domenica 1 novembre 2009

1979 - 11

Dimanche 8 avril

J’appelle maman ce matin. Elle a aussi a parlé à Karim. Il y a dit à peu près les memes choses. Il lui a dit de ne rien faire car c’est sans doute les interventions (de l’étranger ) en faveur de Hoveyda qui ont fait qu’il a été exécuté si rapidement. Le monde, comme pour Bhutto, a été mis devant un fait accompli. Maman me dit aussi qu’ils essayent dans les journaux de meler papa à une vilaine histoire de SAVAK, qu’on dit qu’il est parent du (gen.) Arfa, considéré d’extreme droite. Est-ce la gauche qui orchestre? Elle me demande si Karim doit dementir. Je lui dis “ça servirait à quoi?” De toute façon, un démenti ne sera pas publié et, s’il l’est n’aura aucun poids”. Ces gens sont déjà décidés quant au sort de papa. Je me ronge de ne pouvoir rien faire. Maman me dit qu’elle tachera de parler à Albala, de retour de Téhéran et à Claire Blanchet. Albala aurait vu papa.
[Je me souviens qu’au cours de cette conversation, j’ai dit à maman “la seule chose à faire c’est que Karim aille à Qom et qu’il se mette à genoux devant la porte de Kh. jusqu’à ce que celui-ci le reçoive.” Maman m’a répondu “mais non, mais non.” Je lui ai dit “alors écrit la lettre à Kh.” Elle me répond “papa serait furieux”. Je lui dis “ maman, c’est de la peau de papa qu’il s’agit.” Ce meme jour, à table, j’a eu une longue et violente conversation avec Enzo qui insistait que papa était hors jeu depuis 15 ans et qu’on ne pouvait rien lui reprocher des évènements aussi lointains que ceux de ’63. Je lui ai répliqué qu’il suffisait de considérer la carrière de papa avec objectivité pour mesurer le terrible danger qu’il courait. Je lui ai répété encore une fois “papa est le seul à savoir ce qu’on lui a demandè et ce qu’il a répondu. Je suis sure qu’il est parfaitement conscient du danger.“ Déjà au début, quand Kh. devait rentrer, je suppliai maman de faire pression sur papa pour qu’il revienne à Paris et je lui disais, de meme qu’Enzo, que selon moi le retour de Kh. signifiait un risque personnel très grave pour papa. Pour moi, il s’est agi presque d’une équation mathématique. La seule inconnue était en vérité l’intensité de la haine et du désir de vengeance de Kh. Dès le moment où il n’y a plus eu aucun doute quant à cela, le sort de papa était décidé.]

Lundi 9

Il y a une logique effrayante dans les actions de ces gens pour ce qui concerne papa. Essaye toute la journée d’appeler maman, n’y parviens pas. Enzo m’appelle (de Turin) e me parle longuement des risques que coure papa. Puis il parle à Saideh et essaye de la convaincre . Il lui a promis qu’il irait en Iran éventuellement vers le 20 avril. [En fait, nous étions à peu près surs tous les deux de ce qui allait se passer. Je me souviens lui avoir dit “ Chaque fois que je t’ai demandé ton avis sur un quelconque évènement, tu m’as toujours donné une réponse sensée, sincère et confirmée par les évènements qui ont suivi. Maintenant je te pose la question suivante: est-ce que tu crois que papa va etre exécuté? Il m’a répondu “Oui, si on ne se depeche pas de l’empecher. Il faut prendre du temps. Mais pour ça il faut agir tout de suite. Tout de suite. “]

Mardi 10

Me réveille la mort dans l’ame et reste inquiète pendant toute la journée. [Ce matin-là Bianca, la maman d’Enzo, m’a écouté dans un long monologue dont le thème était: ils vont le tuer, ils vont le tuer. Elle ne voulait pas que je regarde la télévision. Plus tard elle m’a avoué qu’elle craignait qu’on ne fasse voir papa mort comme on avait montré Hoveyda, à la suite de son exécution.]