaient aux membres du siège électoral comment il fallait faire. Ceux-ci s’empressaient naturellement de leur montrer le “bon” bulletin de vote. Ce que Pierre et Claire ont rapporté a eu lieu dans les villages au pied du Damavand où ils sont allés assister à l’opération de vote.
Quant à Albala, maman lui a téléphoné à son retour pour savoir s’il avait vu papa. Il lui a fait répondre par sa secrétaire et lui a fait savoir qu’il avait vu papa et qu’il allait bien. Maman a supplié la secrétaire de lui passar Albala en personne pour qu’il lui donne des détails. Elle a poliment et froidement refusé, sans doute parce qu’elle avait reçu des instructions. Albala aurait dit à la presse que les prisonniers étaient convenablement traités et leurs droits respectés].

Lundi 2 avril

99,99% de votes en faveur de la République islamique! Qui s’en étonnerait? Surement pas maitre Albala. Ils vont en faire à leur tete à présent . [Enzo me dit que meme avec un calculateur la marge d’erreur est d’environ de 10%].

Mardi 3 avril

Reçois une lettre de papa datée du 9 février. Pauvre petit papa adoré. Il est tellement pessimiste et il a bien raison. [Une semaine après il a été arreté. Le lundi la République islamique a été proclamée. Vendredi il a été arreté. Ces gens savaient à coup sur ce qu’ils voulaient et s’ils l’ont pris dans une rafle généralisée, cela ne change rien au fait que c’est bien lui qu’ils cherchaient.
[Cette lettre du 9 février a une histoire curieuse. Un jour, environ 10 jours avant le 3 avril, j’ai reçu un coul de fil vers 10h du matin. Une voix provenant d’un monsieur agé et très faché qui me dit: “ je vous téléphone de via Nizza. Donnez-moi votre adresse pour que je vous l’envoie. “ Je lui donne mon adresse, tout à fait interloquée et le regrette sur-le-champ car le monsieur raccroche sans ajouter mot e je ne peux lui demander d’explication. Tout de suite après j’appelle Enzo qui est furieux et me dit que j’ai eu tort de donner notre adresse. Il y a tellement d’actes de terrorisme et surtout il craint les iraniens. Je suis très inquiète. Pendant 10 jours, je me fais du souci. Cette lettre n’arrive pas et je commence à me demander s’il ne s’agit pas en effet d’un mauvais coup. La seule chose qui me rassure c’est que ce type connaissait le numéro de téléphone, il ne lui était pas difficile de trouver l’adresse sans rien me demander et de faire son mauvais coup sans préavis. Et puis c’était une voix agée de petit employé furieux de devoir se donner du mal. Le 3 avril la lettre arrive enfin et tout s’explique. Papa l’avait confiée au fils de Sobhi qui se rendait en Italie. Quand il est arrivé, il a du apprendre l’arrestation de papa et il s’est dit qu’il valait mieux ne pas se mouiller avec des gens comme nous en me téléphonant. Il a donc collé des timbres sur l’enveloppe et il l’a mise dans une boite aux lettres. Or sur l’enveloppe, il n’y avait que mon nom et mon numéro de téléphone. La lettre est arrivée à la poste centrale de via Nizza, entre les mains du petit employé. Tout furieux qu’il était, ce pauvre bonhomme m’a téléphoné et m’a expédié la lettre, faisant son devoir avec un scrupule admirable. Il ne savait pas qu’il venait de faire une des meilleures actions de sa vie, puisque c’est la dernière lettre que j’ai reçu de mon père].

4 avril, mercredi [une semaine après ce serait le tour de papa]

Bhutto a été exécuté. Faudrait-il dire assassiné? Cela me bouleverse littéralement. Parle à maman. Elle me dit qu’il y a une campagne de presse en faveur de papa en Iran et que selon Djehanguir, la seule personne qui peut intervenir pour sauver papa, c’est Kh. Maman dit qu’elle va lui écrire.

Vendredi 6 avril

Partons pour Vada. Je suis très fatiguée , la tete vide quand elle n’est pas pleine d’images de cauchemar. En Asie, j’ai l’impression que c’est le délire religieux. Les européens n’y comprennent rien à rien. Quoi qu’ils fassent, les orientaux s’en fichent. Papa était intervenu en faveur de Bhutto. Cela n‘a servi a rien.
Samedi

Nous apprenons ce soir l’exécution de Hoveyda. Je n’ai plus le coeur de rien espérer. Quelques soient les fautes de Hoveyda, il n’a jamais fait tué ses adversaires. Il est malgré tout plus respectable que ses bourreaux. Je me mets à pleurer, mais les larmes séchent vite. A quoi bon? Maman m’appelle, sa voix tremble. Je crois qu’elle est à peu près folle d’inquiétude. Je parle à Karim au téléphone. Il est 4h du matin à Téhéran. Il a la voix pateuse. Il me dit de ne pas m’inquiéter. “Papa, dit-il, n’est pas dans la meme catégorie que Hoveyda”. Je lui demande à quand le procès. Il me répond “je ne sais pas. Ici les choses changent de jour en jour. Tu as bien vu que Kh. a changé ? d’avis sur Hoveyda.” Je lui demande s’il a vu ou verra papa. Il me réponds “non je ne l’ai pas vu et ne verrai pas. Ils ne me laisseront pas le voir”.
Maman me rapporte les propos d’André Fontaine (qui venait de rentrer de Téhéran, il me semble): “Vous ne savez pas ce qui se passe dans votre pays. C’est tout à fait horrible. “ Kh. aurait dit: “A quoi servent les procès? Nous savons qui sont les coupables. Il faut les tuer jusqu’au dernier.”

lunedì 19 ottobre 2009

1979 - 1

24 avril 1979 (est la date à laquelle j’ai réuni toutes les annotations dans mon agenda 1978 et 1979)
Papa et maman quittent Paris le 14 mars (1978) . Le16, Moro est enlevé et c’est le début d’une longue tragédie.
J’ai oublié de dire qu’à partir du mois d’octobre, la situation se détériore en Iran, avec de nombreux troubles qui se répètent en province mais, pendant longtemps, laissent Téhéran dans l’indifférence. … Aucun de nous ne se rend compte ce à quoi ces troubles vont porter. Aucun de nous n’a conscience de l’immense tragédie qui se prépare pour le pays et pour notre famille. Au mois de février, papa nous dit à table, un jour à propos de l’Europe, “cet immense réservoir de ressources humaines, philosophiques, scientifiques”, qu’elle était vulnérable parce qu’elle ne voulait plus défendre ses richesses et qu’elle en était arrivée au point où ce refus risquait de se transformer en incapacité de se défendre . Enzo lui pose alors la question: “Et l’Iran qui est si bien armé pour se défendre, sera-t-il capable de se défendre”? Et surtout contre des contradictions d’ordre politique et social qui ne pouvaient pas ne pas exploser éventuellement?” Papa répond: “Par certains cotés , l’Iran est encore plus vulnérable que l’Europe”. Il n’ajoute rien et n’explique rien. Au cours de ce séjour, il ne cesse de nous répéter “L’Europe en a pour dix ans, l’Amérique pour cinquante. Allez-en Amérique. Si j’étais vous j’irai en Amérique”. Enzo de lui répondre que s’il voulait s’abandonner au cynisme il irait en Amérique, mais que tant qu’il croirait en l’Europe, tant qu’il aurait de l’espoir, il ne l’abandonnerait pas. Je crois que papa a du le comprendre. Plus tard, le 11 avril, s’est-il souvenu de cette conversation?
…. Revenons à l’année 1978 si pleine d’évènements, riche en hypothèses. En Iran, la situation s’aggrave. Hoveyda est renvoyé au printemps, remplacé par Amouzegar qui fait figure de jeune lion avec un grand avenir. Il a été ministre des finances e du pétrole, il est connu internationalement à cause de sa belle prestance télévisive aux réunions de l’OPEP. Mais il n’est pas plus futé que les autres, si ce n’est pour ses affaires personnelles. Il “obéit”.
A l’origine des troubles iraniens, il y a évidemment la situation sociale très tendue, la mauvaise distribution de la richesse du pétrole, la cloaque de la corruption, l’indifférence du roi au sort de la population, son intéret passionné pour les affaires internationales et pour les joujoux de guerre. Il y a aussi une vilaine histoire de calomnie, lancée en novembre par le futé Nassiri (chef de la SAVAK ) contre Khomeini qui est en exil en Iraq. ) Nassiri écrit une lettre ouverte aux journaux dans laquel il accuse le saint homme de toute sorte de crimes, sodomie, corruption de mineurs etc… Naturellement, cela donne le prétexte aux disciples de Kh. et à lui-meme de rentrer en scène. A partir de là, l’étoile de Khomeini ne cessera de briller (d’une sinistre lueur).
En janvier, Carter se rend en Iran et impose au roi un changement radical de sa politique des Human Rights. Le roi soutiendra souvent par la suite qu’il n’avait pas besoin de ce conseil et qu’il avait déjà l’intention de libéraliser le régime. Avec Amouzégar, cette libéralisation commence sérieusement: entre autres, la censure de presse se fait de moins en moins sentir. Le baillon a été oté e cela provoque dans la presse une réaction prévisible: elle se déchaine contre le régime, dénonce tous les corrompus, attaque le roi. Mais la libéralisation est en cours. Au début du mois d’aout (1978) il y a un terrible incendie dans le cinéma Rex d’Abadan. Les morts sont environ 400. On accuse le régime, ou tout au moins la SAVAK, de l’avoir provoqué, Dieu sait pourquoi. L’affaire est très louche, elle ébranle sérieusement le régime. Personne ne pardonne ces quatre-cents morts au roi et cela creuse un abime entre lui et le peuple. Amouzégar démissione, il est remplacé par un des voleurs les plus notoires de l’establishment. Cela n’arrange pas les choses. Le pays bouillonne littéralement. Maman m’écrit que les accusations contre le roi et toute sa famille sont publiques, le plus souvent obscènes. Le 8 septembre, vendredi, doit avoir lieu le quarantième jour de deuil pour les morts d’Abadan . Diverses manifestations sont prévues. Sans aucun préavis, le régime décide d’établir la loi martiale. Le gouvernement n’est meme pas inclu dans cette décision. Comme gouverneur de la loi martiale, le roi choisit Oveicy (de sinistre mémoire). Décidément le souverain accumule erreur sur erreur. Il dira par la suite, et j’en suis à peu près certaine, qu’on lui a forcé la main. Il est prisonnier d’un noyau de durs qui commencent à comprendre qu’ils vont tout perdre. Toute manifestation est interdite. La loi martiale prévoit qu’on tire sur la foule. Vendredi 8, à Téhéran, elle le fait, en particulier place Jaleh. Il y a plusieurs miliers de morts. A ce point pour la monarchie, c’est vraiment la fin. Khomeiny ne cessera plus de gagner du terrain.
Sur ce, les Irakiens, en un geste de solidarité tout à fait extraordinaire envers l’Iran, demandent à Khomeiny de quitter sur-le-champs leur pays. Khomeiny se rend en France s’installer à Neauphle-le-Chateau, d’où il prépare l’insurrection, lance invective sur invective contre le régime, tout cela sous l’aile complaisante des francais. Ceux-ci sont chatouillés par la présence de ce révolutionnaire dans la terre natale de la Révolution et puis, ils ne sont pas indifférents au fait que Khomeiny pourrait réussir sa révolution. Ils veulent donc le ménager, c’est-à-dire ménager son pétrole et ses futurs rapports avec la France. En fait tout cela est si simple que c’en est banal. Le premier ministre s’en va, remplacé par un vieux général. Papa est nommé vice-ministre de la Cour et administrateur des finances royales, “comptable” comme il dit. Il ne reste d’ailleurs plus grand’chose à administrer.

1979 - 9

Vendredi 2 mars

Situation très confuse. Une coupure semble se faire entre Kh. e Bazargan.

Dimanche 4 mars

Bazargan ne semble pas capable de controler la situation. Kh. ,de Qom, lance des invectives à la Savonarole. Les exécutions continuent sur l’ordre de divers Komiteh Khomeini qui se sont formés spontanémentdans le pays, jusque dans les plus petits villages. Naturellement, dans de telles conditions, la justice (justice?) rendue est plutot sommaire. Bazargan est irrité et impuissant.

Mardi 6 mars

Maman me téléphone pour me rassurer (!). Karim et Dejahanguir maintiennent le contact avec papa par l’intermédiaire de plusieurs personnes. [ Il s’agirait en fait d’un infirmier de Qasr], mais en attendant , on ne parle pas de libérer papa. On ne “trouve pas de juge”, cequi parait étrange. Mes journées se passent dans une inquiétude latente. Je n’ai jamais rien éprouvé de semblable et je crois que ce qui distingue mon sentiment, c’est qu’il est sans issue, la situation elle-meme est sans issue, tout au moins dans l’immédiat. J’ai peur que K. Et Dj. s’habituent à la routine e ne fassent pas tout ce qu’il y a à faire . On ne peut se contenter des assurances que donnent les intermédiaires. Maman me dit que K. et Dj. vont s’adresser à Matine-Daftari, le neveu de Mossadegh, qui est un avocat célèbre (et un membre influent du comité pourl es Droits de l’Homme!!!) pourqu’il intervienne. Maman m’annonce qu’Azita et Rudy rentrent. Ce n’est pas très malin.

Jeudi 8 mars

Journée de la femme dans le monde. En Iran, les femmes manifestent contre le port du voile et autres contraintes que l’Islam impose aux personnes de leur sexe. Kh. réplique avec duvet [plusieurs femmes dans la foule reçurent ce jour-là des coups de couteau]. Matine-Daftari, président de l’organisation des droits de lhomme, demande de pouvoir surveiller les procès qui se font actuellement et de visiter les prisons pour voir les conditions de vie des prisonniers. Le gauche et le centre libéral se lient de plus en plus, en vue d’obtenir que le référendum du 30 mars ne pose pas la question “République islamique ou monarchie, mais plutot “République tout court ou monarchie”. Bazargan est impuissant et la rupture avec KH. qui est le principal baton dans ses roues, se précise de plus en plus: On annonce que le nouveau régime va faire le procès par contumace de la famille royale. Mon impression est que papa restera en prison tant que ce procès ne se fera pas. Sept personnes fusillées.

Vendredi 9 mars

Bazargan menace de démissionner. Kh. l’attaque ainsi que ses ministres qui veulent une démocratie à l’Occidentale, qui se comportent pire que les anciens ministres par leur luxe et leur inertie. Huit personnes fusillés pour délits sexuels!!! Manifestations de femmes que les jojjaheddin attaquent à coup de conteau. Le ministre de la justice déclare à la presse qu’il ne faut pas se scandaliser des arrestations arbitraires et des exécutions sommaires. André Chénier ne fut-il pas arreté et décapité pour une raison tout à fait insignificante? Merci.

Samedi 10 mars

Bazargan se réconcilie en apparence avec Kh. auquel il rend visite à Qom avec une délégation de ministres: en fait la situation pourrit et le gouvernement manque de poigne, d’idées et de volonté. Cela rend la situation de papa très dangereuse. Cha’aban Bimokh a été exécuté parce que “gangster à la solde du roi”.

Lundi 12

Appelle maman. Elle me dit que Karim a garanti (comment peut-il garantir quoi que ce soit?) que papa serait sorti dans trois jours parce que le gouvernment a investi trente juges pour qu’ils en finissent avec tout les dossiers en cours. Papa va bien, parait-il, mais maman n’a pas une bonne voix. Ou plutot elle essaye sans y réussir, elle me dit que les autorités auraient conseillé que papa “ne rentre pas à la maison, parce qu’il y a beaucoup de gens mal intentionnés (textuel!) qui s’en prennent aux libérés. Veulent-ils mettre papa en liberté surveillée?

Jeudi 15

On annonce que Hoveyda a été condamné à mort par le tribunal islamique. Mon inquiétude croit de minute en minute. Et
papa? Les chefs d’accusation contre Hoveyda: avoir favorisé le sionisme et la politique américaine en Iran. D’avoir agi, en somme, contre la loi du Coran. L’Amérique n’existait pas encore au 7e siècle et le sionisme, s’il y en avait, était à ses premières armes. Ces memes accusations – sionisme, favoriser les Etats-Unis – vaudraient pour papa. Cauchemar.

17 mars, samedi

Bazargan se rebelle et va voir Kh. à Qom. Il lui dit le mauvais effet que font les exécutions sommaires à l’étranger. Kh. donne l’ordre de suspendre tous les procès et toutes les exécutions jusqu’à ce qu’ont ait étable un règlement en la matière. Aucune nouvelle de maman. Papa n’a donc pas été libéré (comme l’avait promis Karim). Il y aura un procès, j’en suis sure.

1979 - 1

24 avril 1979 (est la date à laquelle j’ai réuni toutes les annotations dans mon agenda 1978 et 1979)
Papa et maman quittent Paris le 14 mars (1978) . Le16, Moro est enlevé et c’est le début d’une longue tragédie.
J’ai oublié de dire qu’à partir du mois d’octobre, la situation se détériore en Iran, avec de nombreux troubles qui se répètent en province mais, pendant longtemps, laissent Téhéran dans l’indifférence. … Aucun de nous ne se rend compte ce à quoi ces troubles vont porter. Aucun de nous n’a conscience de l’immense tragédie qui se prépare pour le pays et pour notre famille. Au mois de février, papa nous dit à table, un jour à propos de l’Europe, “cet immense réservoir de ressources humaines, philosophiques, scientifiques”, qu’elle était vulnérable parce qu’elle ne voulait plus défendre ses richesses et qu’elle en était arrivée au point où ce refus risquait de se transformer en incapacité de se défendre . Enzo lui pose alors la question: “Et l’Iran qui est si bien armé pour se défendre, sera-t-il capable de se défendre”? Et surtout contre des contradictions d’ordre politique et social qui ne pouvaient pas ne pas exploser éventuellement?” Papa répond: “Par certains cotés , l’Iran est encore plus vulnérable que l’Europe”. Il n’ajoute rien et n’explique rien. Au cours de ce séjour, il ne cesse de nous répéter “L’Europe en a pour dix ans, l’Amérique pour cinquante. Allez-en Amérique. Si j’étais vous j’irai en Amérique”. Enzo de lui répondre que s’il voulait s’abandonner au cynisme il irait en Amérique, mais que tant qu’il croirait en l’Europe, tant qu’il aurait de l’espoir, il ne l’abandonnerait pas. Je crois que papa a du le comprendre. Plus tard, le 11 avril, s’est-il souvenu de cette conversation?
…. Revenons à l’année 1978 si pleine d’évènements, riche en hypothèses. En Iran, la situation s’aggrave. Hoveyda est renvoyé au printemps, remplacé par Amouzegar qui fait figure de jeune lion avec un grand avenir. Il a été ministre des finances e du pétrole, il est connu internationalement à cause de sa belle prestance télévisive aux réunions de l’OPEP. Mais il n’est pas plus futé que les autres, si ce n’est pour ses affaires personnelles. Il “obéit”.
A l’origine des troubles iraniens, il y a évidemment la situation sociale très tendue, la mauvaise distribution de la richesse du pétrole, la cloaque de la corruption, l’indifférence du roi au sort de la population, son intéret passionné pour les affaires internationales et pour les joujoux de guerre. Il y a aussi une vilaine histoire de calomnie, lancée en novembre par le futé Nassiri (chef de la SAVAK ) contre Khomeini qui est en exil en Iraq. ) Nassiri écrit une lettre ouverte aux journaux dans laquel il accuse le saint homme de toute sorte de crimes, sodomie, corruption de mineurs etc… Naturellement, cela donne le prétexte aux disciples de Kh. et à lui-meme de rentrer en scène. A partir de là, l’étoile de Khomeini ne cessera de briller (d’une sinistre lueur).
En janvier, Carter se rend en Iran et impose au roi un changement radical de sa politique des Human Rights. Le roi soutiendra souvent par la suite qu’il n’avait pas besoin de ce conseil et qu’il avait déjà l’intention de libéraliser le régime. Avec Amouzégar, cette libéralisation commence sérieusement: entre autres, la censure de presse se fait de moins en moins sentir. Le baillon a été oté e cela provoque dans la presse une réaction prévisible: elle se déchaine contre le régime, dénonce tous les corrompus, attaque le roi. Mais la libéralisation est en cours. Au début du mois d’aout (1978) il y a un terrible incendie dans le cinéma Rex d’Abadan. Les morts sont environ 400. On accuse le régime, ou tout au moins la SAVAK, de l’avoir provoqué, Dieu sait pourquoi. L’affaire est très louche, elle ébranle sérieusement le régime. Personne ne pardonne ces quatre-cents morts au roi et cela creuse un abime entre lui et le peuple. Amouzégar démissione, il est remplacé par un des voleurs les plus notoires de l’establishment. Cela n’arrange pas les choses. Le pays bouillonne littéralement. Maman m’écrit que les accusations contre le roi et toute sa famille sont publiques, le plus souvent obscènes. Le 8 septembre, vendredi, doit avoir lieu le quarantième jour de deuil pour les morts d’Abadan . Diverses manifestations sont prévues. Sans aucun préavis, le régime décide d’établir la loi martiale. Le gouvernement n’est meme pas inclu dans cette décision. Comme gouverneur de la loi martiale, le roi choisit Oveicy (de sinistre mémoire). Décidément le souverain accumule erreur sur erreur. Il dira par la suite, et j’en suis à peu près certaine, qu’on lui a forcé la main. Il est prisonnier d’un noyau de durs qui commencent à comprendre qu’ils vont tout perdre. Toute manifestation est interdite. La loi martiale prévoit qu’on tire sur la foule. Vendredi 8, à Téhéran, elle le fait, en particulier place Jaleh. Il y a plusieurs miliers de morts. A ce point pour la monarchie, c’est vraiment la fin. Khomeiny ne cessera plus de gagner du terrain.
Sur ce, les Irakiens, en un geste de solidarité tout à fait extraordinaire envers l’Iran, demandent à Khomeiny de quitter sur-le-champs leur pays. Khomeiny se rend en France s’installer à Neauphle-le-Chateau, d’où il prépare l’insurrection, lance invective sur invective contre le régime, tout cela sous l’aile complaisante des francais. Ceux-ci sont chatouillés par la présence de ce révolutionnaire dans la terre natale de la Révolution et puis, ils ne sont pas indifférents au fait que Khomeiny pourrait réussir sa révolution. Ils veulent donc le ménager, c’est-à-dire ménager son pétrole et ses futurs rapports avec la France. En fait tout cela est si simple que c’en est banal. Le premier ministre s’en va, remplacé par un vieux général. Papa est nommé vice-ministre de la Cour et administrateur des finances royales, “comptable” comme il dit. Il ne reste d’ailleurs plus grand’chose à administrer.
(A suivre)

calzini turchesi

Perché vanno bene le foto scattate a villa Certosa, penetrando in una tenuta privata, e nell'abitazione ugualmente privata del premier Berlusconi a Roma e non quelle fatte in strada del giudice dai calzini turchesi? La Privacy è un optional?