[En ce 27 juillet, je voudrais aussi ajouter que le corps de Hoveyda et de plusieurs autres personnes n’a pas reçu la sépulture. ]
Dimanche 15 avril
Papa a été enterré cet après-midi, après un horrible marchandage qui a duré jusqu’à mercredi.
[A partir de cette date, je laisse de coté mon journal où il n’y a plus d’annotations intéressantes. Le mercredi 18 avril je suis allée à Paris. Je n’avais pu y aller avant. J’avais besoin, dans mon chagrin, de la présence d’Enzo et des enfants. Maman et les autres membres de la famille l’ont très bien compris. D’ailleurs, maman à Paris était très entourée. Elle a reçu des masses de lettres, de coups de fil, de visites. Saideh aussi. Quant à moi, mes quelques amis m’ont écrit. Robert Urqhart m’a écrit que son père s’était efforcé, à travers l’ONU dont il était un haut fonctionnaire, d’empecher les exécutions. L’ONU, sans faire de bruit, a envoyé message sur messge. Cela n’a servi à rien. A mon arrivée, maman me donne tous les journaux français et persans. Le Kayhan et l’Etela’at du 11 avril portent à la une les photos des onze cadavres. Je ne voulais pas , dès mon arrivée à Paris, regarder ces photos ni celle du procès. Mais le soir meme de mon arrivée, mon regard s’est posé sur ces journaux et ça a été plus fort que moi. Papa n’est pas méconnaissable, mais il a l’air très mort, d’une mort violente. Sur le coup, j’ai meme cru qu’il avait été frappé. Saideh et maman m’assurent que non. Djehanguir l’a vu et son visage n’était pas du tout abimé.
Pendant cette période , notre inquiétude était à son comble pour Karim et sa famille. La maison de Téhéran a été occupée par les mujaheddin et mise sous séquestre. Tous les biens de la famille ont été confisqués. Quelques universitaires, dont Ehsan Naraghi, ont été arretés et nous craignions beaucoup pour Karim. Cependant, le rythme des exécutions s’est largement ralenti, comme si Kh. s’était oté un énorme poids qu’il avait sur le coeur en faisant tuer papa. Le plus curieux est que je n’ai pas éprouvé de haine envers cette homme et n’en éprouve pas aujourd’hui. Je n’arrive et n’arrivais pas alors, à me l’imaginer. C’est le mal dans toute son abstraction. Comment le hair? La seule comparaison qui me vient à l’esprit ce sont les “black holes” de l’univers. Ce sont des noyaux de matière à concentration si haute que la lumière, quand elle y pénètre ]y est emprisonnée et détruite, de meme toute autre matière qui les rencontrerait.
Nous essayons Enzo et moi d’obtenir de maman qu’elle fasse pression sur Karim et Djehanguir et qu’elle réflechisse à une quelconque stratégie pour les faire sortir. Pour Dj. s’est tout trouvé, puisque l’Unesco lui offre un job. Pour Karim, nous avons pensé le faire inviter à une quelconque conférence économique. Le problème est que sa femme et son enfant sont aussi en Iran. D’ailleurs maman ne veut rien entendre. Karim et Dj. , de leur coté, veulent rester en Iran. Karim voudrait “réhabiliter” papa et récupérer ses biens. Je finis par me taire, car maman est méprisante et terrorisée à la fois. Je lui ai répété que ça ne sert à rien de céder au chantage de la terreur , ça n’a servi à rien dans le cas de papa. Je suis encore aujourd’hui de l’avis qu’une intervention de notre part n’aurait peut-etre pas empeché la mort de papa, mais elle l’aurait sans doute retardée. Elle nous aurait fait gagner du temps, et qui sait? L’équilibre politique en Iran était tellement instable, un tout petit évènement aurait pu balancer les choses en notre faveur. Déjà, lorsque j’étais à Paris, nous apprenions par les journaux que Taleghani était entré en conflit avec Kh. Taleghani et beaucoup d’autres religieux modérés avec lui n’approuvaient pas la politique de Kh. parce que l’image donnée de l’Islam par la politique de Kh. faisait un très mauvais effet.
Je parle à Claire Brière et à son mari et leur dit qu’à mon avis, en Iran et dans les pays limitrophes, le noeud de toute la question est et reste l’Islam. La crise iranienne a été provoquée au nom de l’Islam. Il faudra qu’elle soit résolue par l’Islam. Ce ne peut etre qu’un autre ammameh (turban) à s’opposer à Kh. Il y a aussi un dessein très précis de la part des Palestiniens d’hégémoniser l’Iran. Yasser Arafat s’est rendu en Iran au lendemain de la révolution et y a été reçu triomphalement. Les Palestiens ont les ressources intellectuelles, le know-how technique et technologique, une volonté de fer, mais ils manquent de ressources matérielles. L’Iran est pour eux une base idéale, le tremplin revé d’où lancer l’offensive finale pour reprendre ce qu’ils considèrent leur pays. La paix entre l’Egypte e Israel, voulue par Carter, est un non-sens parce que le problème est encore une fois ignoré. Il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient tant que ce problème ne sera pas résolu. Cela rend la situation en Iran explosive. Arafat, dans une interview à l’Espresso après la révolution, disait que la révolution iranienne avait été faite pour soutenir la cause palestinienne.
Je m’emporte quand Pierre dit d’Albala qu’il avait été criminel quand il affirmait que les prisonniers étaient correctement traités et les procès convenablement menés. Pierre disait: c’est ça le plus grand reproche qu’on doit lui faire. C’est là que je me suis insurgée, lui disant: vous ne vous rendez pas compte que le référendum avec son résultat absurde a donné le feu vert à Kh. pour commencer le massacre. Pourquoi l’avoir faussé autrement? Albala avait la responsabilité précise en tant que juriste de renommée internazionale de s’opposer à cette farce et il devait prévoir les conséquences. Je suis encore convaincue que s’il a été aveugle, c’est qu’il a voulu l’etre. Jamais il ne pourra prétendre avoir été de bonne foi. Les procès continuent en Iran, les exécutions aussi et il s’agit d’exécutions de personnes modestes: agents de police, petits fonctionnaires, ivrognes et prostituées. Personne n’en parle plus en Europe. Ces petites vies brisées, ce n’est plus intéressant. Personne ne pense à la chappe de terreur qui opprime le peuple iranien dont la passion fanatique et frénétique est la preuve… Il y aura en Iran pendant de longues années un pouvoir tyrannique, corrompu et corrupteur… La corruption actuelle, d’après ce qu’on entend, est à peu près universelle. Rien ne se fait qui ne s’achète. La corruption est déjà une des caractéristiques de la tyrannie et quand celle-ci est accompagneée de chaos, la corruption est sans limite.
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domenica 6 dicembre 2009
martedì 10 novembre 2009
1979 - 12
Mercredi 11 avril
Enzo me téléphone à cinq heures du matin. Papa a été assassiné cette nuit. Le procès s’est achevé à 2 h du matin. A 2h30 il a été exécuté. Maman a appris la nouvelle par Ali Razavi, Karim n’en savait rien. A présent Karim cherche un endroit où enterrer papa.
[En fait, les choses se sont passées différemment. Le procès de papa a commencé à 19h30, à 19h37 il était achevé. En l’espace de quatre heures, onze personnes en tout ont comparu devant le tribunal révolutionnaire. A deux heures du matin, on leur a lu la sentence. A deux heures trente ils ont été exécutés. J’ai appris les détails très graduellement. A Paris, il semblerait que quelqu’un (un des amis de Saideh? Ali Razavi?) a prévenu maman que le procès de papa était en cours et de faire quelque chose. Toute la nuit, maman, Saideh, ima Sajed et d’autres amis ont essayé d’avoir des détails. Maman téléphone à Karim qui dort sur ses deux oreilles, tout à fait tranquilisé par les propos du fils Khomeiny et d’un certain ayatollah Montazéri qui lui ont assuré que papa ne courait aucun risque, que Kh. ne voulait pas sa mort, que pas un cheveu de sa tete ne serait touché. Karim, ébranlé par le coup de fil de maman, appelle la prison de Qasr d’où on lui dit qu’il ne se passe rien, que papa va bien, que tout ça c’est des rumeurs. Papa était déjà mort. Maman m’a dit que quand le petit Hassan lui a répondu au téléphone, il pleurait et qu’il avait sans doute déjà appris la nouvelle par le mojahheddin du coin, qu’il n’avait sans doute pas le courage de le dire à Karim. Karim se tranquilise puis, à sept heures du matin, il écoute la radio et c’est par la radio qu’il apprend, pauvre, que papa a été exécuté dans la nuit. Il téléphone à Saideh, lui dit d’une voix brisé “c’est fini, ils l’ont assassiné.” Il parle ensuite à maman qui appelle Enzo à Turin. A cinq heures, Enzo me téléphone. Maman voulait qu’il parte immédiatement , en fin de comptes ils décident qu’il vaut mieux m’appeler car je risque d’apprendre la nouvelle par la radio. Enzo quitte immédiatement Turin. Je parle à maman. Elle ne pleure pas, moi non plus. Nous n’avons pas de voix, rien à nous dire. Bianca me Prépare le café, reste à coté de moi. Je lui dis c’est drole. Je suis presque soulagée. L’incertitude est devenue certitude, c’est tout”. Le plus curieux c’est que maman, au téléphone dimanche, avait affirmé qu’elle agirait dès que le procès était commencé. Elle n’imaginait pas qu’il durerait sept minutes et demie. Enzo arrive à Vada à 10h, il est pale et muet. Il n’essaye meme pas de me consoler. Nous allons voir le curé qui me promet une entrevue avec l’éveque, peut-etre meme avec le pape. J’écris de lettres: au président de la république, à Eugenio Scalfari, directeur de Repubblica. Elles resteront sans réponse.
Beaucoup plus tard, en ce début de mois de juillet en lequel j’écris, maman me dit qu’on a demandé à l’ayatollah Khalkhali , président du tribunal révolutionnaire , s’il avait signé de sa main la sentence de mort de papa. Il a dit que non, qu’il s’est meme opposé à cette mort. C’est Kh. lui-meme qui a signé. On a autorisé papa et un autre militaire à mourir sans etre bandé et couvert de ces horribles pancartes où on inscrit tous les crimes. En fait Enzo me raconte à son retour de Paris, le 20 juillet, que papa n’a meme pas été mis au poteau dans la cour de Qasr. Il a été tué de deux balles, l’une dans le coeur, l’autre dans le cou, à l’intérieur de la cour de la prison, dans la salle où les autres condamnés attendaient leur tour, sans doute par un de ces gamins que l’on voyait à la télévision ricaner sur le corps de Hoeyda. Cela transforme la chose en assassinat. Il n’y a meme plus un simulacre de légalité. J’ai pensé alors et je l’ai dit à Enzo qu’avec le procès et la mort de papa, les deux extremes de l’évolution humaine s’étaient rencontrés: à un bout le singe, à l’autre l’homme dans sa perfection, miracle de millénaires d’affinement , de toute une vie de souffrance et de renoncements personnels. Le singe a détruit l’homme en l’espace de quelques secondes. Il n’a pas fallu plus que cela. Cela devrait faire réfléchir. Où donc l’espoir dans l’humanité? Papa détestait l’humanité parce qu’il craignait le singe et, pourtant, il devait y croire puisqu’il s’est efforcé toute sa vie d’arriver au miracle de la perfection et il y est arrivé dans la mesure ou c’est possible. Il devait y croire, à moins qu’il n’ait voulu échapper au singe(au reptile, disait-il) en lui-meme. Ces gens qui l’ont tué sont la négation de l’espoir, ils représentent la volonté de suicide de l’humanité et l’expriment à travers l’Islam.]
Les chefs d’accusation contre papa ont été les suivants : d’avoir encouragé la corruption sur cette terre, d’avoir taché ses mains du sang de milliers d’iraniens. Dans les journaux ils ont dit que papa a été arreté en état de fuite. Les journaux l’ont appelé “bourreau” et naurellement “traitre”, ils l’ont accusé d’avoir agi contre la volonté des iraniens. Lors de son procès, alors que les juges lui parlaient en arabe, papa leur a dit qu’il ne les comprenait pas, ne connaissant pas l’arabe. Ils ont traduit le mot “corrupteur de la terre”. Papa leur a dit “vous ne savez pas ce que vous dites: Toute ma vie j’ai combattu la corruption.” Je crois qu’il n’a rien dit d’autre. Qu’avait-il à ajouter, d’ailleurs? Il y a ces merveilleuses photos de procès. Elles sont terribiles aussi. Il a l’air surpris, il a du etre surpris, qu’on l’accuse de corruption. Il est tout à fait droit sur sa chaise, et ce regard fier et doux à la fois, très lointain. Boby disait qu’il avait l’air de regarder “au-delà” de ses juges et, je suppose, des hommes, du monde. La mauvaise foi: combien de fois papa s’est insurgé contre elle. Cette fois-là, le 10 avril, lors de ce fameux procés. Il ne s’est pas insurgé. Il a du comprendre que la mauvaise foi est inévitable, nécessaire meme pour couvrir le crime, justifier l’injustice., la cruauté, le désir de vengeance. Il le savait déjà, mais je crois que jamais auparavant il n’en avait eu la confirmation de manière aussi éclatante.
Jeudi 12 avril
Parle à maman ce matin. Elle me dit des choses terribiles. Kh. aurait déclaré: “toute une génération d’hommes doit disparaitre dans ce pays et leurs fils avec eux si nécessaires, puisque leur sang est corrompu. Trois mois ne suffiront pas pour les extirper”. En attendant, nous ne trouvons pas une sépulture pour papa.
[Cette histoire de sépulture a duré jusqu’à samedi. Les autorités ont dit à Karim qu’il vaudrait mieux ne pas retirer le corps de la morgue car il risquait d’etre dépecé pas la foule. En fait, la radio ne cessait de pousser la foule au déchainement contre ces pauvres cadavres. Toute la journée, parait-il , toutes les transmissions avaient pour but de dévoiler les crimes des onze exécutés, encourageant la foule à aller s’approprier des corps et à en disposer pour empecher qu’ils ne souillent la terre de la sépulture. Karim n’a donc pas osé retirer le corps, il n’a pas voulu le voir non plus. Djehanguir l’a vu. Pendant les journées qui ont suivi, Karim et Djehanguir ont couru d’un cimetière à l’autre pour obtenir un lopin de terre. Les autorités disaient “où que vous le mettiez, on le retrouvera”. En fin de comptes, nous avons pensé à l’incinération. Il y avait un autre problème grave: papa n?était pas circoncise t si cela se savait, c’était la tragédie dans la tragédie. L’incinération était donc la réponse à tous nos annuis. Pourtant dès que Karim a averti les autorités de son intention, un règlement a été promulgué – le samedi – interdisant l’incinération comme étant contraire aux lois de l’Islam. Nous craignions vraiment de ne pouvoir enterrer papa. Nous avons tous passé des journées de cauchemar. Comme si la mort de papa ne suffisait pas à assouvir la haine et le désir de vengeance de ces gens. Ils ont voulu persécuter jusqu’à son cadavre. En fin de comptes Karim a obtenu un lopin de terre appartenant à une parente de sa femme. Il a été dans la nuit chercher le corp de papa, il l’a fait laver à Behecht–Zahra après avpor soudoyé le laveur de morts pour qu’il ne cherche pas à connaitre l’identité de papa et, dimanche à cinq heures trente, il a été enterré à Em.Z.Gh. , dans un coin tranquille avec des arbres. Enzo et moi avons beaucoup réfléchi à cette histoire, en particulier au fait que les autorité avaient proposé d’enterrer, elles, les exécutés dans un coin de Béhécht-Zahra. Nous sommes arrivéz à la conclusion qu’on voulait créer – sous prétexte de la sécurité de ces corps (ahurissante histoire) – un “cimetière de l’infamie” qui servirait le cas échéant aux déchainements populaires, Vilaine, sordide et cruelle histoire qui en dit long sur la mentalité de ce peuple].
Enzo me téléphone à cinq heures du matin. Papa a été assassiné cette nuit. Le procès s’est achevé à 2 h du matin. A 2h30 il a été exécuté. Maman a appris la nouvelle par Ali Razavi, Karim n’en savait rien. A présent Karim cherche un endroit où enterrer papa.
[En fait, les choses se sont passées différemment. Le procès de papa a commencé à 19h30, à 19h37 il était achevé. En l’espace de quatre heures, onze personnes en tout ont comparu devant le tribunal révolutionnaire. A deux heures du matin, on leur a lu la sentence. A deux heures trente ils ont été exécutés. J’ai appris les détails très graduellement. A Paris, il semblerait que quelqu’un (un des amis de Saideh? Ali Razavi?) a prévenu maman que le procès de papa était en cours et de faire quelque chose. Toute la nuit, maman, Saideh, ima Sajed et d’autres amis ont essayé d’avoir des détails. Maman téléphone à Karim qui dort sur ses deux oreilles, tout à fait tranquilisé par les propos du fils Khomeiny et d’un certain ayatollah Montazéri qui lui ont assuré que papa ne courait aucun risque, que Kh. ne voulait pas sa mort, que pas un cheveu de sa tete ne serait touché. Karim, ébranlé par le coup de fil de maman, appelle la prison de Qasr d’où on lui dit qu’il ne se passe rien, que papa va bien, que tout ça c’est des rumeurs. Papa était déjà mort. Maman m’a dit que quand le petit Hassan lui a répondu au téléphone, il pleurait et qu’il avait sans doute déjà appris la nouvelle par le mojahheddin du coin, qu’il n’avait sans doute pas le courage de le dire à Karim. Karim se tranquilise puis, à sept heures du matin, il écoute la radio et c’est par la radio qu’il apprend, pauvre, que papa a été exécuté dans la nuit. Il téléphone à Saideh, lui dit d’une voix brisé “c’est fini, ils l’ont assassiné.” Il parle ensuite à maman qui appelle Enzo à Turin. A cinq heures, Enzo me téléphone. Maman voulait qu’il parte immédiatement , en fin de comptes ils décident qu’il vaut mieux m’appeler car je risque d’apprendre la nouvelle par la radio. Enzo quitte immédiatement Turin. Je parle à maman. Elle ne pleure pas, moi non plus. Nous n’avons pas de voix, rien à nous dire. Bianca me Prépare le café, reste à coté de moi. Je lui dis c’est drole. Je suis presque soulagée. L’incertitude est devenue certitude, c’est tout”. Le plus curieux c’est que maman, au téléphone dimanche, avait affirmé qu’elle agirait dès que le procès était commencé. Elle n’imaginait pas qu’il durerait sept minutes et demie. Enzo arrive à Vada à 10h, il est pale et muet. Il n’essaye meme pas de me consoler. Nous allons voir le curé qui me promet une entrevue avec l’éveque, peut-etre meme avec le pape. J’écris de lettres: au président de la république, à Eugenio Scalfari, directeur de Repubblica. Elles resteront sans réponse.
Beaucoup plus tard, en ce début de mois de juillet en lequel j’écris, maman me dit qu’on a demandé à l’ayatollah Khalkhali , président du tribunal révolutionnaire , s’il avait signé de sa main la sentence de mort de papa. Il a dit que non, qu’il s’est meme opposé à cette mort. C’est Kh. lui-meme qui a signé. On a autorisé papa et un autre militaire à mourir sans etre bandé et couvert de ces horribles pancartes où on inscrit tous les crimes. En fait Enzo me raconte à son retour de Paris, le 20 juillet, que papa n’a meme pas été mis au poteau dans la cour de Qasr. Il a été tué de deux balles, l’une dans le coeur, l’autre dans le cou, à l’intérieur de la cour de la prison, dans la salle où les autres condamnés attendaient leur tour, sans doute par un de ces gamins que l’on voyait à la télévision ricaner sur le corps de Hoeyda. Cela transforme la chose en assassinat. Il n’y a meme plus un simulacre de légalité. J’ai pensé alors et je l’ai dit à Enzo qu’avec le procès et la mort de papa, les deux extremes de l’évolution humaine s’étaient rencontrés: à un bout le singe, à l’autre l’homme dans sa perfection, miracle de millénaires d’affinement , de toute une vie de souffrance et de renoncements personnels. Le singe a détruit l’homme en l’espace de quelques secondes. Il n’a pas fallu plus que cela. Cela devrait faire réfléchir. Où donc l’espoir dans l’humanité? Papa détestait l’humanité parce qu’il craignait le singe et, pourtant, il devait y croire puisqu’il s’est efforcé toute sa vie d’arriver au miracle de la perfection et il y est arrivé dans la mesure ou c’est possible. Il devait y croire, à moins qu’il n’ait voulu échapper au singe(au reptile, disait-il) en lui-meme. Ces gens qui l’ont tué sont la négation de l’espoir, ils représentent la volonté de suicide de l’humanité et l’expriment à travers l’Islam.]
Les chefs d’accusation contre papa ont été les suivants : d’avoir encouragé la corruption sur cette terre, d’avoir taché ses mains du sang de milliers d’iraniens. Dans les journaux ils ont dit que papa a été arreté en état de fuite. Les journaux l’ont appelé “bourreau” et naurellement “traitre”, ils l’ont accusé d’avoir agi contre la volonté des iraniens. Lors de son procès, alors que les juges lui parlaient en arabe, papa leur a dit qu’il ne les comprenait pas, ne connaissant pas l’arabe. Ils ont traduit le mot “corrupteur de la terre”. Papa leur a dit “vous ne savez pas ce que vous dites: Toute ma vie j’ai combattu la corruption.” Je crois qu’il n’a rien dit d’autre. Qu’avait-il à ajouter, d’ailleurs? Il y a ces merveilleuses photos de procès. Elles sont terribiles aussi. Il a l’air surpris, il a du etre surpris, qu’on l’accuse de corruption. Il est tout à fait droit sur sa chaise, et ce regard fier et doux à la fois, très lointain. Boby disait qu’il avait l’air de regarder “au-delà” de ses juges et, je suppose, des hommes, du monde. La mauvaise foi: combien de fois papa s’est insurgé contre elle. Cette fois-là, le 10 avril, lors de ce fameux procés. Il ne s’est pas insurgé. Il a du comprendre que la mauvaise foi est inévitable, nécessaire meme pour couvrir le crime, justifier l’injustice., la cruauté, le désir de vengeance. Il le savait déjà, mais je crois que jamais auparavant il n’en avait eu la confirmation de manière aussi éclatante.
Jeudi 12 avril
Parle à maman ce matin. Elle me dit des choses terribiles. Kh. aurait déclaré: “toute une génération d’hommes doit disparaitre dans ce pays et leurs fils avec eux si nécessaires, puisque leur sang est corrompu. Trois mois ne suffiront pas pour les extirper”. En attendant, nous ne trouvons pas une sépulture pour papa.
[Cette histoire de sépulture a duré jusqu’à samedi. Les autorités ont dit à Karim qu’il vaudrait mieux ne pas retirer le corps de la morgue car il risquait d’etre dépecé pas la foule. En fait, la radio ne cessait de pousser la foule au déchainement contre ces pauvres cadavres. Toute la journée, parait-il , toutes les transmissions avaient pour but de dévoiler les crimes des onze exécutés, encourageant la foule à aller s’approprier des corps et à en disposer pour empecher qu’ils ne souillent la terre de la sépulture. Karim n’a donc pas osé retirer le corps, il n’a pas voulu le voir non plus. Djehanguir l’a vu. Pendant les journées qui ont suivi, Karim et Djehanguir ont couru d’un cimetière à l’autre pour obtenir un lopin de terre. Les autorités disaient “où que vous le mettiez, on le retrouvera”. En fin de comptes, nous avons pensé à l’incinération. Il y avait un autre problème grave: papa n?était pas circoncise t si cela se savait, c’était la tragédie dans la tragédie. L’incinération était donc la réponse à tous nos annuis. Pourtant dès que Karim a averti les autorités de son intention, un règlement a été promulgué – le samedi – interdisant l’incinération comme étant contraire aux lois de l’Islam. Nous craignions vraiment de ne pouvoir enterrer papa. Nous avons tous passé des journées de cauchemar. Comme si la mort de papa ne suffisait pas à assouvir la haine et le désir de vengeance de ces gens. Ils ont voulu persécuter jusqu’à son cadavre. En fin de comptes Karim a obtenu un lopin de terre appartenant à une parente de sa femme. Il a été dans la nuit chercher le corp de papa, il l’a fait laver à Behecht–Zahra après avpor soudoyé le laveur de morts pour qu’il ne cherche pas à connaitre l’identité de papa et, dimanche à cinq heures trente, il a été enterré à Em.Z.Gh. , dans un coin tranquille avec des arbres. Enzo et moi avons beaucoup réfléchi à cette histoire, en particulier au fait que les autorité avaient proposé d’enterrer, elles, les exécutés dans un coin de Béhécht-Zahra. Nous sommes arrivéz à la conclusion qu’on voulait créer – sous prétexte de la sécurité de ces corps (ahurissante histoire) – un “cimetière de l’infamie” qui servirait le cas échéant aux déchainements populaires, Vilaine, sordide et cruelle histoire qui en dit long sur la mentalité de ce peuple].
domenica 1 novembre 2009
1979 - 11
Dimanche 8 avril
J’appelle maman ce matin. Elle a aussi a parlé à Karim. Il y a dit à peu près les memes choses. Il lui a dit de ne rien faire car c’est sans doute les interventions (de l’étranger ) en faveur de Hoveyda qui ont fait qu’il a été exécuté si rapidement. Le monde, comme pour Bhutto, a été mis devant un fait accompli. Maman me dit aussi qu’ils essayent dans les journaux de meler papa à une vilaine histoire de SAVAK, qu’on dit qu’il est parent du (gen.) Arfa, considéré d’extreme droite. Est-ce la gauche qui orchestre? Elle me demande si Karim doit dementir. Je lui dis “ça servirait à quoi?” De toute façon, un démenti ne sera pas publié et, s’il l’est n’aura aucun poids”. Ces gens sont déjà décidés quant au sort de papa. Je me ronge de ne pouvoir rien faire. Maman me dit qu’elle tachera de parler à Albala, de retour de Téhéran et à Claire Blanchet. Albala aurait vu papa.
[Je me souviens qu’au cours de cette conversation, j’ai dit à maman “la seule chose à faire c’est que Karim aille à Qom et qu’il se mette à genoux devant la porte de Kh. jusqu’à ce que celui-ci le reçoive.” Maman m’a répondu “mais non, mais non.” Je lui ai dit “alors écrit la lettre à Kh.” Elle me répond “papa serait furieux”. Je lui dis “ maman, c’est de la peau de papa qu’il s’agit.” Ce meme jour, à table, j’a eu une longue et violente conversation avec Enzo qui insistait que papa était hors jeu depuis 15 ans et qu’on ne pouvait rien lui reprocher des évènements aussi lointains que ceux de ’63. Je lui ai répliqué qu’il suffisait de considérer la carrière de papa avec objectivité pour mesurer le terrible danger qu’il courait. Je lui ai répété encore une fois “papa est le seul à savoir ce qu’on lui a demandè et ce qu’il a répondu. Je suis sure qu’il est parfaitement conscient du danger.“ Déjà au début, quand Kh. devait rentrer, je suppliai maman de faire pression sur papa pour qu’il revienne à Paris et je lui disais, de meme qu’Enzo, que selon moi le retour de Kh. signifiait un risque personnel très grave pour papa. Pour moi, il s’est agi presque d’une équation mathématique. La seule inconnue était en vérité l’intensité de la haine et du désir de vengeance de Kh. Dès le moment où il n’y a plus eu aucun doute quant à cela, le sort de papa était décidé.]
Lundi 9
Il y a une logique effrayante dans les actions de ces gens pour ce qui concerne papa. Essaye toute la journée d’appeler maman, n’y parviens pas. Enzo m’appelle (de Turin) e me parle longuement des risques que coure papa. Puis il parle à Saideh et essaye de la convaincre . Il lui a promis qu’il irait en Iran éventuellement vers le 20 avril. [En fait, nous étions à peu près surs tous les deux de ce qui allait se passer. Je me souviens lui avoir dit “ Chaque fois que je t’ai demandé ton avis sur un quelconque évènement, tu m’as toujours donné une réponse sensée, sincère et confirmée par les évènements qui ont suivi. Maintenant je te pose la question suivante: est-ce que tu crois que papa va etre exécuté? Il m’a répondu “Oui, si on ne se depeche pas de l’empecher. Il faut prendre du temps. Mais pour ça il faut agir tout de suite. Tout de suite. “]
Mardi 10
Me réveille la mort dans l’ame et reste inquiète pendant toute la journée. [Ce matin-là Bianca, la maman d’Enzo, m’a écouté dans un long monologue dont le thème était: ils vont le tuer, ils vont le tuer. Elle ne voulait pas que je regarde la télévision. Plus tard elle m’a avoué qu’elle craignait qu’on ne fasse voir papa mort comme on avait montré Hoveyda, à la suite de son exécution.]
J’appelle maman ce matin. Elle a aussi a parlé à Karim. Il y a dit à peu près les memes choses. Il lui a dit de ne rien faire car c’est sans doute les interventions (de l’étranger ) en faveur de Hoveyda qui ont fait qu’il a été exécuté si rapidement. Le monde, comme pour Bhutto, a été mis devant un fait accompli. Maman me dit aussi qu’ils essayent dans les journaux de meler papa à une vilaine histoire de SAVAK, qu’on dit qu’il est parent du (gen.) Arfa, considéré d’extreme droite. Est-ce la gauche qui orchestre? Elle me demande si Karim doit dementir. Je lui dis “ça servirait à quoi?” De toute façon, un démenti ne sera pas publié et, s’il l’est n’aura aucun poids”. Ces gens sont déjà décidés quant au sort de papa. Je me ronge de ne pouvoir rien faire. Maman me dit qu’elle tachera de parler à Albala, de retour de Téhéran et à Claire Blanchet. Albala aurait vu papa.
[Je me souviens qu’au cours de cette conversation, j’ai dit à maman “la seule chose à faire c’est que Karim aille à Qom et qu’il se mette à genoux devant la porte de Kh. jusqu’à ce que celui-ci le reçoive.” Maman m’a répondu “mais non, mais non.” Je lui ai dit “alors écrit la lettre à Kh.” Elle me répond “papa serait furieux”. Je lui dis “ maman, c’est de la peau de papa qu’il s’agit.” Ce meme jour, à table, j’a eu une longue et violente conversation avec Enzo qui insistait que papa était hors jeu depuis 15 ans et qu’on ne pouvait rien lui reprocher des évènements aussi lointains que ceux de ’63. Je lui ai répliqué qu’il suffisait de considérer la carrière de papa avec objectivité pour mesurer le terrible danger qu’il courait. Je lui ai répété encore une fois “papa est le seul à savoir ce qu’on lui a demandè et ce qu’il a répondu. Je suis sure qu’il est parfaitement conscient du danger.“ Déjà au début, quand Kh. devait rentrer, je suppliai maman de faire pression sur papa pour qu’il revienne à Paris et je lui disais, de meme qu’Enzo, que selon moi le retour de Kh. signifiait un risque personnel très grave pour papa. Pour moi, il s’est agi presque d’une équation mathématique. La seule inconnue était en vérité l’intensité de la haine et du désir de vengeance de Kh. Dès le moment où il n’y a plus eu aucun doute quant à cela, le sort de papa était décidé.]
Lundi 9
Il y a une logique effrayante dans les actions de ces gens pour ce qui concerne papa. Essaye toute la journée d’appeler maman, n’y parviens pas. Enzo m’appelle (de Turin) e me parle longuement des risques que coure papa. Puis il parle à Saideh et essaye de la convaincre . Il lui a promis qu’il irait en Iran éventuellement vers le 20 avril. [En fait, nous étions à peu près surs tous les deux de ce qui allait se passer. Je me souviens lui avoir dit “ Chaque fois que je t’ai demandé ton avis sur un quelconque évènement, tu m’as toujours donné une réponse sensée, sincère et confirmée par les évènements qui ont suivi. Maintenant je te pose la question suivante: est-ce que tu crois que papa va etre exécuté? Il m’a répondu “Oui, si on ne se depeche pas de l’empecher. Il faut prendre du temps. Mais pour ça il faut agir tout de suite. Tout de suite. “]
Mardi 10
Me réveille la mort dans l’ame et reste inquiète pendant toute la journée. [Ce matin-là Bianca, la maman d’Enzo, m’a écouté dans un long monologue dont le thème était: ils vont le tuer, ils vont le tuer. Elle ne voulait pas que je regarde la télévision. Plus tard elle m’a avoué qu’elle craignait qu’on ne fasse voir papa mort comme on avait montré Hoveyda, à la suite de son exécution.]
domenica 25 ottobre 2009
1979 - 10
Mardi 20
Ces journées sont de nouveau remplies d’angoisse. Je vis dans le cauchemar, sans nouvelles. Rien dans les journaux.
Jeudi 29
Maman me téléphone pour me dire qu’il y aura un procès contre papa, que les autorités ont fait publier par les journaux et annoncé à la radio une liste de 36 personnes , invitant les populations à venir dénoncer leurs crimes. Cela se passe de commentaire.
Vendredi 30
Journée de referendum en Iran. La question posée est la suivante: Monarchie ou République islamique? Deux bulletins de vote (de couleur différente). On vote en plein air, sans isoloir. Le résultat est imaginable. Téléphone à Saideh car elle me parait, de tous les membres de la famille, la plus active. Je suis angoissée. Je lui dis alors que si le procès n’est pas public, c’est qu’on veut la tete de papa. Papa est le seul à savoir ce qu’on lui demandé e ce qu’il a répondu en cours d’instruction. Il est le seul à savoir les risques qu’il coure. Nous autres nous vivons d’espoir et de suppositions. Je sais quand meme qu’on a demandé à papa pourquoi il a fermé l’école de Qom en ’63 et qu’il a répondu “parce qu’il le fallait”. Cela a du convaincre ses inquisiteurs. Saideh m’assure que le procès sera public, avec toutes les garanties. Une délégations de juristes internationaux s’en va en Iran, avec è sa tete un certain (avocat)Albala auquel Saideh a téléphoné pour lui parler de papa. Il lui a assuré qu’il verrait papa et interviendrait en sa faveur. [En fait Albala et sa délégation allaient en Iran pour controler la légalité de l’opération reéférendum. Il a dit en rentrant que le référendum avait eu lieu dans la légalité! Claire Blanchet nous a raconté les détails de cette légalité. Elle a dit que les gros paquets de bulletins de vote trainaient un peu partout et qu’elle regrettait de ne pas en avoir emporté quelques uns à titre de souvenir! Que les gens votaient en plein air et demandaient aux membres du siège électoral comment il fallait faire. Ceux-ci s’empressaient naturellement de leur montrer le “bon” bulletin de vote. Ce que Pierre et Claire ont rapporté a eu lieu dans les villages au pied du Damavand où ils sont allés assister à l’opération de vote.
Quant à Albala, maman lui a téléphoné à son retour pour savoir s’il avait vu papa. Il lui a fait répondre par sa secrétaire et lui a fait savoir qu’il avait vu papa et qu’il allait bien. Maman a supplié la secrétaire de lui passar Albala en personne pour qu’il lui donne des détails. Elle a poliment et froidement refusé, sans doute parce qu’elle avait reçu des instructions. Albala aurait dit à la presse que les prisonniers étaient convenablement traités et leurs droits respectés].
Lundi 2 avril
99,99% de votes en faveur de la République islamique! Qui s’en étonnerait? Surement pas maitre Albala. Ils vont en faire à leur tete à présent . [Enzo me dit que meme avec un calculateur la marge d’erreur est d’environ de 10%].
Mardi 3 avril
Reçois une lettre de papa datée du 9 février. Pauvre petit papa adoré. Il est tellement pessimiste et il a bien raison. [Une semaine après il a été arreté. Le lundi la République islamique a été proclamée. Vendredi il a été arreté. Ces gens savaient à coup sur ce qu’ils voulaient et s’ils l’ont pris dans une rafle généralisée, cela ne change rien au fait que c’est bien lui qu’ils cherchaient.
[Cette lettre du 9 février a une histoire curieuse. Un jour, environ 10 jours avant le 3 avril, j’ai reçu un coul de fil vers 10h du matin. Une voix provenant d’un monsieur agé et très faché qui me dit: “ je vous téléphone de via Nizza. Donnez-moi votre adresse pour que je vous l’envoie. “ Je lui donne mon adresse, tout à fait interloquée et le regrette sur-le-champ car le monsieur raccroche sans ajouter mot e je ne peux lui demander d’explication. Tout de suite après j’appelle Enzo qui est furieux et me dit que j’ai eu tort de donner notre adresse. Il y a tellement d’actes de terrorisme et surtout il craint les iraniens. Je suis très inquiète. Pendant 10 jours, je me fais du souci. Cette lettre n’arrive pas et je commence à me demander s’il ne s’agit pas en effet d’un mauvais coup. La seule chose qui me rassure c’est que ce type connaissait le numéro de téléphone, il ne lui était pas difficile de trouver l’adresse sans rien me demander et de faire son mauvais coup sans préavis. Et puis c’était une voix agée de petit employé furieux de devoir se donner du mal. Le 3 avril la lettre arrive enfin et tout s’explique. Papa l’avait confiée au fils de Sobhi qui se rendait en Italie. Quand il est arrivé, il a du apprendre l’arrestation de papa et il s’est dit qu’il valait mieux ne pas se mouiller avec des gens comme nous en me téléphonant. Il a donc collé des timbres sur l’enveloppe et il l’a mise dans une boite aux lettres. Or sur l’enveloppe, il n’y avait que mon nom et mon numéro de téléphone. La lettre est arrivée à la poste centrale de via Nizza, entre les mains du petit employé. Tout furieux qu’il était, ce pauvre bonhomme m’a téléphoné et m’a expédié la lettre, faisant son devoir avec un scrupule admirable. Il ne savait pas qu’il venait de faire une des meilleures actions de sa vie, puisque c’est la dernière lettre que j’ai reçu de mon père].
4 avril, mercredi [une semaine après ce serait le tour de papa]
Bhutto a été exécuté. Faudrait-il dire assassiné? Cela me bouleverse littéralement. Parle à maman. Elle me dit qu’il y a une campagne de presse en faveur de papa en Iran et que selon Djehanguir, la seule personne qui peut intervenir pour sauver papa, c’est Kh. Maman dit qu’elle va lui écrire.
Vendredi 6 avril
Partons pour Vada. Je suis très fatiguée , la tete vide quand elle n’est pas pleine d’images de cauchemar. En Asie, j’ai l’impression que c’est le délire religieux. Les européens n’y comprennent rien à rien. Quoi qu’ils fassent, les orientaux s’en fichent. Papa était intervenu en faveur de Bhutto. Cela n‘a servi a rien.
Samedi
Nous apprenons ce soir l’exécution de Hoveyda. Je n’ai plus le coeur de rien espérer. Quelques soient les fautes de Hoveyda, il n’a jamais fait tué ses adversaires. Il est malgré tout plus respectable que ses bourreaux. Je me mets à pleurer, mais les larmes séchent vite. A quoi bon? Maman m’appelle, sa voix tremble. Je crois qu’elle est à peu près folle d’inquiétude. Je parle à Karim au téléphone. Il est 4h du matin à Téhéran. Il a la voix pateuse. Il me dit de ne pas m’inquiéter. “Papa, dit-il, n’est pas dans la meme catégorie que Hoveyda”. Je lui demande à quand le procès. Il me répond “je ne sais pas. Ici les choses changent de jour en jour. Tu as bien vu que Kh. a changé ? d’avis sur Hoveyda.” Je lui demande s’il a vu ou verra papa. Il me réponds “non je ne l’ai pas vu et ne verrai pas. Ils ne me laisseront pas le voir”.
Maman me rapporte les propos d’André Fontaine (qui venait de rentrer de Téhéran, il me semble): “Vous ne savez pas ce qui se passe dans votre pays. C’est tout à fait horrible. “ Kh. aurait dit: “A quoi servent les procès? Nous savons qui sont les coupables. Il faut les tuer jusqu’au dernier.”
Ces journées sont de nouveau remplies d’angoisse. Je vis dans le cauchemar, sans nouvelles. Rien dans les journaux.
Jeudi 29
Maman me téléphone pour me dire qu’il y aura un procès contre papa, que les autorités ont fait publier par les journaux et annoncé à la radio une liste de 36 personnes , invitant les populations à venir dénoncer leurs crimes. Cela se passe de commentaire.
Vendredi 30
Journée de referendum en Iran. La question posée est la suivante: Monarchie ou République islamique? Deux bulletins de vote (de couleur différente). On vote en plein air, sans isoloir. Le résultat est imaginable. Téléphone à Saideh car elle me parait, de tous les membres de la famille, la plus active. Je suis angoissée. Je lui dis alors que si le procès n’est pas public, c’est qu’on veut la tete de papa. Papa est le seul à savoir ce qu’on lui demandé e ce qu’il a répondu en cours d’instruction. Il est le seul à savoir les risques qu’il coure. Nous autres nous vivons d’espoir et de suppositions. Je sais quand meme qu’on a demandé à papa pourquoi il a fermé l’école de Qom en ’63 et qu’il a répondu “parce qu’il le fallait”. Cela a du convaincre ses inquisiteurs. Saideh m’assure que le procès sera public, avec toutes les garanties. Une délégations de juristes internationaux s’en va en Iran, avec è sa tete un certain (avocat)Albala auquel Saideh a téléphoné pour lui parler de papa. Il lui a assuré qu’il verrait papa et interviendrait en sa faveur. [En fait Albala et sa délégation allaient en Iran pour controler la légalité de l’opération reéférendum. Il a dit en rentrant que le référendum avait eu lieu dans la légalité! Claire Blanchet nous a raconté les détails de cette légalité. Elle a dit que les gros paquets de bulletins de vote trainaient un peu partout et qu’elle regrettait de ne pas en avoir emporté quelques uns à titre de souvenir! Que les gens votaient en plein air et demandaient aux membres du siège électoral comment il fallait faire. Ceux-ci s’empressaient naturellement de leur montrer le “bon” bulletin de vote. Ce que Pierre et Claire ont rapporté a eu lieu dans les villages au pied du Damavand où ils sont allés assister à l’opération de vote.
Quant à Albala, maman lui a téléphoné à son retour pour savoir s’il avait vu papa. Il lui a fait répondre par sa secrétaire et lui a fait savoir qu’il avait vu papa et qu’il allait bien. Maman a supplié la secrétaire de lui passar Albala en personne pour qu’il lui donne des détails. Elle a poliment et froidement refusé, sans doute parce qu’elle avait reçu des instructions. Albala aurait dit à la presse que les prisonniers étaient convenablement traités et leurs droits respectés].
Lundi 2 avril
99,99% de votes en faveur de la République islamique! Qui s’en étonnerait? Surement pas maitre Albala. Ils vont en faire à leur tete à présent . [Enzo me dit que meme avec un calculateur la marge d’erreur est d’environ de 10%].
Mardi 3 avril
Reçois une lettre de papa datée du 9 février. Pauvre petit papa adoré. Il est tellement pessimiste et il a bien raison. [Une semaine après il a été arreté. Le lundi la République islamique a été proclamée. Vendredi il a été arreté. Ces gens savaient à coup sur ce qu’ils voulaient et s’ils l’ont pris dans une rafle généralisée, cela ne change rien au fait que c’est bien lui qu’ils cherchaient.
[Cette lettre du 9 février a une histoire curieuse. Un jour, environ 10 jours avant le 3 avril, j’ai reçu un coul de fil vers 10h du matin. Une voix provenant d’un monsieur agé et très faché qui me dit: “ je vous téléphone de via Nizza. Donnez-moi votre adresse pour que je vous l’envoie. “ Je lui donne mon adresse, tout à fait interloquée et le regrette sur-le-champ car le monsieur raccroche sans ajouter mot e je ne peux lui demander d’explication. Tout de suite après j’appelle Enzo qui est furieux et me dit que j’ai eu tort de donner notre adresse. Il y a tellement d’actes de terrorisme et surtout il craint les iraniens. Je suis très inquiète. Pendant 10 jours, je me fais du souci. Cette lettre n’arrive pas et je commence à me demander s’il ne s’agit pas en effet d’un mauvais coup. La seule chose qui me rassure c’est que ce type connaissait le numéro de téléphone, il ne lui était pas difficile de trouver l’adresse sans rien me demander et de faire son mauvais coup sans préavis. Et puis c’était une voix agée de petit employé furieux de devoir se donner du mal. Le 3 avril la lettre arrive enfin et tout s’explique. Papa l’avait confiée au fils de Sobhi qui se rendait en Italie. Quand il est arrivé, il a du apprendre l’arrestation de papa et il s’est dit qu’il valait mieux ne pas se mouiller avec des gens comme nous en me téléphonant. Il a donc collé des timbres sur l’enveloppe et il l’a mise dans une boite aux lettres. Or sur l’enveloppe, il n’y avait que mon nom et mon numéro de téléphone. La lettre est arrivée à la poste centrale de via Nizza, entre les mains du petit employé. Tout furieux qu’il était, ce pauvre bonhomme m’a téléphoné et m’a expédié la lettre, faisant son devoir avec un scrupule admirable. Il ne savait pas qu’il venait de faire une des meilleures actions de sa vie, puisque c’est la dernière lettre que j’ai reçu de mon père].
4 avril, mercredi [une semaine après ce serait le tour de papa]
Bhutto a été exécuté. Faudrait-il dire assassiné? Cela me bouleverse littéralement. Parle à maman. Elle me dit qu’il y a une campagne de presse en faveur de papa en Iran et que selon Djehanguir, la seule personne qui peut intervenir pour sauver papa, c’est Kh. Maman dit qu’elle va lui écrire.
Vendredi 6 avril
Partons pour Vada. Je suis très fatiguée , la tete vide quand elle n’est pas pleine d’images de cauchemar. En Asie, j’ai l’impression que c’est le délire religieux. Les européens n’y comprennent rien à rien. Quoi qu’ils fassent, les orientaux s’en fichent. Papa était intervenu en faveur de Bhutto. Cela n‘a servi a rien.
Samedi
Nous apprenons ce soir l’exécution de Hoveyda. Je n’ai plus le coeur de rien espérer. Quelques soient les fautes de Hoveyda, il n’a jamais fait tué ses adversaires. Il est malgré tout plus respectable que ses bourreaux. Je me mets à pleurer, mais les larmes séchent vite. A quoi bon? Maman m’appelle, sa voix tremble. Je crois qu’elle est à peu près folle d’inquiétude. Je parle à Karim au téléphone. Il est 4h du matin à Téhéran. Il a la voix pateuse. Il me dit de ne pas m’inquiéter. “Papa, dit-il, n’est pas dans la meme catégorie que Hoveyda”. Je lui demande à quand le procès. Il me répond “je ne sais pas. Ici les choses changent de jour en jour. Tu as bien vu que Kh. a changé ? d’avis sur Hoveyda.” Je lui demande s’il a vu ou verra papa. Il me réponds “non je ne l’ai pas vu et ne verrai pas. Ils ne me laisseront pas le voir”.
Maman me rapporte les propos d’André Fontaine (qui venait de rentrer de Téhéran, il me semble): “Vous ne savez pas ce qui se passe dans votre pays. C’est tout à fait horrible. “ Kh. aurait dit: “A quoi servent les procès? Nous savons qui sont les coupables. Il faut les tuer jusqu’au dernier.”
lunedì 19 ottobre 2009
1979 - 9
Vendredi 2 mars
Situation très confuse. Une coupure semble se faire entre Kh. e Bazargan.
Dimanche 4 mars
Bazargan ne semble pas capable de controler la situation. Kh. ,de Qom, lance des invectives à la Savonarole. Les exécutions continuent sur l’ordre de divers Komiteh Khomeini qui se sont formés spontanémentdans le pays, jusque dans les plus petits villages. Naturellement, dans de telles conditions, la justice (justice?) rendue est plutot sommaire. Bazargan est irrité et impuissant.
Mardi 6 mars
Maman me téléphone pour me rassurer (!). Karim et Dejahanguir maintiennent le contact avec papa par l’intermédiaire de plusieurs personnes. [ Il s’agirait en fait d’un infirmier de Qasr], mais en attendant , on ne parle pas de libérer papa. On ne “trouve pas de juge”, cequi parait étrange. Mes journées se passent dans une inquiétude latente. Je n’ai jamais rien éprouvé de semblable et je crois que ce qui distingue mon sentiment, c’est qu’il est sans issue, la situation elle-meme est sans issue, tout au moins dans l’immédiat. J’ai peur que K. Et Dj. s’habituent à la routine e ne fassent pas tout ce qu’il y a à faire . On ne peut se contenter des assurances que donnent les intermédiaires. Maman me dit que K. et Dj. vont s’adresser à Matine-Daftari, le neveu de Mossadegh, qui est un avocat célèbre (et un membre influent du comité pourl es Droits de l’Homme!!!) pourqu’il intervienne. Maman m’annonce qu’Azita et Rudy rentrent. Ce n’est pas très malin.
Jeudi 8 mars
Journée de la femme dans le monde. En Iran, les femmes manifestent contre le port du voile et autres contraintes que l’Islam impose aux personnes de leur sexe. Kh. réplique avec duvet [plusieurs femmes dans la foule reçurent ce jour-là des coups de couteau]. Matine-Daftari, président de l’organisation des droits de lhomme, demande de pouvoir surveiller les procès qui se font actuellement et de visiter les prisons pour voir les conditions de vie des prisonniers. Le gauche et le centre libéral se lient de plus en plus, en vue d’obtenir que le référendum du 30 mars ne pose pas la question “République islamique ou monarchie, mais plutot “République tout court ou monarchie”. Bazargan est impuissant et la rupture avec KH. qui est le principal baton dans ses roues, se précise de plus en plus: On annonce que le nouveau régime va faire le procès par contumace de la famille royale. Mon impression est que papa restera en prison tant que ce procès ne se fera pas. Sept personnes fusillées.
Vendredi 9 mars
Bazargan menace de démissionner. Kh. l’attaque ainsi que ses ministres qui veulent une démocratie à l’Occidentale, qui se comportent pire que les anciens ministres par leur luxe et leur inertie. Huit personnes fusillés pour délits sexuels!!! Manifestations de femmes que les jojjaheddin attaquent à coup de conteau. Le ministre de la justice déclare à la presse qu’il ne faut pas se scandaliser des arrestations arbitraires et des exécutions sommaires. André Chénier ne fut-il pas arreté et décapité pour une raison tout à fait insignificante? Merci.
Samedi 10 mars
Bazargan se réconcilie en apparence avec Kh. auquel il rend visite à Qom avec une délégation de ministres: en fait la situation pourrit et le gouvernement manque de poigne, d’idées et de volonté. Cela rend la situation de papa très dangereuse. Cha’aban Bimokh a été exécuté parce que “gangster à la solde du roi”.
Lundi 12
Appelle maman. Elle me dit que Karim a garanti (comment peut-il garantir quoi que ce soit?) que papa serait sorti dans trois jours parce que le gouvernment a investi trente juges pour qu’ils en finissent avec tout les dossiers en cours. Papa va bien, parait-il, mais maman n’a pas une bonne voix. Ou plutot elle essaye sans y réussir, elle me dit que les autorités auraient conseillé que papa “ne rentre pas à la maison, parce qu’il y a beaucoup de gens mal intentionnés (textuel!) qui s’en prennent aux libérés. Veulent-ils mettre papa en liberté surveillée?
Jeudi 15
On annonce que Hoveyda a été condamné à mort par le tribunal islamique. Mon inquiétude croit de minute en minute. Et
papa? Les chefs d’accusation contre Hoveyda: avoir favorisé le sionisme et la politique américaine en Iran. D’avoir agi, en somme, contre la loi du Coran. L’Amérique n’existait pas encore au 7e siècle et le sionisme, s’il y en avait, était à ses premières armes. Ces memes accusations – sionisme, favoriser les Etats-Unis – vaudraient pour papa. Cauchemar.
17 mars, samedi
Bazargan se rebelle et va voir Kh. à Qom. Il lui dit le mauvais effet que font les exécutions sommaires à l’étranger. Kh. donne l’ordre de suspendre tous les procès et toutes les exécutions jusqu’à ce qu’ont ait étable un règlement en la matière. Aucune nouvelle de maman. Papa n’a donc pas été libéré (comme l’avait promis Karim). Il y aura un procès, j’en suis sure.
Situation très confuse. Une coupure semble se faire entre Kh. e Bazargan.
Dimanche 4 mars
Bazargan ne semble pas capable de controler la situation. Kh. ,de Qom, lance des invectives à la Savonarole. Les exécutions continuent sur l’ordre de divers Komiteh Khomeini qui se sont formés spontanémentdans le pays, jusque dans les plus petits villages. Naturellement, dans de telles conditions, la justice (justice?) rendue est plutot sommaire. Bazargan est irrité et impuissant.
Mardi 6 mars
Maman me téléphone pour me rassurer (!). Karim et Dejahanguir maintiennent le contact avec papa par l’intermédiaire de plusieurs personnes. [ Il s’agirait en fait d’un infirmier de Qasr], mais en attendant , on ne parle pas de libérer papa. On ne “trouve pas de juge”, cequi parait étrange. Mes journées se passent dans une inquiétude latente. Je n’ai jamais rien éprouvé de semblable et je crois que ce qui distingue mon sentiment, c’est qu’il est sans issue, la situation elle-meme est sans issue, tout au moins dans l’immédiat. J’ai peur que K. Et Dj. s’habituent à la routine e ne fassent pas tout ce qu’il y a à faire . On ne peut se contenter des assurances que donnent les intermédiaires. Maman me dit que K. et Dj. vont s’adresser à Matine-Daftari, le neveu de Mossadegh, qui est un avocat célèbre (et un membre influent du comité pourl es Droits de l’Homme!!!) pourqu’il intervienne. Maman m’annonce qu’Azita et Rudy rentrent. Ce n’est pas très malin.
Jeudi 8 mars
Journée de la femme dans le monde. En Iran, les femmes manifestent contre le port du voile et autres contraintes que l’Islam impose aux personnes de leur sexe. Kh. réplique avec duvet [plusieurs femmes dans la foule reçurent ce jour-là des coups de couteau]. Matine-Daftari, président de l’organisation des droits de lhomme, demande de pouvoir surveiller les procès qui se font actuellement et de visiter les prisons pour voir les conditions de vie des prisonniers. Le gauche et le centre libéral se lient de plus en plus, en vue d’obtenir que le référendum du 30 mars ne pose pas la question “République islamique ou monarchie, mais plutot “République tout court ou monarchie”. Bazargan est impuissant et la rupture avec KH. qui est le principal baton dans ses roues, se précise de plus en plus: On annonce que le nouveau régime va faire le procès par contumace de la famille royale. Mon impression est que papa restera en prison tant que ce procès ne se fera pas. Sept personnes fusillées.
Vendredi 9 mars
Bazargan menace de démissionner. Kh. l’attaque ainsi que ses ministres qui veulent une démocratie à l’Occidentale, qui se comportent pire que les anciens ministres par leur luxe et leur inertie. Huit personnes fusillés pour délits sexuels!!! Manifestations de femmes que les jojjaheddin attaquent à coup de conteau. Le ministre de la justice déclare à la presse qu’il ne faut pas se scandaliser des arrestations arbitraires et des exécutions sommaires. André Chénier ne fut-il pas arreté et décapité pour une raison tout à fait insignificante? Merci.
Samedi 10 mars
Bazargan se réconcilie en apparence avec Kh. auquel il rend visite à Qom avec une délégation de ministres: en fait la situation pourrit et le gouvernement manque de poigne, d’idées et de volonté. Cela rend la situation de papa très dangereuse. Cha’aban Bimokh a été exécuté parce que “gangster à la solde du roi”.
Lundi 12
Appelle maman. Elle me dit que Karim a garanti (comment peut-il garantir quoi que ce soit?) que papa serait sorti dans trois jours parce que le gouvernment a investi trente juges pour qu’ils en finissent avec tout les dossiers en cours. Papa va bien, parait-il, mais maman n’a pas une bonne voix. Ou plutot elle essaye sans y réussir, elle me dit que les autorités auraient conseillé que papa “ne rentre pas à la maison, parce qu’il y a beaucoup de gens mal intentionnés (textuel!) qui s’en prennent aux libérés. Veulent-ils mettre papa en liberté surveillée?
Jeudi 15
On annonce que Hoveyda a été condamné à mort par le tribunal islamique. Mon inquiétude croit de minute en minute. Et
papa? Les chefs d’accusation contre Hoveyda: avoir favorisé le sionisme et la politique américaine en Iran. D’avoir agi, en somme, contre la loi du Coran. L’Amérique n’existait pas encore au 7e siècle et le sionisme, s’il y en avait, était à ses premières armes. Ces memes accusations – sionisme, favoriser les Etats-Unis – vaudraient pour papa. Cauchemar.
17 mars, samedi
Bazargan se rebelle et va voir Kh. à Qom. Il lui dit le mauvais effet que font les exécutions sommaires à l’étranger. Kh. donne l’ordre de suspendre tous les procès et toutes les exécutions jusqu’à ce qu’ont ait étable un règlement en la matière. Aucune nouvelle de maman. Papa n’a donc pas été libéré (comme l’avait promis Karim). Il y aura un procès, j’en suis sure.
1979 - 1
24 avril 1979 (est la date à laquelle j’ai réuni toutes les annotations dans mon agenda 1978 et 1979)
Papa et maman quittent Paris le 14 mars (1978) . Le16, Moro est enlevé et c’est le début d’une longue tragédie.
J’ai oublié de dire qu’à partir du mois d’octobre, la situation se détériore en Iran, avec de nombreux troubles qui se répètent en province mais, pendant longtemps, laissent Téhéran dans l’indifférence. … Aucun de nous ne se rend compte ce à quoi ces troubles vont porter. Aucun de nous n’a conscience de l’immense tragédie qui se prépare pour le pays et pour notre famille. Au mois de février, papa nous dit à table, un jour à propos de l’Europe, “cet immense réservoir de ressources humaines, philosophiques, scientifiques”, qu’elle était vulnérable parce qu’elle ne voulait plus défendre ses richesses et qu’elle en était arrivée au point où ce refus risquait de se transformer en incapacité de se défendre . Enzo lui pose alors la question: “Et l’Iran qui est si bien armé pour se défendre, sera-t-il capable de se défendre”? Et surtout contre des contradictions d’ordre politique et social qui ne pouvaient pas ne pas exploser éventuellement?” Papa répond: “Par certains cotés , l’Iran est encore plus vulnérable que l’Europe”. Il n’ajoute rien et n’explique rien. Au cours de ce séjour, il ne cesse de nous répéter “L’Europe en a pour dix ans, l’Amérique pour cinquante. Allez-en Amérique. Si j’étais vous j’irai en Amérique”. Enzo de lui répondre que s’il voulait s’abandonner au cynisme il irait en Amérique, mais que tant qu’il croirait en l’Europe, tant qu’il aurait de l’espoir, il ne l’abandonnerait pas. Je crois que papa a du le comprendre. Plus tard, le 11 avril, s’est-il souvenu de cette conversation?
…. Revenons à l’année 1978 si pleine d’évènements, riche en hypothèses. En Iran, la situation s’aggrave. Hoveyda est renvoyé au printemps, remplacé par Amouzegar qui fait figure de jeune lion avec un grand avenir. Il a été ministre des finances e du pétrole, il est connu internationalement à cause de sa belle prestance télévisive aux réunions de l’OPEP. Mais il n’est pas plus futé que les autres, si ce n’est pour ses affaires personnelles. Il “obéit”.
A l’origine des troubles iraniens, il y a évidemment la situation sociale très tendue, la mauvaise distribution de la richesse du pétrole, la cloaque de la corruption, l’indifférence du roi au sort de la population, son intéret passionné pour les affaires internationales et pour les joujoux de guerre. Il y a aussi une vilaine histoire de calomnie, lancée en novembre par le futé Nassiri (chef de la SAVAK ) contre Khomeini qui est en exil en Iraq. ) Nassiri écrit une lettre ouverte aux journaux dans laquel il accuse le saint homme de toute sorte de crimes, sodomie, corruption de mineurs etc… Naturellement, cela donne le prétexte aux disciples de Kh. et à lui-meme de rentrer en scène. A partir de là, l’étoile de Khomeini ne cessera de briller (d’une sinistre lueur).
En janvier, Carter se rend en Iran et impose au roi un changement radical de sa politique des Human Rights. Le roi soutiendra souvent par la suite qu’il n’avait pas besoin de ce conseil et qu’il avait déjà l’intention de libéraliser le régime. Avec Amouzégar, cette libéralisation commence sérieusement: entre autres, la censure de presse se fait de moins en moins sentir. Le baillon a été oté e cela provoque dans la presse une réaction prévisible: elle se déchaine contre le régime, dénonce tous les corrompus, attaque le roi. Mais la libéralisation est en cours. Au début du mois d’aout (1978) il y a un terrible incendie dans le cinéma Rex d’Abadan. Les morts sont environ 400. On accuse le régime, ou tout au moins la SAVAK, de l’avoir provoqué, Dieu sait pourquoi. L’affaire est très louche, elle ébranle sérieusement le régime. Personne ne pardonne ces quatre-cents morts au roi et cela creuse un abime entre lui et le peuple. Amouzégar démissione, il est remplacé par un des voleurs les plus notoires de l’establishment. Cela n’arrange pas les choses. Le pays bouillonne littéralement. Maman m’écrit que les accusations contre le roi et toute sa famille sont publiques, le plus souvent obscènes. Le 8 septembre, vendredi, doit avoir lieu le quarantième jour de deuil pour les morts d’Abadan . Diverses manifestations sont prévues. Sans aucun préavis, le régime décide d’établir la loi martiale. Le gouvernement n’est meme pas inclu dans cette décision. Comme gouverneur de la loi martiale, le roi choisit Oveicy (de sinistre mémoire). Décidément le souverain accumule erreur sur erreur. Il dira par la suite, et j’en suis à peu près certaine, qu’on lui a forcé la main. Il est prisonnier d’un noyau de durs qui commencent à comprendre qu’ils vont tout perdre. Toute manifestation est interdite. La loi martiale prévoit qu’on tire sur la foule. Vendredi 8, à Téhéran, elle le fait, en particulier place Jaleh. Il y a plusieurs miliers de morts. A ce point pour la monarchie, c’est vraiment la fin. Khomeiny ne cessera plus de gagner du terrain.
Sur ce, les Irakiens, en un geste de solidarité tout à fait extraordinaire envers l’Iran, demandent à Khomeiny de quitter sur-le-champs leur pays. Khomeiny se rend en France s’installer à Neauphle-le-Chateau, d’où il prépare l’insurrection, lance invective sur invective contre le régime, tout cela sous l’aile complaisante des francais. Ceux-ci sont chatouillés par la présence de ce révolutionnaire dans la terre natale de la Révolution et puis, ils ne sont pas indifférents au fait que Khomeiny pourrait réussir sa révolution. Ils veulent donc le ménager, c’est-à-dire ménager son pétrole et ses futurs rapports avec la France. En fait tout cela est si simple que c’en est banal. Le premier ministre s’en va, remplacé par un vieux général. Papa est nommé vice-ministre de la Cour et administrateur des finances royales, “comptable” comme il dit. Il ne reste d’ailleurs plus grand’chose à administrer.
(A suivre)
Papa et maman quittent Paris le 14 mars (1978) . Le16, Moro est enlevé et c’est le début d’une longue tragédie.
J’ai oublié de dire qu’à partir du mois d’octobre, la situation se détériore en Iran, avec de nombreux troubles qui se répètent en province mais, pendant longtemps, laissent Téhéran dans l’indifférence. … Aucun de nous ne se rend compte ce à quoi ces troubles vont porter. Aucun de nous n’a conscience de l’immense tragédie qui se prépare pour le pays et pour notre famille. Au mois de février, papa nous dit à table, un jour à propos de l’Europe, “cet immense réservoir de ressources humaines, philosophiques, scientifiques”, qu’elle était vulnérable parce qu’elle ne voulait plus défendre ses richesses et qu’elle en était arrivée au point où ce refus risquait de se transformer en incapacité de se défendre . Enzo lui pose alors la question: “Et l’Iran qui est si bien armé pour se défendre, sera-t-il capable de se défendre”? Et surtout contre des contradictions d’ordre politique et social qui ne pouvaient pas ne pas exploser éventuellement?” Papa répond: “Par certains cotés , l’Iran est encore plus vulnérable que l’Europe”. Il n’ajoute rien et n’explique rien. Au cours de ce séjour, il ne cesse de nous répéter “L’Europe en a pour dix ans, l’Amérique pour cinquante. Allez-en Amérique. Si j’étais vous j’irai en Amérique”. Enzo de lui répondre que s’il voulait s’abandonner au cynisme il irait en Amérique, mais que tant qu’il croirait en l’Europe, tant qu’il aurait de l’espoir, il ne l’abandonnerait pas. Je crois que papa a du le comprendre. Plus tard, le 11 avril, s’est-il souvenu de cette conversation?
…. Revenons à l’année 1978 si pleine d’évènements, riche en hypothèses. En Iran, la situation s’aggrave. Hoveyda est renvoyé au printemps, remplacé par Amouzegar qui fait figure de jeune lion avec un grand avenir. Il a été ministre des finances e du pétrole, il est connu internationalement à cause de sa belle prestance télévisive aux réunions de l’OPEP. Mais il n’est pas plus futé que les autres, si ce n’est pour ses affaires personnelles. Il “obéit”.
A l’origine des troubles iraniens, il y a évidemment la situation sociale très tendue, la mauvaise distribution de la richesse du pétrole, la cloaque de la corruption, l’indifférence du roi au sort de la population, son intéret passionné pour les affaires internationales et pour les joujoux de guerre. Il y a aussi une vilaine histoire de calomnie, lancée en novembre par le futé Nassiri (chef de la SAVAK ) contre Khomeini qui est en exil en Iraq. ) Nassiri écrit une lettre ouverte aux journaux dans laquel il accuse le saint homme de toute sorte de crimes, sodomie, corruption de mineurs etc… Naturellement, cela donne le prétexte aux disciples de Kh. et à lui-meme de rentrer en scène. A partir de là, l’étoile de Khomeini ne cessera de briller (d’une sinistre lueur).
En janvier, Carter se rend en Iran et impose au roi un changement radical de sa politique des Human Rights. Le roi soutiendra souvent par la suite qu’il n’avait pas besoin de ce conseil et qu’il avait déjà l’intention de libéraliser le régime. Avec Amouzégar, cette libéralisation commence sérieusement: entre autres, la censure de presse se fait de moins en moins sentir. Le baillon a été oté e cela provoque dans la presse une réaction prévisible: elle se déchaine contre le régime, dénonce tous les corrompus, attaque le roi. Mais la libéralisation est en cours. Au début du mois d’aout (1978) il y a un terrible incendie dans le cinéma Rex d’Abadan. Les morts sont environ 400. On accuse le régime, ou tout au moins la SAVAK, de l’avoir provoqué, Dieu sait pourquoi. L’affaire est très louche, elle ébranle sérieusement le régime. Personne ne pardonne ces quatre-cents morts au roi et cela creuse un abime entre lui et le peuple. Amouzégar démissione, il est remplacé par un des voleurs les plus notoires de l’establishment. Cela n’arrange pas les choses. Le pays bouillonne littéralement. Maman m’écrit que les accusations contre le roi et toute sa famille sont publiques, le plus souvent obscènes. Le 8 septembre, vendredi, doit avoir lieu le quarantième jour de deuil pour les morts d’Abadan . Diverses manifestations sont prévues. Sans aucun préavis, le régime décide d’établir la loi martiale. Le gouvernement n’est meme pas inclu dans cette décision. Comme gouverneur de la loi martiale, le roi choisit Oveicy (de sinistre mémoire). Décidément le souverain accumule erreur sur erreur. Il dira par la suite, et j’en suis à peu près certaine, qu’on lui a forcé la main. Il est prisonnier d’un noyau de durs qui commencent à comprendre qu’ils vont tout perdre. Toute manifestation est interdite. La loi martiale prévoit qu’on tire sur la foule. Vendredi 8, à Téhéran, elle le fait, en particulier place Jaleh. Il y a plusieurs miliers de morts. A ce point pour la monarchie, c’est vraiment la fin. Khomeiny ne cessera plus de gagner du terrain.
Sur ce, les Irakiens, en un geste de solidarité tout à fait extraordinaire envers l’Iran, demandent à Khomeiny de quitter sur-le-champs leur pays. Khomeiny se rend en France s’installer à Neauphle-le-Chateau, d’où il prépare l’insurrection, lance invective sur invective contre le régime, tout cela sous l’aile complaisante des francais. Ceux-ci sont chatouillés par la présence de ce révolutionnaire dans la terre natale de la Révolution et puis, ils ne sont pas indifférents au fait que Khomeiny pourrait réussir sa révolution. Ils veulent donc le ménager, c’est-à-dire ménager son pétrole et ses futurs rapports avec la France. En fait tout cela est si simple que c’en est banal. Le premier ministre s’en va, remplacé par un vieux général. Papa est nommé vice-ministre de la Cour et administrateur des finances royales, “comptable” comme il dit. Il ne reste d’ailleurs plus grand’chose à administrer.
(A suivre)
domenica 20 settembre 2009
1979 - 8
Jeudi 22 février (suite)
Djehanguir, par ailleurs , connait le beau-frère de Kh. e l’a mis en branle. Dj. e Karim se donnent beaucoup de mal et sont en rapport indirect avec papa mais ne peuvent le voir . Maman se fait du souci pour la santé et le moral de papa (“pourra-t-il se laver et se raser. Tu sais que pour lui la propreté corporelle est une maladie). Je reste très inquiète. [A partir de ce coup de téléphone a commencé pour nous une période de cauchemar où s’alternaient les moments d’espoir et d’optimisme et les moments de désespoir. Le jeu du chat et de la souris, les membres di Komiteh jouant le chat et nous la souris. Ils se sont moqués de notre gueule avec une facilité étonnante. Nous les avons crus parce que nous l’avons voulu et parce que nous ne pouvions faire autrement. Eux ont poursuivi leur objectif avec une constance et une cohérence, je dirais avec une subtilité surprenantes pour des iraniens. Je continue à recopier mes notes…]
Vendredi 23 février
Autres détails obtenus par Azita qui a parlé à Karim. Il lui dit que papa devrait etre relaché la semaine prochaine, qu’il n’a pas été arreté sur une accusation mais simplement prié de se rendre au Komiteh (où il se trouve encore! Pratiquement prisonnier de ces gens), pour rendre compte de ce qu’il sait sur la Cour et, dès qu’il aurait été interrogé, il serait libéré. Kh. aurait fait savoir que papa doit etre considéré comme son hote. Saideh dissuade maman de rentrer à Paris et la prie de prolonger son séjour pour bien se reposer. Maman, très soulagée, se repose toute la journée. Réussissons enfin à parler à Karim qui confirme: papa aurait été arreté vendredi dernier à cinq heures et demie (Karim était encore au travail. Il est rentré à six heures). La scène aurait eu comme témoin Monique Nassiri, la voisine mes parents, qui a dit que papa a été traité avec une extreme courtoisie. Monique a tout de suite téléphoné à Jacqueline qui a appelé Djehanguir.
Samedi 24
Pas de nouvelles sures sauf que la grande manifestation organisée par les fedayns a été interdite. Elle se déroule à l’intérieur de l’université. Le mécontentement croit de jour en jour, à cause de la faiblesse de Bazargan et de l’omniprésence des mollahs qui ont envahi toute la vie privée e publique. Les gens ralent.
Dimanche 25
Journée tranquille. Allons avec maman visiter la merveilleuse abbaye de Vezzolano, dans un cadre enchanteur. Maman est détendue et encouragée, mais elle pense tout le temps à papa (“qui, dit-elle, aurait tellement aimé cet endroit”). Tout en étant souriante, elle n’arrive pas à réprimer sa tristesse.
Taleghani se serait détaché de Kh.
Lundi 26 février
Kh. s’en va à Qom, ce qui est inquiétant [en me relisant maintenant , j’ai l’impression d’avoir été d’un aveuglement crasse et stupide. Je pensais vraiment que Kh. était une garantie pour papa? Je suppose que c’était normal]. Saideh nous téléphone le matin pour nous dire que papa serait dans la prison de Qasr (modèle, parait-il) avec Hoveyda et tous les gros bonnets du régime précédent. Il est traité avec égard, devrait voir Karim aujourd’hui. Son dossier est pret, “on attend seulement qu’un juge y jette un coup d’oeil” (textuel!) pour le libérer. Ceci devrait se passer dès avant la fin de la semaine. Maman est rassurée, elle jubile, mais Enzo et moi restons inquiets. Enzo s’inquiète surtout de ce que papa soit avec Hoveyda et les autres. Il craint qu’on finisse par faire un seul et unique procès qui serait très désavantageux pour papa et pour cause. [Quand je pense qu’en novembre à Paris, au cours d’une conversation, Djehanguir me disait “dans la pire des hypothèses ton père aura un procés qui servira à le blanchir”. Je m’étais emportée et lui avait répliqué: “ tu ne connais pas ton Histoire. Quand donc, dans des circonstances pareilles, les procès ont-ils jamais blanchi qui que ce soit. Quand il y a la volonté de condamner quelqu’un, on y arrive par n’importe quel moyen”.] Enzo insiste pour que maman obtienne que papa soit mis ailleurs, le mieux serait une clinique. Dj. , par contre, est satisfait. Cette vilaine aventure aurait servi à protéger papa d’un mauvais coup par ces petits groupes girovagues qui font la pluie et le beau temps et terrorisent tout le monde. En outre, il pense que papa a payé de la sorte le tribut au nouveau régime et qu’on lui foutra la paix après. Moi je suis inquiète et le resterai tant que papa ne sera pas sorti de prison et de l’Iran. Départ de maman.
27 février
pas de nouvelles aujourd’hui.
28 Fèvrier
Maman me téléphone à deux heures. Karim a parlé à Azita, lui a dit qu’il n’a pas encore vu papa (mauvais), qu’à cause de la grande désorganisation du Komiteh on n’a pas encore trouvé un juge (mauvais). Il ne dit rien d’une date éventuelle de libération. Par contre il confirme que les gens en ont marre et ralent sans arret. Il a assisté à un meeting à l’université où libéraux et gauchistes auraient fait l’éloge de papa. Kh. s’en devrait aller à Qom pour laisser les coudées franche à Bazargan qui en a par-dessus la tete de lui et de son Komiteh.
1er mars
Je suis incapable de lire les journaux, de travailler. Je n’arrive pas à trouver une explication à tout ce qui se passe dans le monde. Ma seule lecture: “Le premier cercle “ de Solzhenytsin. Très indiqué. Pourtant je trouve que c’est un livre plein d’espoir. Toutes mes pensées sont pour papa dès le réveil, depuis que cette horrible histoire a commencé. Aujourd’hui, après le soulagement que m’avait apporté le coup de fil de maman, j’ai été très cafardeuse. En faisant mon ménage ce matin j’ai eu, dans un instant de grande lucidité, la notion très claire de ce que ces gens vont faire de papa: comme ils savaient que papa a énormément de relations à l’étranger et que son arrestation ferait du bruit, ils nous ont désarmés avec leurs singeries, (Papa hote de Kh. Papa interpelé juste pour etre interrogé sur la Cour. Papa installé à Qasr … dans le plus grand confort…) pour que nous n’ameutions pas l’opinion publique. Ensuite ils vont prolonger sa détention sous prétexte qu’on ne trouve pas de juge, puis quand on l’aura trouvé, il dira qu’il ne peut éviter un procès et qu’au fond le procès servira à”blanchir” papa et qu’il n’a rien à craindre. On fera un procès en commun avec Hoveyda, il sera trop tard pour ameuter l’opinion. Papa sera condamné parce qu’après tout il était là, il a tout vu, il ne pouvait pas ne pas savoir, il n’a rien fait pour empecher. Comment pourra-t-il prouver le contraire? Sur la seule preuve de sa réputation? L’opinion se taira en France comme ailleurs, le pétrole et l’oubli aidant. Au mieux ce sera l’exil, au pire la prison [J’étais bien optimiste. Je n’avais pas encore sondé jusqu’è la boue les intentions de ces gens]. Je voudrais croire le contraire, mais en attendant cela fait quinze jours déjà et “on ne trouve pas de juge” et Karim n’a pas encore vu papa.
Djehanguir, par ailleurs , connait le beau-frère de Kh. e l’a mis en branle. Dj. e Karim se donnent beaucoup de mal et sont en rapport indirect avec papa mais ne peuvent le voir . Maman se fait du souci pour la santé et le moral de papa (“pourra-t-il se laver et se raser. Tu sais que pour lui la propreté corporelle est une maladie). Je reste très inquiète. [A partir de ce coup de téléphone a commencé pour nous une période de cauchemar où s’alternaient les moments d’espoir et d’optimisme et les moments de désespoir. Le jeu du chat et de la souris, les membres di Komiteh jouant le chat et nous la souris. Ils se sont moqués de notre gueule avec une facilité étonnante. Nous les avons crus parce que nous l’avons voulu et parce que nous ne pouvions faire autrement. Eux ont poursuivi leur objectif avec une constance et une cohérence, je dirais avec une subtilité surprenantes pour des iraniens. Je continue à recopier mes notes…]
Vendredi 23 février
Autres détails obtenus par Azita qui a parlé à Karim. Il lui dit que papa devrait etre relaché la semaine prochaine, qu’il n’a pas été arreté sur une accusation mais simplement prié de se rendre au Komiteh (où il se trouve encore! Pratiquement prisonnier de ces gens), pour rendre compte de ce qu’il sait sur la Cour et, dès qu’il aurait été interrogé, il serait libéré. Kh. aurait fait savoir que papa doit etre considéré comme son hote. Saideh dissuade maman de rentrer à Paris et la prie de prolonger son séjour pour bien se reposer. Maman, très soulagée, se repose toute la journée. Réussissons enfin à parler à Karim qui confirme: papa aurait été arreté vendredi dernier à cinq heures et demie (Karim était encore au travail. Il est rentré à six heures). La scène aurait eu comme témoin Monique Nassiri, la voisine mes parents, qui a dit que papa a été traité avec une extreme courtoisie. Monique a tout de suite téléphoné à Jacqueline qui a appelé Djehanguir.
Samedi 24
Pas de nouvelles sures sauf que la grande manifestation organisée par les fedayns a été interdite. Elle se déroule à l’intérieur de l’université. Le mécontentement croit de jour en jour, à cause de la faiblesse de Bazargan et de l’omniprésence des mollahs qui ont envahi toute la vie privée e publique. Les gens ralent.
Dimanche 25
Journée tranquille. Allons avec maman visiter la merveilleuse abbaye de Vezzolano, dans un cadre enchanteur. Maman est détendue et encouragée, mais elle pense tout le temps à papa (“qui, dit-elle, aurait tellement aimé cet endroit”). Tout en étant souriante, elle n’arrive pas à réprimer sa tristesse.
Taleghani se serait détaché de Kh.
Lundi 26 février
Kh. s’en va à Qom, ce qui est inquiétant [en me relisant maintenant , j’ai l’impression d’avoir été d’un aveuglement crasse et stupide. Je pensais vraiment que Kh. était une garantie pour papa? Je suppose que c’était normal]. Saideh nous téléphone le matin pour nous dire que papa serait dans la prison de Qasr (modèle, parait-il) avec Hoveyda et tous les gros bonnets du régime précédent. Il est traité avec égard, devrait voir Karim aujourd’hui. Son dossier est pret, “on attend seulement qu’un juge y jette un coup d’oeil” (textuel!) pour le libérer. Ceci devrait se passer dès avant la fin de la semaine. Maman est rassurée, elle jubile, mais Enzo et moi restons inquiets. Enzo s’inquiète surtout de ce que papa soit avec Hoveyda et les autres. Il craint qu’on finisse par faire un seul et unique procès qui serait très désavantageux pour papa et pour cause. [Quand je pense qu’en novembre à Paris, au cours d’une conversation, Djehanguir me disait “dans la pire des hypothèses ton père aura un procés qui servira à le blanchir”. Je m’étais emportée et lui avait répliqué: “ tu ne connais pas ton Histoire. Quand donc, dans des circonstances pareilles, les procès ont-ils jamais blanchi qui que ce soit. Quand il y a la volonté de condamner quelqu’un, on y arrive par n’importe quel moyen”.] Enzo insiste pour que maman obtienne que papa soit mis ailleurs, le mieux serait une clinique. Dj. , par contre, est satisfait. Cette vilaine aventure aurait servi à protéger papa d’un mauvais coup par ces petits groupes girovagues qui font la pluie et le beau temps et terrorisent tout le monde. En outre, il pense que papa a payé de la sorte le tribut au nouveau régime et qu’on lui foutra la paix après. Moi je suis inquiète et le resterai tant que papa ne sera pas sorti de prison et de l’Iran. Départ de maman.
27 février
pas de nouvelles aujourd’hui.
28 Fèvrier
Maman me téléphone à deux heures. Karim a parlé à Azita, lui a dit qu’il n’a pas encore vu papa (mauvais), qu’à cause de la grande désorganisation du Komiteh on n’a pas encore trouvé un juge (mauvais). Il ne dit rien d’une date éventuelle de libération. Par contre il confirme que les gens en ont marre et ralent sans arret. Il a assisté à un meeting à l’université où libéraux et gauchistes auraient fait l’éloge de papa. Kh. s’en devrait aller à Qom pour laisser les coudées franche à Bazargan qui en a par-dessus la tete de lui et de son Komiteh.
1er mars
Je suis incapable de lire les journaux, de travailler. Je n’arrive pas à trouver une explication à tout ce qui se passe dans le monde. Ma seule lecture: “Le premier cercle “ de Solzhenytsin. Très indiqué. Pourtant je trouve que c’est un livre plein d’espoir. Toutes mes pensées sont pour papa dès le réveil, depuis que cette horrible histoire a commencé. Aujourd’hui, après le soulagement que m’avait apporté le coup de fil de maman, j’ai été très cafardeuse. En faisant mon ménage ce matin j’ai eu, dans un instant de grande lucidité, la notion très claire de ce que ces gens vont faire de papa: comme ils savaient que papa a énormément de relations à l’étranger et que son arrestation ferait du bruit, ils nous ont désarmés avec leurs singeries, (Papa hote de Kh. Papa interpelé juste pour etre interrogé sur la Cour. Papa installé à Qasr … dans le plus grand confort…) pour que nous n’ameutions pas l’opinion publique. Ensuite ils vont prolonger sa détention sous prétexte qu’on ne trouve pas de juge, puis quand on l’aura trouvé, il dira qu’il ne peut éviter un procès et qu’au fond le procès servira à”blanchir” papa et qu’il n’a rien à craindre. On fera un procès en commun avec Hoveyda, il sera trop tard pour ameuter l’opinion. Papa sera condamné parce qu’après tout il était là, il a tout vu, il ne pouvait pas ne pas savoir, il n’a rien fait pour empecher. Comment pourra-t-il prouver le contraire? Sur la seule preuve de sa réputation? L’opinion se taira en France comme ailleurs, le pétrole et l’oubli aidant. Au mieux ce sera l’exil, au pire la prison [J’étais bien optimiste. Je n’avais pas encore sondé jusqu’è la boue les intentions de ces gens]. Je voudrais croire le contraire, mais en attendant cela fait quinze jours déjà et “on ne trouve pas de juge” et Karim n’a pas encore vu papa.
martedì 8 settembre 2009
1979 - 7
Vendredi 16 février
On annonce l’exécution de Nassiri, Khosrowdad, du gouverneur général d’Esfahan, et de Rahimi (qui sera dépecé par la foule). Ils auraient été simplement menés sur le toit de l’école Alavieh (QG de Kh. où celui-ci se trouvait) et tués Nassiri se serait fait trainer jusqu’au toit. Commentaire d’un journaliste: “Le nouveau régime a procedé à cette exécution presque (je souligne) sommaire (le procès a été fait selon la loi islamique) pour calmer ceux qui reprochent au gouvernement sa trop grande modération. A Tabriz, toujours des troubles. Demain ce serait l’ordalie pour Kh. qui a donné l’ordre aux populations de reprendre le travail après ces deux jours fériés. (jeudi 15, anniversaire du prophète et vendredi jour de repos et de prière). Les travailleurs rechignent déjà et exigent qu’on revoie leurs conditions de travail. Les aéroports et les frontières sont toujours fermés.
Une pensée me frappent soudain et m’attriste: si papa doit s’exiler à Paris, qu’adviendra-t-il de sa belle bibliothèque? Cela doit etre une des raisons pour lesquelles il ne veut pas quitter l’Iran. )En fait cet après-midi à 5.30 papa a été arreté. Il ne reverrait jamais sa famille , sa maison, ses livres. Je continue…)
17 février
A Téhéran, le travail a repris partout à 90% sur l’ordre de Kh. Les ouvriers du pétrole aussi ont recommencé à travailler. Mais les gens demandent les réformes tout de suite. L’exode des étrangers, surtout des américains . Arrestations en masse. (Quelle ironie: j’écrivais cela avec tant de naiveté, comme si rien ne devait toucher papa).
Dimanche 18 février
Pas de communications possibile avec l’Iran à cause d’une “panne technique”. Maman n’a pas parlé à papa depuis mercredi dernier. Elle s’inquiète de ce long silence. Saideh nous dit que tous les passeports ont été retirés et que personne ne peut quitter l’Iran avant deux mois, en attendant que de nouveaux passeports sont émis. Saideh est inquiète.
Lundi 19
On annonce à la télévision que Bakhtiar n’a pas du tout été arreté mais qu’il aurait fui et qu’il se trouverait en lieu sur (dans sa tribu?). Grand mystère. On annonce aussi que d’autres militaires et civils auraient été arretés et que 4 généraux auraient été exécutés dont un “ex capo della polizia segreta”. Je fais semblant de rien mais me sent palire jusqu’à la racine des cheveux. Maman (qui est avec nous en Italie) a très bien compris. Elle me demande: “ils ont bien dit ex capo della polizia segreta. C’est qui? Nassiri a été tué. Moghaddam s’est suicidé (ce qui n’étais pas correct. Moghaddam était encore vivant), Teymour Bakhtiar est mort depuis longtemps”. Elle n’a pas l’air inquiète mais cela la travaille autant que moi. J’en parle à Enzo qui en parle à un ami bien placé qui lui conseille d’appeler un journaliste de La Stampa pour plus de détails. Le journaliste dit qu’il s’agit du chef de la SAVAK de Ghazvin, plus tard on apprendra qu’il s’agit de celui de Kermanchah. Grosse émotion. Toujours pas de communication avec l’Iran à cause d’une “panne technique”.
Mardi 20
Toujours pas de communication avec l’Iran. Situation toujours très grave. Bazargan a l’air plutot débordé par les évènements . Il ne semble pas en mesure d’éviter les fusillades ni les arrestations ordonnées pas le Komiteh de Kh. alors qu’il a vait prétendu etre en mesure de le dissoudre et de prendre la situation en main. Il semble au contraire furieux de ces représailles qui ternissent l’image du nouveau régime. Il promet la reprise des fournitures de pétrole aux pays étrangers.
Mardi 21
Après le diner, Saideh parle longuement à Enzo. Maman, dans un éclair, a l’intuition qu’is se passe quelque chose de grave. Elle se met à trembler comme une feuille et devient verte. Je suis obligée de lui administrer du cognac et du sucre et de la rassurer, tout en me sentant horriblement inquiète. Enzo la rassure aussi puis il vient dans la cuisine me dire que Saideh a appris pas un ami journaliste de France Inter que papa aurait été arreté mais qu’elle attend confirmation demain a 5h. Naturellement, je suis prise de panique, mais doit me controler à cause de maman. Je voudrais aller à Téhéran , étant en possession d’un passeport italien. Enzo pense que ce ne serai pas sage, que je ne pourrai rien faire. Toujours pas de communication.
Jeudi 22 février
Fais semblant de rien pendant toute la journée. Maman me semble rassurée par mon attitude mais tout à fait fatiguée par sa crise d’hier soir. J’attends cinq heures avec angoisse. A cinq heures rien ne se passe. Enzo me téléphone pour me dire que Saideh ne rentrera pas avant neuf heures. Je suis bien convaincue au fond de moi-meme que la nouvelle est vraie. Il n’était pas probable que papa échappe à l’attention de ces gens et passe inaperçu. A neuf heures Saideh téléphone et confirme la nouvelle. Mamn prend bien la chose et nous rapporte toutes les démarches faites par Saideh auprès des amis français de nos parents pour qu’ils interviennent (Georges Buis qui, une semaine avant le retour de Kh, suppliait maman d’obliger papa à revenir à Paris, Jean Lacouture, André Fontaine). Peu après Saideh nous rappelle pour dire qu’elle a enfin parlé à Djehanguir. Papa serait à l’école Alavieh, centre du Komiteh KH. avec tous les gros bonnets. Karim aurait écrit une lettre à Kh. pour lui rappeler tous les égards que papa a eus pour lui lors de son emprisonnement (en 1963) et l’informer que papa est malade et que sa santé exige beaucoup de soins.
On annonce l’exécution de Nassiri, Khosrowdad, du gouverneur général d’Esfahan, et de Rahimi (qui sera dépecé par la foule). Ils auraient été simplement menés sur le toit de l’école Alavieh (QG de Kh. où celui-ci se trouvait) et tués Nassiri se serait fait trainer jusqu’au toit. Commentaire d’un journaliste: “Le nouveau régime a procedé à cette exécution presque (je souligne) sommaire (le procès a été fait selon la loi islamique) pour calmer ceux qui reprochent au gouvernement sa trop grande modération. A Tabriz, toujours des troubles. Demain ce serait l’ordalie pour Kh. qui a donné l’ordre aux populations de reprendre le travail après ces deux jours fériés. (jeudi 15, anniversaire du prophète et vendredi jour de repos et de prière). Les travailleurs rechignent déjà et exigent qu’on revoie leurs conditions de travail. Les aéroports et les frontières sont toujours fermés.
Une pensée me frappent soudain et m’attriste: si papa doit s’exiler à Paris, qu’adviendra-t-il de sa belle bibliothèque? Cela doit etre une des raisons pour lesquelles il ne veut pas quitter l’Iran. )En fait cet après-midi à 5.30 papa a été arreté. Il ne reverrait jamais sa famille , sa maison, ses livres. Je continue…)
17 février
A Téhéran, le travail a repris partout à 90% sur l’ordre de Kh. Les ouvriers du pétrole aussi ont recommencé à travailler. Mais les gens demandent les réformes tout de suite. L’exode des étrangers, surtout des américains . Arrestations en masse. (Quelle ironie: j’écrivais cela avec tant de naiveté, comme si rien ne devait toucher papa).
Dimanche 18 février
Pas de communications possibile avec l’Iran à cause d’une “panne technique”. Maman n’a pas parlé à papa depuis mercredi dernier. Elle s’inquiète de ce long silence. Saideh nous dit que tous les passeports ont été retirés et que personne ne peut quitter l’Iran avant deux mois, en attendant que de nouveaux passeports sont émis. Saideh est inquiète.
Lundi 19
On annonce à la télévision que Bakhtiar n’a pas du tout été arreté mais qu’il aurait fui et qu’il se trouverait en lieu sur (dans sa tribu?). Grand mystère. On annonce aussi que d’autres militaires et civils auraient été arretés et que 4 généraux auraient été exécutés dont un “ex capo della polizia segreta”. Je fais semblant de rien mais me sent palire jusqu’à la racine des cheveux. Maman (qui est avec nous en Italie) a très bien compris. Elle me demande: “ils ont bien dit ex capo della polizia segreta. C’est qui? Nassiri a été tué. Moghaddam s’est suicidé (ce qui n’étais pas correct. Moghaddam était encore vivant), Teymour Bakhtiar est mort depuis longtemps”. Elle n’a pas l’air inquiète mais cela la travaille autant que moi. J’en parle à Enzo qui en parle à un ami bien placé qui lui conseille d’appeler un journaliste de La Stampa pour plus de détails. Le journaliste dit qu’il s’agit du chef de la SAVAK de Ghazvin, plus tard on apprendra qu’il s’agit de celui de Kermanchah. Grosse émotion. Toujours pas de communication avec l’Iran à cause d’une “panne technique”.
Mardi 20
Toujours pas de communication avec l’Iran. Situation toujours très grave. Bazargan a l’air plutot débordé par les évènements . Il ne semble pas en mesure d’éviter les fusillades ni les arrestations ordonnées pas le Komiteh de Kh. alors qu’il a vait prétendu etre en mesure de le dissoudre et de prendre la situation en main. Il semble au contraire furieux de ces représailles qui ternissent l’image du nouveau régime. Il promet la reprise des fournitures de pétrole aux pays étrangers.
Mardi 21
Après le diner, Saideh parle longuement à Enzo. Maman, dans un éclair, a l’intuition qu’is se passe quelque chose de grave. Elle se met à trembler comme une feuille et devient verte. Je suis obligée de lui administrer du cognac et du sucre et de la rassurer, tout en me sentant horriblement inquiète. Enzo la rassure aussi puis il vient dans la cuisine me dire que Saideh a appris pas un ami journaliste de France Inter que papa aurait été arreté mais qu’elle attend confirmation demain a 5h. Naturellement, je suis prise de panique, mais doit me controler à cause de maman. Je voudrais aller à Téhéran , étant en possession d’un passeport italien. Enzo pense que ce ne serai pas sage, que je ne pourrai rien faire. Toujours pas de communication.
Jeudi 22 février
Fais semblant de rien pendant toute la journée. Maman me semble rassurée par mon attitude mais tout à fait fatiguée par sa crise d’hier soir. J’attends cinq heures avec angoisse. A cinq heures rien ne se passe. Enzo me téléphone pour me dire que Saideh ne rentrera pas avant neuf heures. Je suis bien convaincue au fond de moi-meme que la nouvelle est vraie. Il n’était pas probable que papa échappe à l’attention de ces gens et passe inaperçu. A neuf heures Saideh téléphone et confirme la nouvelle. Mamn prend bien la chose et nous rapporte toutes les démarches faites par Saideh auprès des amis français de nos parents pour qu’ils interviennent (Georges Buis qui, une semaine avant le retour de Kh, suppliait maman d’obliger papa à revenir à Paris, Jean Lacouture, André Fontaine). Peu après Saideh nous rappelle pour dire qu’elle a enfin parlé à Djehanguir. Papa serait à l’école Alavieh, centre du Komiteh KH. avec tous les gros bonnets. Karim aurait écrit une lettre à Kh. pour lui rappeler tous les égards que papa a eus pour lui lors de son emprisonnement (en 1963) et l’informer que papa est malade et que sa santé exige beaucoup de soins.
martedì 25 agosto 2009
1979 - 6
Vendredi 9 février
Cette nuit à 23 h, après une transmission de la télévision sur Kh. , les cadets de l’école d’aviation de Doshan Tapeh à Narmak se sont déchainés. La garde impériale a réagi en mettant en état de siège la caserne. La foule s’est déchainée elle aussi en faveur des cadets. Grands désordres avec nombre de morts: (C’est drole: j’utilisais encore le mot “désordre”. Je ne m’étais pas du tout rendue compte qu’il s’agissait du début d’une révolution. Ce meme jour, papa m’écrit de Témouga. Je raconterai plus loin l’histoire extraordinaire de cette lettre…)
Samedi 10 février (papa n’a plus qu’une semaine de liberté)
Les désordres continuent. 200 morts au moins. Un journaliste du LA Times a été tué. Téléphone à maman le soir. Elle n’a aucune nouvelle de papa. Elle me dit que d’après “Le Monde”, la garnison d’Esfahan se serait soumise à Kh. et aurait décreté la république islamique à Esfahan. Maman me prie d’appeler papa. J’essaye. Kh. donne l’ordre de défier la loi martiale et de rester dans les rues. Les gens obéissent. Les manifestants sont armés. Les cadets de Narmak auraient cédé leurs armes à la foule et lui enseigneraient à s’en servir. Les communistes du Tudeh mènent la bataille de rue.
Dimanche 11
Parle à Karim au téléphone, qui me dit que la ville est hérissée de barricades mais que dans l’ensemble l’armée tient et continue à soutenir Bakhtiar. Calme relatif. Le couvre-feu qui avait été décreté a été levé car jugé inutile. Karim me dit que Kh. tente de négocier car il ne tient pas la foule. A Narmak et ailleurs le noyau dur des manisfestants est formé par les communistes protégés par les mollahs. Ce soir à 4h30 la radio annonce que les manifestants se sont emparés du parlement , de la présidence du conseil, des postes de police, de la radio nationales et des ministères. Ils ont pratiquement détruit l’ambassade d’Israel, fortement endommagé celle d’Egypte. Bakhtiar démissionne car l’armée se retire du jeu, préférant garder sa neutralità “afin de respecter la volonté populaire”. Les seuls qui résistent encore sont les soldats de la garde impériale. Les autres casernes ont été prises d’assaut, de meme que les arsenaux de l’armée et les magasins d’armes. Au moins 1000 morts. Situation très floue dans le reste du payx. Rahimi, le gouverneur de la loi martiale (qui a remplacé Oveicy) est arreté (il sera fusillé avec Nassiri, chef de la SAVAK et dépecé par la foule). Carter a avisé les généraux (par l’intermédiare du général Huyser, envoyé en Iran) que les USA ne soutiendrait pas un coup d’état. C’est sans doute la raison de la neutralité de l’armée et de la démission conséquente de Bakhtiar.
Lundi 12 février
Proclamation de la république islamique d’Iran! Les ambassades d’Iran sont toutes rebaptisées et occupées. Bazargan prend le pouvoir au nom de l’Islam et Bakhtiar est introuvable. La rumeur court qu’il s’est suicidé (s’il est mort, je crois plutot qu’il a été assassiné). La rhétorique est à l’ordre du j0ur. A la radio italienne les journalistes , pris de passion révolutionnaire, disent des betises invraisemblables. Kh. et Bazargan invitent la foule au calme et disent que tout désordre, toute atteinte aux biens publique, tout pillage sera considéré comme une “trahison”. Le palais de Niavaran et la caserne de la garde impériale sont occupés. Les gardes se rendent. Maman m’appelle et me rassure sur le sort de papa et de Karim. Bakhtiar serait à Sa’adabad. Réactions de l’étranger: le Pakistan reconnait la nouvelle république islamique. Arafat envoie un télégramme de félicitations à Khomeiny. Le roi, au Maroc, dit que l’Occident l’a abandonné (et c’est vrai, de l’Amérique en particulier). Carter, dans une conférence de presse, annonce que des négociations sont en cours entre les dirigeants de la nouvelle république et les Etats Unis et qu’il respecte le choix du peuple (c’est le moins qu’il puisse faire puisque s’est en bonne partie à cause des pressions américaines que l’armée s’est rendue). L’URSS jubile pour “cette victoire du socialisme”. En fait c’est bien de cela qu’il s’agit. Le temps le montrera. Papa l’a toujours dit, de meme Enzo qui ajoute que la prochaine mesure qui prouvera que la prise de pouvoir avantage les communistes sera la destitution des généraux et la désagrégation totale de l’armée. La bataille de rue a été organisée par le Tudeh. Il est évident que le communisme ne peut qu’etre parfaitement organisé mais il a toujours fait payer ses services.
Lundi 13 février
Destitution de plusieurs généraux. Le Tudeh annonce son appui officiel à la nouvelle république de Bazargan qui prend officiellement possession de la présidence du conseil. Les pays occidentaux reconnaissent l’un après l’autre la nouvelle république. Le pétrole naturellement est le souci de tout le monde. Mais c’est une vaste illusion de croire que les jeux sont faits. d’une part, et que l’Occident aura le pétrole iranien parce qu’il a reconnu la république islamique. Tant que les communistes n’auront pas obtenu ce qu’ils veulent, c’est à dire, l’hégémonie, la crise n’aura pas son dénouement. L’URSS ne peut admettre à ses frontières l’existence d’une nouvelle république qu’à cette seule condition. L’URSS sait ce qu’elle fait. Elle a besoin du pétrole iranien, elle a besoin d’hégémoniser le Moyen-Orient, encerclée comme elle l’est pas l’axe sino-américain. Elle ne se sentira en sécurité qu’à cette seule condition. Carter a rompu l’équilibre de la détente. Ce sont les petits pays qui servent de tampon à l’affrontement des deux impérialismes (Cambodge, Iran, bientot le Pakistan, l’Afganistan déjà…).
J’apprends à midi que Bakhtiar a été arreté, plusieurs généraux tués. La présidence du Conseil où s’est installé Bazargan a de nouveau été attaquée par des commandos dont on ignore la couleur. La rumeur veut que le roi ait été enlevé par un commando palestinien. L’OLP et le Maroc démentissent.
Mardi 14 février
Ce matin, en me réveillant, j’apprends par la radio que l’ambassade USA a été prise d’assaut pas un commando de “fedayn” d’extreme gauche et que Sullivan et 60 autres membres de l’ambassade ont été pris en otage. Kh. qui, la veille, avait fait un appel à l’unité et prié la population de rendre les armes aux mollahs, a condamné cette attaque, a lancé un appel au fedayns pour qu’ils se rendent et libèrent les otages. Bazargan et son vice Yazdi se sont rendus sur les lieux et ont négocié la libération des otages. 2 fedayns morts, 2 marines blessés. Presque au meme moment, les terroristes shi’ites afgans ont pris en otage l’ambassadeur USA en Afganistan qui, au cours d’une bataille, entre terroristes et police, a été tué (il s’appelait Adolph Dobbs).
Dans l’après-midi la radio annonce que de graves troubles ont oposé des ex-membres de la SAVAK et la population à Tabriz. Il y aurait eu des centaines de morts. Plus tard j’apprends que la radio Téhéran aurait été attaquée par un commando armé dont on ignore toujours la couleur politique et qu’un appel a été lancé pour que la population vienne en aide aux assiégés. On a l’impression que l’anarchie règne un peu partout et que si cela continue, Kh. et Bazargan seront rapidement débordés. La situation prend un vilain tour de guerre civile, ou est-ce encore tot? Naturellement mon inquiétude pour papa et Karim est toujours au meme point.
Chine et Maroc ont reconnu le nouveau régime.
Mardi 15 février
Journée relativement calme. L’ambassade du Maroc a été occupée par les Mojaheddin, sans graves conséquences. Mais les armes ne rentrent pas, les soldats ne regagnent pas leurs casernes. L’Azerbaidjan connait encore des désordres inquiétants. Par-ci par-là s’allument des foyers de résistance contre le gouvernement révolutionnaire. Les universités servent d’écoles d’entrainement à la guerrilla.
Cette nuit à 23 h, après une transmission de la télévision sur Kh. , les cadets de l’école d’aviation de Doshan Tapeh à Narmak se sont déchainés. La garde impériale a réagi en mettant en état de siège la caserne. La foule s’est déchainée elle aussi en faveur des cadets. Grands désordres avec nombre de morts: (C’est drole: j’utilisais encore le mot “désordre”. Je ne m’étais pas du tout rendue compte qu’il s’agissait du début d’une révolution. Ce meme jour, papa m’écrit de Témouga. Je raconterai plus loin l’histoire extraordinaire de cette lettre…)
Samedi 10 février (papa n’a plus qu’une semaine de liberté)
Les désordres continuent. 200 morts au moins. Un journaliste du LA Times a été tué. Téléphone à maman le soir. Elle n’a aucune nouvelle de papa. Elle me dit que d’après “Le Monde”, la garnison d’Esfahan se serait soumise à Kh. et aurait décreté la république islamique à Esfahan. Maman me prie d’appeler papa. J’essaye. Kh. donne l’ordre de défier la loi martiale et de rester dans les rues. Les gens obéissent. Les manifestants sont armés. Les cadets de Narmak auraient cédé leurs armes à la foule et lui enseigneraient à s’en servir. Les communistes du Tudeh mènent la bataille de rue.
Dimanche 11
Parle à Karim au téléphone, qui me dit que la ville est hérissée de barricades mais que dans l’ensemble l’armée tient et continue à soutenir Bakhtiar. Calme relatif. Le couvre-feu qui avait été décreté a été levé car jugé inutile. Karim me dit que Kh. tente de négocier car il ne tient pas la foule. A Narmak et ailleurs le noyau dur des manisfestants est formé par les communistes protégés par les mollahs. Ce soir à 4h30 la radio annonce que les manifestants se sont emparés du parlement , de la présidence du conseil, des postes de police, de la radio nationales et des ministères. Ils ont pratiquement détruit l’ambassade d’Israel, fortement endommagé celle d’Egypte. Bakhtiar démissionne car l’armée se retire du jeu, préférant garder sa neutralità “afin de respecter la volonté populaire”. Les seuls qui résistent encore sont les soldats de la garde impériale. Les autres casernes ont été prises d’assaut, de meme que les arsenaux de l’armée et les magasins d’armes. Au moins 1000 morts. Situation très floue dans le reste du payx. Rahimi, le gouverneur de la loi martiale (qui a remplacé Oveicy) est arreté (il sera fusillé avec Nassiri, chef de la SAVAK et dépecé par la foule). Carter a avisé les généraux (par l’intermédiare du général Huyser, envoyé en Iran) que les USA ne soutiendrait pas un coup d’état. C’est sans doute la raison de la neutralité de l’armée et de la démission conséquente de Bakhtiar.
Lundi 12 février
Proclamation de la république islamique d’Iran! Les ambassades d’Iran sont toutes rebaptisées et occupées. Bazargan prend le pouvoir au nom de l’Islam et Bakhtiar est introuvable. La rumeur court qu’il s’est suicidé (s’il est mort, je crois plutot qu’il a été assassiné). La rhétorique est à l’ordre du j0ur. A la radio italienne les journalistes , pris de passion révolutionnaire, disent des betises invraisemblables. Kh. et Bazargan invitent la foule au calme et disent que tout désordre, toute atteinte aux biens publique, tout pillage sera considéré comme une “trahison”. Le palais de Niavaran et la caserne de la garde impériale sont occupés. Les gardes se rendent. Maman m’appelle et me rassure sur le sort de papa et de Karim. Bakhtiar serait à Sa’adabad. Réactions de l’étranger: le Pakistan reconnait la nouvelle république islamique. Arafat envoie un télégramme de félicitations à Khomeiny. Le roi, au Maroc, dit que l’Occident l’a abandonné (et c’est vrai, de l’Amérique en particulier). Carter, dans une conférence de presse, annonce que des négociations sont en cours entre les dirigeants de la nouvelle république et les Etats Unis et qu’il respecte le choix du peuple (c’est le moins qu’il puisse faire puisque s’est en bonne partie à cause des pressions américaines que l’armée s’est rendue). L’URSS jubile pour “cette victoire du socialisme”. En fait c’est bien de cela qu’il s’agit. Le temps le montrera. Papa l’a toujours dit, de meme Enzo qui ajoute que la prochaine mesure qui prouvera que la prise de pouvoir avantage les communistes sera la destitution des généraux et la désagrégation totale de l’armée. La bataille de rue a été organisée par le Tudeh. Il est évident que le communisme ne peut qu’etre parfaitement organisé mais il a toujours fait payer ses services.
Lundi 13 février
Destitution de plusieurs généraux. Le Tudeh annonce son appui officiel à la nouvelle république de Bazargan qui prend officiellement possession de la présidence du conseil. Les pays occidentaux reconnaissent l’un après l’autre la nouvelle république. Le pétrole naturellement est le souci de tout le monde. Mais c’est une vaste illusion de croire que les jeux sont faits. d’une part, et que l’Occident aura le pétrole iranien parce qu’il a reconnu la république islamique. Tant que les communistes n’auront pas obtenu ce qu’ils veulent, c’est à dire, l’hégémonie, la crise n’aura pas son dénouement. L’URSS ne peut admettre à ses frontières l’existence d’une nouvelle république qu’à cette seule condition. L’URSS sait ce qu’elle fait. Elle a besoin du pétrole iranien, elle a besoin d’hégémoniser le Moyen-Orient, encerclée comme elle l’est pas l’axe sino-américain. Elle ne se sentira en sécurité qu’à cette seule condition. Carter a rompu l’équilibre de la détente. Ce sont les petits pays qui servent de tampon à l’affrontement des deux impérialismes (Cambodge, Iran, bientot le Pakistan, l’Afganistan déjà…).
J’apprends à midi que Bakhtiar a été arreté, plusieurs généraux tués. La présidence du Conseil où s’est installé Bazargan a de nouveau été attaquée par des commandos dont on ignore la couleur. La rumeur veut que le roi ait été enlevé par un commando palestinien. L’OLP et le Maroc démentissent.
Mardi 14 février
Ce matin, en me réveillant, j’apprends par la radio que l’ambassade USA a été prise d’assaut pas un commando de “fedayn” d’extreme gauche et que Sullivan et 60 autres membres de l’ambassade ont été pris en otage. Kh. qui, la veille, avait fait un appel à l’unité et prié la population de rendre les armes aux mollahs, a condamné cette attaque, a lancé un appel au fedayns pour qu’ils se rendent et libèrent les otages. Bazargan et son vice Yazdi se sont rendus sur les lieux et ont négocié la libération des otages. 2 fedayns morts, 2 marines blessés. Presque au meme moment, les terroristes shi’ites afgans ont pris en otage l’ambassadeur USA en Afganistan qui, au cours d’une bataille, entre terroristes et police, a été tué (il s’appelait Adolph Dobbs).
Dans l’après-midi la radio annonce que de graves troubles ont oposé des ex-membres de la SAVAK et la population à Tabriz. Il y aurait eu des centaines de morts. Plus tard j’apprends que la radio Téhéran aurait été attaquée par un commando armé dont on ignore toujours la couleur politique et qu’un appel a été lancé pour que la population vienne en aide aux assiégés. On a l’impression que l’anarchie règne un peu partout et que si cela continue, Kh. et Bazargan seront rapidement débordés. La situation prend un vilain tour de guerre civile, ou est-ce encore tot? Naturellement mon inquiétude pour papa et Karim est toujours au meme point.
Chine et Maroc ont reconnu le nouveau régime.
Mardi 15 février
Journée relativement calme. L’ambassade du Maroc a été occupée par les Mojaheddin, sans graves conséquences. Mais les armes ne rentrent pas, les soldats ne regagnent pas leurs casernes. L’Azerbaidjan connait encore des désordres inquiétants. Par-ci par-là s’allument des foyers de résistance contre le gouvernement révolutionnaire. Les universités servent d’écoles d’entrainement à la guerrilla.
domenica 16 agosto 2009
1979 - 5
Jeudi 1 février (Le début de la fin)
Khomeiny est rentré ce matin en Iran au milieu de l’enthousiame de 4 millions de personnes. Il s’est rendu à Béhecht Zahra sur les tombes des “martyrs de la révolution” et il a fait un discours dans ce cimetière, annonçant les différents points de son programme politique: Le gouvernement, a-t-il dit, c’est moi. C’est moi qui doit nommer les ministres et quiconque ne reconnait pas mon autorité sera mis sous procès. Son programme: mise en place d’un conseil révolutionnaire, référendum, constituante, élections législatives, tout cela dans le proche avenir.
Maman m’appelle, me raconte qu’elle a parlé à papa dont l’analyse de la situation est la suivante: le pays ressemble au type qui se jette d’un gratte-ciel et, à chaque étage qu’il passe, se dit que ce n’est pas si mal, après tout. En attendant, il continue à tomber. Maman me dit que papa ne quittera pas l’Iran parce qu’il a à faire et parce qu’il a vu tant de lacheté autour de lui, une fuite si généralisée devant le danger qu’il refuse d’en faire autant. Je suis démoralisée et très enrhumée. J’ai l’impression que le cafard (constant) affaiblit mon organisme.
Enzo pense que la guerre civile est désormais inévitable. De toute part il y aura des ruptures. Au sein du FN, de l’armée: Et puis il y a des éléments qui ne se sont pas encore manifestés sérieusement: les tribus, l’armée, la bourgeoisie.
Vendredi 2 février (en recopiant ces notes à cinq mois de distance, j’ai tellement l’impression qu’en ces jours-là commençait le compte à rebours et qu’aucun de nous n’a vraiment su le percevoir).
Avons une longue conversation avec Enzo qui me dit que Bakhtiar doit reprendre l’initiative qu’il a perdue en laissant rentrer Kh. Selon lui, La république islamique se fera parce que Bakhtiar accumule les erreurs.
Samedi 3 février
Kh. annonce qu’il armera la population et prendra le pouvoir par la force si Bakhtiar ne démissionne pas. Il annonce la formation prochaine du conseil de la révolution qui devrait préparer le référendum et les élections En attendant, il fait des bains de foule, tandis que que ses proches (Yazd, Ghotbzadeh…) tirent les ficelles.
Dimache 4 février
Bakhtiar a dit que quiconque est libre dans une démocratie de nommer un gouvernement de son choix. Mais que si on essaye de gouverner à sa place, il répondrait par la violence et l’arrestation. Il est très énergique et prend son temps. Peut-etre a-t-il raison d’attendre que Kh. commence à commettre des erreurs. En attendant, il y a en Iran trois milions de chomeurs, tous les produits essentiels manquent et on ne peut, comme dit Enzo, vivre d’air pur et de Kh.
5 février
Kh. annonce pour cet après-midi la formation du conseil révolutionnaire. Papa m’appelle pour me dire qu’Enzo doit absolument vendre l’appartement à La Tsoumaz, meme au-dessous de son prix car “ta mère et moi allons avoir de graves difficultés financières très prochainement et avons besoin de cet argent.” Je lui demande quels sont ses projets. Va-t-il s’installer en France, vivre en Iran? La ligne tombe. Sans doute papa est-il soulagé de ne pas devoir répondre à mes questions. C’est le genre de questions qu’il détest et que je suis obligée de lui poser, vue mon inquiétude. (Je me souviens que quand la ligne est tombée, j’ai eu beau crier papa, hallo papa, personne ne répondait plus sinon l’écho de la propre voix. Cela m’a fait un effet très désagréable.) J’ai aussi demandé à papa ce qu’il pensait de la situation. Il m’a dit ( pour me rassurer?) “je crois que le ministre va gagner.” Il avait l’air de parler sur table d’écoute et a utilisé le mot ministre au lieu de PM pour indiquer Bakhtiar.
Mardi 6 fèvrier
Mehdi Bazargan, ancien ministre du pétrole de Mossadegh, l’un des chefs historiques du FN, ami personnel de Bakhtiar, est nommé par Kh. chef du gouvernement provisoire de la prochaine république islamique. Il semble qu’il essaye de faire l’intermédiaire entre Kh. et Bakhtiar. Les gens continuent à manifester en faveur de Kh. contre Bakhtiar.
Mercredi 7 février
Kh. menace de déchainer les populations. Bakhtiar réplique qu’il répondra à la violence par la violence. Impasse. Personne ne sait comment réagira l’armée.
Mercredi 8 février
Bazargan présente son programme à l’université de Téhéran. Six points essentiels (ou mieux six étapes, selon lui.) Troublé et inquiet à cause des désordres, il senble avoir choisi de procéder graduellement. Après la démission de Bakhtiar: référendum institutionnel, élection d’une constituante, élaboration de la constitution, élections législatives.
Bakhtiar réplique que le seul gouvernement légitime est le sien e promet élections e référendum. Il le fera si on le laisse faire. (Enzo et moi étions très contents ce soir-là. Nous ne doutions pas que la nuit suivante l’insurrection allait éclater.)
Khomeiny est rentré ce matin en Iran au milieu de l’enthousiame de 4 millions de personnes. Il s’est rendu à Béhecht Zahra sur les tombes des “martyrs de la révolution” et il a fait un discours dans ce cimetière, annonçant les différents points de son programme politique: Le gouvernement, a-t-il dit, c’est moi. C’est moi qui doit nommer les ministres et quiconque ne reconnait pas mon autorité sera mis sous procès. Son programme: mise en place d’un conseil révolutionnaire, référendum, constituante, élections législatives, tout cela dans le proche avenir.
Maman m’appelle, me raconte qu’elle a parlé à papa dont l’analyse de la situation est la suivante: le pays ressemble au type qui se jette d’un gratte-ciel et, à chaque étage qu’il passe, se dit que ce n’est pas si mal, après tout. En attendant, il continue à tomber. Maman me dit que papa ne quittera pas l’Iran parce qu’il a à faire et parce qu’il a vu tant de lacheté autour de lui, une fuite si généralisée devant le danger qu’il refuse d’en faire autant. Je suis démoralisée et très enrhumée. J’ai l’impression que le cafard (constant) affaiblit mon organisme.
Enzo pense que la guerre civile est désormais inévitable. De toute part il y aura des ruptures. Au sein du FN, de l’armée: Et puis il y a des éléments qui ne se sont pas encore manifestés sérieusement: les tribus, l’armée, la bourgeoisie.
Vendredi 2 février (en recopiant ces notes à cinq mois de distance, j’ai tellement l’impression qu’en ces jours-là commençait le compte à rebours et qu’aucun de nous n’a vraiment su le percevoir).
Avons une longue conversation avec Enzo qui me dit que Bakhtiar doit reprendre l’initiative qu’il a perdue en laissant rentrer Kh. Selon lui, La république islamique se fera parce que Bakhtiar accumule les erreurs.
Samedi 3 février
Kh. annonce qu’il armera la population et prendra le pouvoir par la force si Bakhtiar ne démissionne pas. Il annonce la formation prochaine du conseil de la révolution qui devrait préparer le référendum et les élections En attendant, il fait des bains de foule, tandis que que ses proches (Yazd, Ghotbzadeh…) tirent les ficelles.
Dimache 4 février
Bakhtiar a dit que quiconque est libre dans une démocratie de nommer un gouvernement de son choix. Mais que si on essaye de gouverner à sa place, il répondrait par la violence et l’arrestation. Il est très énergique et prend son temps. Peut-etre a-t-il raison d’attendre que Kh. commence à commettre des erreurs. En attendant, il y a en Iran trois milions de chomeurs, tous les produits essentiels manquent et on ne peut, comme dit Enzo, vivre d’air pur et de Kh.
5 février
Kh. annonce pour cet après-midi la formation du conseil révolutionnaire. Papa m’appelle pour me dire qu’Enzo doit absolument vendre l’appartement à La Tsoumaz, meme au-dessous de son prix car “ta mère et moi allons avoir de graves difficultés financières très prochainement et avons besoin de cet argent.” Je lui demande quels sont ses projets. Va-t-il s’installer en France, vivre en Iran? La ligne tombe. Sans doute papa est-il soulagé de ne pas devoir répondre à mes questions. C’est le genre de questions qu’il détest et que je suis obligée de lui poser, vue mon inquiétude. (Je me souviens que quand la ligne est tombée, j’ai eu beau crier papa, hallo papa, personne ne répondait plus sinon l’écho de la propre voix. Cela m’a fait un effet très désagréable.) J’ai aussi demandé à papa ce qu’il pensait de la situation. Il m’a dit ( pour me rassurer?) “je crois que le ministre va gagner.” Il avait l’air de parler sur table d’écoute et a utilisé le mot ministre au lieu de PM pour indiquer Bakhtiar.
Mardi 6 fèvrier
Mehdi Bazargan, ancien ministre du pétrole de Mossadegh, l’un des chefs historiques du FN, ami personnel de Bakhtiar, est nommé par Kh. chef du gouvernement provisoire de la prochaine république islamique. Il semble qu’il essaye de faire l’intermédiaire entre Kh. et Bakhtiar. Les gens continuent à manifester en faveur de Kh. contre Bakhtiar.
Mercredi 7 février
Kh. menace de déchainer les populations. Bakhtiar réplique qu’il répondra à la violence par la violence. Impasse. Personne ne sait comment réagira l’armée.
Mercredi 8 février
Bazargan présente son programme à l’université de Téhéran. Six points essentiels (ou mieux six étapes, selon lui.) Troublé et inquiet à cause des désordres, il senble avoir choisi de procéder graduellement. Après la démission de Bakhtiar: référendum institutionnel, élection d’une constituante, élaboration de la constitution, élections législatives.
Bakhtiar réplique que le seul gouvernement légitime est le sien e promet élections e référendum. Il le fera si on le laisse faire. (Enzo et moi étions très contents ce soir-là. Nous ne doutions pas que la nuit suivante l’insurrection allait éclater.)
1979 -4
23 janvier
Jalal Tehrani, le président du conseil de Régence qui s’était rendu à Paris pour avoir une entrevue avec Kh., a démissionné car le “saint homme” a déclaré qu’il ne le recevrait qu’à cette condition . Maman m’appelle, après avoir parlé à papa qui la rassure naturellement. Il lui dit qu’il ne peut quitter son poste., qu’il faut “agir en homme” et par conséquent accepter ses responsabilités. Il dit à maman que ni lui ni Karim ne courre de risques, qu’il y a un revirement de l’opinion contre les mollahs coupables de nombreux abus contre la liberté et la dignité féminine. Les gens “murmurent” contre ces faux-chiens de pretres qui ont promis monts et merveilles pour obtenir le renvoi du souverain e qui maintenant, à la veille de prendre le pouvoir , montrent leur vrai visage d’intansigeance et d’obscurantisme. Tant pis pour qui se faisait des illustions, y compris l’opinion publique européenne qui s’émerveillait tellement de la naissante démocratie, Quelle mésalliance! Carter, quant à lui, semble disposé à renoncer aux libertés des iraniens, pourvu que Kh. le garantisse contre les communistes soviétiques et iraniens et ne coupe pas le pipe-line. En attendant, il a donné l’ordre de que l’on empeche l’arrivée du roi en Amérique. Vive la bonne foi! Le souverain rentrera en Egypte et Dieu sait où il poursuivra son exil errant.
24 janvier
Ce matin on annonce à la radio que les communications téléphoniques avec l’Iran sont interrompues e que tous les aéroports iraniens sont occupés par les troupes pour empecher le retour du “saint homme”. On a cru à un coup d’état que j’aurais personnellemt salué avec joie en jetant mon chapeau en l’air, s’il avait appuyé le gouvernement Bakhtiar. Celui-ci est le seul,infime espoir d’une future démocratie en Iran. La foule a manifesté contre les troupes à l’aéroport de Mehrabad et a été dispersée. On raconte d’ailleurs qu’on commence à déchirer et à bruler les photos de Kh. à Machad. Est-ce vrai? La presse italienne rapporte que Bakhtiar est en pourparler ave Khomeiny pour que le passage à la république islamique se fasse en douceur. L’armée serait disposée à accepter ce passage. Je souligne maintenant en écrivant et cela me fait penser que Bakhtiar aurait du avoir la puce à l’oreille, Pourtant papa disait bien à maman que l’armée soutient Bakhtiar (La fraternisation n’a eu lieu qu’en de très rares cas) et refusera d’accepter Khomeiny. Un émissaire de Carter a été en visite auprès de Khomeiny à titre privé, à Neauphle-le-Chateau, “en tant que citoyen américain soucieux du sort du peuple iranien”. Après son entrevue il est immédiatement rentré à New York. Le soir, on annonce que les aéroports sont à nouveau ouverts.
Jeudi 25 janvier
Ce matin la radio annonce que les aéroports sont à nouveau fermés. Khomeiny, à ce qu’il parait, a dit qu’il serait à Téhéran demain, coute que coute..
Vendredi 26 janvier
On déconseille à Kh. de se rendre à Téhéran. Il annonce son retour pour dimanche. Grande manifestation pour protester contre ce retour manqué qui devait marquer, entre autres, l’anniversaire du prophète demain. Il y a des morts à l’université. Les étudiant s se déchainent . Bakhtiar dit qu’il a empeché ce retour car il ne pouvait assurer la sécurité de Kh. Il annonce qu’il se rendra à Paris pour le rencontrer.
Samedi 27
Bakhtiar confirme qu’il ira demain à Paris pour rencontrer Kh. Celui-ci annonce qu’il ne recevra le PM qu’à condition qu’il démissionne. Saideh parle au fils Bakhtiar qui lui dit que son père n’a nullement l’intention de démissionner, mais qu’il n’a pas assez la solidarité des gens. Il demande qu’on mobilise l’opinion en faveur de son père. Saideh se déclare prete à le faire. Dans la presse ici, démissionnera, démissionnera pas? Il est certain que s’il va à Paris et n’est pas reçu , il perdra la face et le peu d’autorité dont il dispose. Comment réagira l’armée dand une telle éventualité? Enzo pense qu’elle réagira de la manière prévue, c’est-à- dire par un coup d’état. Les manifestations sont de nouveau sanglantes et généralisées. Saideh est allée voir Kh. à Neauphle. Elle le trouve impressionnant et bete.
Ai vu le roi et la reine à la télévision, dans le parc de leur villa à Marrakech. Ils ont l’air très détendus. De vraies vacances, en somme. J’ai su plus tard qu’Edouard Sablier avait rendu visite au roi au Maroc et que, selon lui, le roi était malade, sous l’effet de drogues, et qu’il aurait déclaré que “le peuple iranien ne l’aurait pas compris”.
Dimanche 28
On parle de francs tireurs qui tireraient des toits sur les troupes avec des mitrailleuses. Des bandes armées, dont on ne sait très bien qui elles représentent , font de la provocation. A l’université, trente morts. Bakhtiar renonce à son voyage à Paris, dit qu’il ne démissionnera pas et ajoute que, selon lui, parmi les guerrilleros en question il y aurait des étrangers. Qui? Les fedayns?
29 janvier
Je parle à maman au téléphone. Elle me dit avoir parlé à papa qui trouve la situation très confuse et ne saurait encore juger bonnes les chances de réussite de Bakhtiar. Il dit que les manifestations sont “mauvaises”, beaucoup de provocation. Maman pense que Kh. est manipulé à son insu par le Tudeh.
Mardi 30 janvier
On annonce que les aéroports iraniens sont à nouveau ouverts. Kh. rentrera jeudi matin avec le consenteme
1970 – 4
23 janvier
Jalal Tehrani, le président du conseil de Régence qui s’était rendu à Paris pour avoir une entrevue avec Kh., a démissionné car le “saint homme” a déclaré qu’il ne le recevrait qu’à cette condition . Maman m’appelle, après avoir parlé à papa qui la rassure naturellement. Il lui dit qu’il ne peut quitter son poste., qu’il faut “agir en homme” et par conséquent accepter ses responsabilités. Il dit à maman que ni lui ni Karim ne courre de risques, qu’il y a un revirement de l’opinion contre les mollahs coupables de nombreux abus contre la liberté et la dignité féminine. Les gens “murmurent” contre ces faux-chiens de pretres qui ont promis monts et merveilles pour obtenir le renvoi du souverain e qui maintenant, à la veille de prendre le pouvoir , montrent leur vrai visage d’intansigeance et d’obscurantisme. Tant pis pour qui se faisait des illustions, y compris l’opinion publique européenne qui s’émerveillait tellement de la naissante démocratie, Quelle mésalliance! Carter, quant à lui, semble disposé à renoncer aux libertés des iraniens, pourvu que Kh. le garantisse contre les communistes soviétiques et iraniens et ne coupe pas le pipe-line. En attendant, il a donné l’ordre de que l’on empeche l’arrivée du roi en Amérique. Vive la bonne foi! Le souverain rentrera en Egypte et Dieu sait où il poursuivra son exil errant.
24 janvier
Ce matin on annonce à la radio que les communications téléphoniques avec l’Iran sont interrompues e que tous les aéroports iraniens sont occupés par les troupes pour empecher le retour du “saint homme”. On a cru à un coup d’état que j’aurais personnellemt salué avec joie en jetant mon chapeau en l’air, s’il avait appuyé le gouvernement Bakhtiar. Celui-ci est le seul,infime espoir d’une future démocratie en Iran. La foule a manifesté contre les troupes à l’aéroport de Mehrabad et a été dispersée. On raconte d’ailleurs qu’on commence à déchirer et à bruler les photos de Kh. à Machad. Est-ce vrai? La presse italienne rapporte que Bakhtiar est en pourparler ave Khomeiny pour que le passage à la république islamique se fasse en douceur. L’armée serait disposée à accepter ce passage. Je souligne maintenant en écrivant et cela me fait penser que Bakhtiar aurait du avoir la puce à l’oreille, Pourtant papa disait bien à maman que l’armée soutient Bakhtiar (La fraternisation n’a eu lieu qu’en de très rares cas) et refusera d’accepter Khomeiny. Un émissaire de Carter a été en visite auprès de Khomeiny à titre privé, à Neauphle-le-Chateau, “en tant que citoyen américain soucieux du sort du peuple iranien”. Après son entrevue il est immédiatement rentré à New York. Le soir, on annonce que les aéroports sont à nouveau ouverts.
Jeudi 25 janvier
Ce matin la radio annonce que les aéroports sont à nouveau fermés. Khomeiny, à ce qu’il parait, a dit qu’il serait à Téhéran demain, coute que coute..
Vendredi 26 janvier
On déconseille à Kh. de se rendre à Téhéran. Il annonce son retour pour dimanche. Grande manifestation pour protester contre ce retour manqué qui devait marquer, entre autres, l’anniversaire du prophète demain. Il y a des morts à l’université. Les étudiant s se déchainent . Bakhtiar dit qu’il a empeché ce retour car il ne pouvait assurer la sécurité de Kh. Il annonce qu’il se rendra à Paris pour le rencontrer.
Samedi 27
Bakhtiar confirme qu’il ira demain à Paris pour rencontrer Kh. Celui-ci annonce qu’il ne recevra le PM qu’à condition qu’il démissionne. Saideh parle au fils Bakhtiar qui lui dit que son père n’a nullement l’intention de démissionner, mais qu’il n’a pas assez la solidarité des gens. Il demande qu’on mobilise l’opinion en faveur de son père. Saideh se déclare prete à le faire. Dans la presse ici, démissionnera, démissionnera pas? Il est certain que s’il va à Paris et n’est pas reçu , il perdra la face et le peu d’autorité dont il dispose. Comment réagira l’armée dand une telle éventualité? Enzo pense qu’elle réagira de la manière prévue, c’est-à- dire par un coup d’état. Les manifestations sont de nouveau sanglantes et généralisées. Saideh est allée voir Kh. à Neauphle. Elle le trouve impressionnant et bete.
Ai vu le roi et la reine à la télévision, dans le parc de leur villa à Marrakech. Ils ont l’air très détendus. De vraies vacances, en somme. J’ai su plus tard qu’Edouard Sablier avait rendu visite au roi au Maroc et que, selon lui, le roi était malade, sous l’effet de drogues, et qu’il aurait déclaré que “le peuple iranien ne l’aurait pas compris”.
Dimanche 28
On parle de francs tireurs qui tireraient des toits sur les troupes avec des mitrailleuses. Des bandes armées, dont on ne sait très bien qui elles représentent , font de la provocation. A l’université, trente morts. Bakhtiar renonce à son voyage à Paris, dit qu’il ne démissionnera pas et ajoute que, selon lui, parmi les guerrilleros en question il y aurait des étrangers. Qui? Les fedayns?
29 janvier
Je parle à maman au téléphone. Elle me dit avoir parlé à papa qui trouve la situation très confuse et ne saurait encore juger bonnes les chances de réussite de Bakhtiar. Il dit que les manifestations sont “mauvaises”, beaucoup de provocation. Maman pense que Kh. est manipulé à son insu par le Tudeh.
Mardi 30 janvier
On annonce que les aéroports iraniens sont à nouveau ouverts. Kh. rentrera jeudi matin avec le consentement du gouvernment iranien. Ces incertitudes de Bakhtiar et ses changements constants de projet lui font du tort. Heureusement la journée a été calme, il n’y a pas eu de morts pour une fois.
nt du gouvernment iranien. Ces incertitudes de Bakhtiar et ses changements constants de projet lui font du tort. Heureusement la journée a été calme, il n’y a pas eu de morts pour une fois.
Jalal Tehrani, le président du conseil de Régence qui s’était rendu à Paris pour avoir une entrevue avec Kh., a démissionné car le “saint homme” a déclaré qu’il ne le recevrait qu’à cette condition . Maman m’appelle, après avoir parlé à papa qui la rassure naturellement. Il lui dit qu’il ne peut quitter son poste., qu’il faut “agir en homme” et par conséquent accepter ses responsabilités. Il dit à maman que ni lui ni Karim ne courre de risques, qu’il y a un revirement de l’opinion contre les mollahs coupables de nombreux abus contre la liberté et la dignité féminine. Les gens “murmurent” contre ces faux-chiens de pretres qui ont promis monts et merveilles pour obtenir le renvoi du souverain e qui maintenant, à la veille de prendre le pouvoir , montrent leur vrai visage d’intansigeance et d’obscurantisme. Tant pis pour qui se faisait des illustions, y compris l’opinion publique européenne qui s’émerveillait tellement de la naissante démocratie, Quelle mésalliance! Carter, quant à lui, semble disposé à renoncer aux libertés des iraniens, pourvu que Kh. le garantisse contre les communistes soviétiques et iraniens et ne coupe pas le pipe-line. En attendant, il a donné l’ordre de que l’on empeche l’arrivée du roi en Amérique. Vive la bonne foi! Le souverain rentrera en Egypte et Dieu sait où il poursuivra son exil errant.
24 janvier
Ce matin on annonce à la radio que les communications téléphoniques avec l’Iran sont interrompues e que tous les aéroports iraniens sont occupés par les troupes pour empecher le retour du “saint homme”. On a cru à un coup d’état que j’aurais personnellemt salué avec joie en jetant mon chapeau en l’air, s’il avait appuyé le gouvernement Bakhtiar. Celui-ci est le seul,infime espoir d’une future démocratie en Iran. La foule a manifesté contre les troupes à l’aéroport de Mehrabad et a été dispersée. On raconte d’ailleurs qu’on commence à déchirer et à bruler les photos de Kh. à Machad. Est-ce vrai? La presse italienne rapporte que Bakhtiar est en pourparler ave Khomeiny pour que le passage à la république islamique se fasse en douceur. L’armée serait disposée à accepter ce passage. Je souligne maintenant en écrivant et cela me fait penser que Bakhtiar aurait du avoir la puce à l’oreille, Pourtant papa disait bien à maman que l’armée soutient Bakhtiar (La fraternisation n’a eu lieu qu’en de très rares cas) et refusera d’accepter Khomeiny. Un émissaire de Carter a été en visite auprès de Khomeiny à titre privé, à Neauphle-le-Chateau, “en tant que citoyen américain soucieux du sort du peuple iranien”. Après son entrevue il est immédiatement rentré à New York. Le soir, on annonce que les aéroports sont à nouveau ouverts.
Jeudi 25 janvier
Ce matin la radio annonce que les aéroports sont à nouveau fermés. Khomeiny, à ce qu’il parait, a dit qu’il serait à Téhéran demain, coute que coute..
Vendredi 26 janvier
On déconseille à Kh. de se rendre à Téhéran. Il annonce son retour pour dimanche. Grande manifestation pour protester contre ce retour manqué qui devait marquer, entre autres, l’anniversaire du prophète demain. Il y a des morts à l’université. Les étudiant s se déchainent . Bakhtiar dit qu’il a empeché ce retour car il ne pouvait assurer la sécurité de Kh. Il annonce qu’il se rendra à Paris pour le rencontrer.
Samedi 27
Bakhtiar confirme qu’il ira demain à Paris pour rencontrer Kh. Celui-ci annonce qu’il ne recevra le PM qu’à condition qu’il démissionne. Saideh parle au fils Bakhtiar qui lui dit que son père n’a nullement l’intention de démissionner, mais qu’il n’a pas assez la solidarité des gens. Il demande qu’on mobilise l’opinion en faveur de son père. Saideh se déclare prete à le faire. Dans la presse ici, démissionnera, démissionnera pas? Il est certain que s’il va à Paris et n’est pas reçu , il perdra la face et le peu d’autorité dont il dispose. Comment réagira l’armée dand une telle éventualité? Enzo pense qu’elle réagira de la manière prévue, c’est-à- dire par un coup d’état. Les manifestations sont de nouveau sanglantes et généralisées. Saideh est allée voir Kh. à Neauphle. Elle le trouve impressionnant et bete.
Ai vu le roi et la reine à la télévision, dans le parc de leur villa à Marrakech. Ils ont l’air très détendus. De vraies vacances, en somme. J’ai su plus tard qu’Edouard Sablier avait rendu visite au roi au Maroc et que, selon lui, le roi était malade, sous l’effet de drogues, et qu’il aurait déclaré que “le peuple iranien ne l’aurait pas compris”.
Dimanche 28
On parle de francs tireurs qui tireraient des toits sur les troupes avec des mitrailleuses. Des bandes armées, dont on ne sait très bien qui elles représentent , font de la provocation. A l’université, trente morts. Bakhtiar renonce à son voyage à Paris, dit qu’il ne démissionnera pas et ajoute que, selon lui, parmi les guerrilleros en question il y aurait des étrangers. Qui? Les fedayns?
29 janvier
Je parle à maman au téléphone. Elle me dit avoir parlé à papa qui trouve la situation très confuse et ne saurait encore juger bonnes les chances de réussite de Bakhtiar. Il dit que les manifestations sont “mauvaises”, beaucoup de provocation. Maman pense que Kh. est manipulé à son insu par le Tudeh.
Mardi 30 janvier
On annonce que les aéroports iraniens sont à nouveau ouverts. Kh. rentrera jeudi matin avec le consenteme
1970 – 4
23 janvier
Jalal Tehrani, le président du conseil de Régence qui s’était rendu à Paris pour avoir une entrevue avec Kh., a démissionné car le “saint homme” a déclaré qu’il ne le recevrait qu’à cette condition . Maman m’appelle, après avoir parlé à papa qui la rassure naturellement. Il lui dit qu’il ne peut quitter son poste., qu’il faut “agir en homme” et par conséquent accepter ses responsabilités. Il dit à maman que ni lui ni Karim ne courre de risques, qu’il y a un revirement de l’opinion contre les mollahs coupables de nombreux abus contre la liberté et la dignité féminine. Les gens “murmurent” contre ces faux-chiens de pretres qui ont promis monts et merveilles pour obtenir le renvoi du souverain e qui maintenant, à la veille de prendre le pouvoir , montrent leur vrai visage d’intansigeance et d’obscurantisme. Tant pis pour qui se faisait des illustions, y compris l’opinion publique européenne qui s’émerveillait tellement de la naissante démocratie, Quelle mésalliance! Carter, quant à lui, semble disposé à renoncer aux libertés des iraniens, pourvu que Kh. le garantisse contre les communistes soviétiques et iraniens et ne coupe pas le pipe-line. En attendant, il a donné l’ordre de que l’on empeche l’arrivée du roi en Amérique. Vive la bonne foi! Le souverain rentrera en Egypte et Dieu sait où il poursuivra son exil errant.
24 janvier
Ce matin on annonce à la radio que les communications téléphoniques avec l’Iran sont interrompues e que tous les aéroports iraniens sont occupés par les troupes pour empecher le retour du “saint homme”. On a cru à un coup d’état que j’aurais personnellemt salué avec joie en jetant mon chapeau en l’air, s’il avait appuyé le gouvernement Bakhtiar. Celui-ci est le seul,infime espoir d’une future démocratie en Iran. La foule a manifesté contre les troupes à l’aéroport de Mehrabad et a été dispersée. On raconte d’ailleurs qu’on commence à déchirer et à bruler les photos de Kh. à Machad. Est-ce vrai? La presse italienne rapporte que Bakhtiar est en pourparler ave Khomeiny pour que le passage à la république islamique se fasse en douceur. L’armée serait disposée à accepter ce passage. Je souligne maintenant en écrivant et cela me fait penser que Bakhtiar aurait du avoir la puce à l’oreille, Pourtant papa disait bien à maman que l’armée soutient Bakhtiar (La fraternisation n’a eu lieu qu’en de très rares cas) et refusera d’accepter Khomeiny. Un émissaire de Carter a été en visite auprès de Khomeiny à titre privé, à Neauphle-le-Chateau, “en tant que citoyen américain soucieux du sort du peuple iranien”. Après son entrevue il est immédiatement rentré à New York. Le soir, on annonce que les aéroports sont à nouveau ouverts.
Jeudi 25 janvier
Ce matin la radio annonce que les aéroports sont à nouveau fermés. Khomeiny, à ce qu’il parait, a dit qu’il serait à Téhéran demain, coute que coute..
Vendredi 26 janvier
On déconseille à Kh. de se rendre à Téhéran. Il annonce son retour pour dimanche. Grande manifestation pour protester contre ce retour manqué qui devait marquer, entre autres, l’anniversaire du prophète demain. Il y a des morts à l’université. Les étudiant s se déchainent . Bakhtiar dit qu’il a empeché ce retour car il ne pouvait assurer la sécurité de Kh. Il annonce qu’il se rendra à Paris pour le rencontrer.
Samedi 27
Bakhtiar confirme qu’il ira demain à Paris pour rencontrer Kh. Celui-ci annonce qu’il ne recevra le PM qu’à condition qu’il démissionne. Saideh parle au fils Bakhtiar qui lui dit que son père n’a nullement l’intention de démissionner, mais qu’il n’a pas assez la solidarité des gens. Il demande qu’on mobilise l’opinion en faveur de son père. Saideh se déclare prete à le faire. Dans la presse ici, démissionnera, démissionnera pas? Il est certain que s’il va à Paris et n’est pas reçu , il perdra la face et le peu d’autorité dont il dispose. Comment réagira l’armée dand une telle éventualité? Enzo pense qu’elle réagira de la manière prévue, c’est-à- dire par un coup d’état. Les manifestations sont de nouveau sanglantes et généralisées. Saideh est allée voir Kh. à Neauphle. Elle le trouve impressionnant et bete.
Ai vu le roi et la reine à la télévision, dans le parc de leur villa à Marrakech. Ils ont l’air très détendus. De vraies vacances, en somme. J’ai su plus tard qu’Edouard Sablier avait rendu visite au roi au Maroc et que, selon lui, le roi était malade, sous l’effet de drogues, et qu’il aurait déclaré que “le peuple iranien ne l’aurait pas compris”.
Dimanche 28
On parle de francs tireurs qui tireraient des toits sur les troupes avec des mitrailleuses. Des bandes armées, dont on ne sait très bien qui elles représentent , font de la provocation. A l’université, trente morts. Bakhtiar renonce à son voyage à Paris, dit qu’il ne démissionnera pas et ajoute que, selon lui, parmi les guerrilleros en question il y aurait des étrangers. Qui? Les fedayns?
29 janvier
Je parle à maman au téléphone. Elle me dit avoir parlé à papa qui trouve la situation très confuse et ne saurait encore juger bonnes les chances de réussite de Bakhtiar. Il dit que les manifestations sont “mauvaises”, beaucoup de provocation. Maman pense que Kh. est manipulé à son insu par le Tudeh.
Mardi 30 janvier
On annonce que les aéroports iraniens sont à nouveau ouverts. Kh. rentrera jeudi matin avec le consentement du gouvernment iranien. Ces incertitudes de Bakhtiar et ses changements constants de projet lui font du tort. Heureusement la journée a été calme, il n’y a pas eu de morts pour une fois.
nt du gouvernment iranien. Ces incertitudes de Bakhtiar et ses changements constants de projet lui font du tort. Heureusement la journée a été calme, il n’y a pas eu de morts pour une fois.
martedì 28 luglio 2009
1979 - 3

Bakhtiar n’a aucune carte en main, sinon l’appui de l’armée. Mais celle-ci reste (oh! Combien, on le verra par la suite) fondamentalement une inconnue. Comment réagira-t-elle si Khomeiny fait précipiter la crise. Passera-t-elle de son coté, restera-t-elle fidèle au roi è travers Bakhtiar? Et si Bakhtiar décidait d’invoquer la volonté populaire et de faire un référendum institutionnel? L’armée ferait-elle un coup d’état monarchique, khomeiniste? C’est le noeud gordien que quelqu’un finira de trancher dans la violence. Maintenant nous savons qui. A ce moment-là les jeux sont encore ouverts. (Papa m’écrivait en février: Bakatiar ne veut pas comprendre qu’il faut répondre à la violence par la violence!) A ce stade, le mieux est de transcrire mon journal tel quel, en faisant quelques parenthèses avec commentaires.
Le 16 janvier 1979
Le roi a quitté l’Iran pour l’Egypte et les USA, dit-on, sans doute pour toujours. L’ai vu à la télévision avec la reine à son départ. Les traits tirés, très émus, ils avaient l’air de gens qui partent en exil. Mes sentiments sont très mélangés: Après tout c’est un morceau de notre histoire qui se conclut. Je me demande qui, maintenant, va réussir, comme il l’a fait, à concentrer sur lui-meme toute la haine populaite, et à servir ainsi de barrage à la guerre civile.
Le 17 janvier
Je téléphone à maman a 2 h. Elle est chez Saideh. Je parle à Azita. Très émue et inquiète. Elle dit que papa sera à Paris la semaine prochaine. Cela me donne du souci. Pourquoi ce voyage? Est-ce un départ définitif pour lui aussi, le début de l’exil . (Je pensais à ce moment-là que papa mourrait d’ennui et de crève-coeur à Paris!!!) Maman joint Enzo à Turin. Enzo m’appelle pour me dire qu’elle est boulversée par les évènements, qu’elle a parlé à papa hier. Il lui a parlé avec beaucoup d’émotions de ses adieux avec le souverain (il n’a pas été à l’aéroport). Il pense que le départ du roi ne change rien, sinon en pire. Maman dit qu’il voulait organiser une manifestation pour empecher ce départ (sur les instances pressantes du général Arfa, le vieux fou) et qu’elle l’a déconseillé.
Le 18 janvier
Mon inquiétude croit encore. Khomeinistes contre le gouvernement et le Tudeh. Le Tudeh contre tout le monde, le gouvernement à la dérive. Le ministre de la justice a donné sa démission parce que les fonctionnaires le sabotent . Quinze députés du parlement ont obéi à Khomeiny et ont démissionné aussi car, selon Khomeiny, ce parlement est illégal aussi. Massacre à Ahwaz. Les troupes ont tiré contre les opposants du régime. A Esfahan, par contre, elles ont demandé et obtenu l’autorisation de manifester en faveur de KH “sans armes”. C’est très nettement le début de la guerre civile. Les tribus s’agitent , elles sont traditionnellement royalistes et ne craignent pas les effusions de sang. Je n’arrive pas à me passionner pour les évènements. Je n’éprouve que de l’angoisse. Je passe mes journées à tourner en rond sans réussir à me concentrer sur quoi que ce soit. Enzo aussi est déprimée. Le pire sont les listes noires établies par les uns (Khomeinistes) et les autres (Tudeh) qui autorisent leur partisans respectifs à la chasse à l’homme. …
Le 19 janvier
Bakhtiar a parlé aujourd’hui pour dire… : “Si on m’obligeais à partir et que je refusait, ce serait la guerre civile; si j’acceptais de partir, ce serai pratiquement comme remettre aux militaires toute iniziative. Ils feraient un coup d’état qui, pour sur, provoquerait la guerre civile. “ Il a bien raison, le pauvre homme, mais cela ne sert à rien d’avoir raison. Le roi se balade à Assuan. Il a l’air à la fois triste et détendu. Je me demande quel effet cela lui fait de se dire qu’il ne reverra jamais l’Iran.
Le 20 janvier
Khomeini annonce son retour pour vendredi. Mon inquiétude est à son comble… Sa présence va encore fanatiser les foules, les militaires vont etre acculés. Quelle sera la réaction du Tudeh? Il est à supposer que les Communistes toujours très organisés laisseront les autres se combattre et retireront les marrons du feu. Décide d’appeler maman de Turin pour savoir quand papa viendra.
Le 22 janvier
J’appelle maman qui est absente. Azita me dit que papa ne viendra pas après tout. Ce changement de projet est survenu avec l’annonce du retour de KH…. Peut-etre pensait-il faire barrage contre le vieux fou? Qui sait? Azita me dit qu’elle a su par Karim que papa a très mauvais moral, ne parle pratiquement à personne et s’enferme dans sa chambre dès son retour à la maison. Elle ajoute aussi qu’il y a des bagarres terribles entre les musulmans et les tudeh dans les universités et que les mollahs brulent et déchirent les livres des bibliothéques qu’ils jugent contraires à la religion. Apprenant que Saideh a parlé à papa, je l’appelle. Elle a la voix tendue, presque hystérique. Elle me dit que papa ne quitte pas l’Iran “parce qu’il a, à ce qu’il dit, beaucoup à faire." (Pour mon compte on lui a laissé la tache d’ensevelir la monarchie avec l’aide de quelques autres fidèles qui sont restés après le départ du roi. Elle me dit aussi que les gens commencent à se révolter contre les mollahs, les étudiants et les journalistes surtout, et conclut qu’il y a des bons espoirs qu’au milieu de terribles douleurs, la démocratie s’instaure en Iran. Je pense aux terribles douleurs et continue à douter de ce que la démocratie s’instaure. A moins que Bakhtiar ne réussisse son coup et ce n’est pas probable.
martedì 21 luglio 2009
1979 - 2
Les frères et soeurs du roi ont quitté le pays, emportant tous leurs biens et faisant crouler une ou deux grosses banques. La saignée de capital vers l’étranger est colossale. Papa s’emporte encore une fois, il est démoralisé et ses lettres s’en ressentent. Mais il reste à son poste. En Iran les manifestations se succèdent. Tous les jours il y a des morts un peu partout. On prévoit de graves troubles pour le Moharram, au mois de décembre. Papa décide d’amener maman, Azita e Rudy à Paris. Il prétend qu’il veut voir son cardiologue et l’exposition Le Nain. A Saideh, il avoue que ce n’est qu’un prétexte pour éloigner maman de l’Iran. A maman il affirme que ce serait une “trahison” de sa part si elle rentrait en Iran. Je vais, quant à moi, passer deux jours à Paris. C’est la dernière fois que je verrai papa.Dimanche 19 (novembre 2008), déjeunons chez Saideh. Papa est muet. Il passe son temps à regarder Paris de la terrasse de Saideh. Saideh fait de lui des photos extraordinaires, les “photos de l’adieu”, les dernières avant celles de son procès et de sa mort. Je garde un souvenir terrible et angoissant de cet après-midi, comme si nous savions tous que c’était la dernière fois. Pour conjurer cette idée, je me plains auprès de Saideh: “Papa est sombre, indifférent. Je le vois deux fois par an et c’est toujours pareil.” En fait, nous savons qu’il est d’une tristesse mortelle. A se demander maintenant s’il ne prévoyait pas ce qui allait venir par la suite. Le lendemain, lundi, je quitte Paris. Papa et Djehanguir doivent repartir mardi, c’est à dire le lendemain. Papa est à moitié endormi. Il insiste pour se lever, il me serre sur son coeur et reste à la fenetre du salon pour me regarder partir. J’en suis à peu près malade. Le voyage de retour à Turin est un cauchemar. Dix heures de vide, d’angoisse. Quand j’arrive, Enzo m’interroge, je suis défaite, je me mets à pleurer.
Les enfants et moi allons è Vada et je prépare l’examen pour mon permis de conduire. Le temps passe, j’attends avec angoisse le Moharram. Jamais je n’ai été aussi terriblement inquiète. Papa promet de venir en Europe dans un ou deux mois. Il a encore “à faire” à Téhéran. A Paris, il nous dit que le roi est au bout de son rouleau. “S’il part, c’est la fin. S’il n’est pas encore parti, c’est pour éviter la guerre. Il est le seul à pouvoir l’éviter.” Et c’est vrai. Toute la haine se concentre sur lui et sur sa famille , mais c’est aussi un point de repère dans le chaos. Si seulement il avait eu l’intelligence de s’appuyer sur papa, de suivre ses conseils. Mais c’est déjà trop tard sans doute. L’été dernier nous pensions, Enzo et moi, qu’il eut fallu faire des éléctions libres immédiatement, à n’importe quel prix. C’était encore le meilleur moyen de montrer sa volonté de libéraliser. Le roi tenait encore l’armée, il n’y avait eu ni les morts d’Abadan ni ceux du 8 septembre. En automne, papa dit au roi (quote Saideh): “vous devriez pendre vingt persone parmi les plus corrompus et les plus responsables. Je devrais etre le vingt-et-unième puisque je suis obligé de vous donner ce conseil.” Pauvre petit papa. Amir-Abbas Hoveyda doit etre arreté, le roi voudrait que papa lui annonce la nouvelle, papa refuse naturellement. En fait cette arrestation ne change rien. Nous vivons tous dans le cauchemar ou croyons vivre dans le cauchemar. Il y aura pire, bien pire, après.
La reine tient une sorte de conseil de sages (dont fait partie papa) pour trouver le moyen de redresser la situation. Papa dit qu’elle est une “lionne”. Le roi, par contre, commence sa manie dépressive. Personne ne gouverne. Le 2 décembre, début du Moharram, de très graves troubles éclatent à Téhéran et ailleurs. Téhéran est littéralement saccagé, les statues du roi démolies (et il y en a beaucoup). On laisse faire, tout en tirant sur la foule. Il y a de nouveau beaucoup de morts, mais personne ne s’en étonne. Les morts en Iran, aujourd’hui, sont à l’ordre du jour. Puis c’est le calme plat jusqu’au 10-11, jour du Tassoua et de l’Achoura. Pendant ces deux jours, de grandes manifestations ont lieu; des milions de personnes se retrouvent dans les rues de Téhéran et défilent de manière pacifique, demandant surtout le second jour la fin du régime, à l’établissement de la république islamique. Karim et Djehanguir participent. Ils sont très impressionnés. La presse, en Europe, est pleine d’admiration pour ce peuple capable de manifester de manière unanime et pacifique sa volonté. Les manifestations ont été très bien organisées. L’armée reste à l’écart. Nous poussons tous un soupir de soulagement. Les choses vont-elles s’arranger? Le roi est en pourparlers avec Sadighi, ex ministre de Mossadegh pour qu’il forme le gouvernement. Azhari, le pauvre homme, n’est guère à la hauteur de la situation. En fait, en Iran, c’est bien Oveicy qui gouverne. Il est détesté et pour cause. Les pourparlers n’aboutissent à rien. Sadighi n’a sans doute pas envie de se compromettre et personne avec lui.
Fin décembre, Chapour Bakhtiar du Front National, accepte de former le nouveau gouvernement. Il est accusé par ses amis (Bazargan e Karim Sandjabi) d’avoir trahi la cause. Il n’a pas l’air de s’en faire. Il est ferme, l’oeil et l’allure tranquilles. C’est un personnage qui séduit au premier abord, si ce n’est par le courage qu’il a montré en acceptant.
La situation est plutot désespérée. On commence à parler du départ du roi. Les américains, en un premier moment, confirment leur appui au roi . En fait, c’est une question de temps. Tout le monde se dit qu’il n’est qu’encombrant et que sa présence empeche toute solution de la crise. L’opionion unanime est qu’il devrait laisser les coudées franches à Bakhtiar. Les américains finissent par voir en celui-ci une réelle possibilità et sans aucune autre forme de procès annoncent au roi qu’il serait temps qu’il prenne de “longues vacances”. En fait depuis pas mal de temps le roi ne cherche qu’un pretexte pour partir. Il dit qu’il est très fatigué, qu’il a envie d’aller se reposer, d’aller skier (c’est bien le moment). Le tout est de trouver un endroit où il puisse se réfugier. Personne ne veut de lui. Sa présence est trop encombrante. Les démocraties le refusent. La Suisse n’en veut pas car sa présence représente des frais énormes de sécurité. L’Amérique n’en veut pas non plus, au fond pour ces memes raisons et c’est sans doute elle qui fait pression d’abord sur Sadat e ensuite sur Hassan II du Maroc.
Le 16 février, le roi quitte l’Iran avec sa famille et une soixantaine de ses très “proches”. Il emporte, parait-il, un coffre de terre de l’Iran. Il a l’air tendu et triste. La reine a un regard plus fier mais triste aussi. Ils laissent derrière eux un pays déchiré, Bakhtiar à la tete du gouvernement et un conseil de régence dirigé par un certain Jalal Tehrani. (à suivre)
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