martedì 8 settembre 2009

1979 - 7

Vendredi 16 février

On annonce l’exécution de Nassiri, Khosrowdad, du gouverneur général d’Esfahan, et de Rahimi (qui sera dépecé par la foule). Ils auraient été simplement menés sur le toit de l’école Alavieh (QG de Kh. où celui-ci se trouvait) et tués Nassiri se serait fait trainer jusqu’au toit. Commentaire d’un journaliste: “Le nouveau régime a procedé à cette exécution presque (je souligne) sommaire (le procès a été fait selon la loi islamique) pour calmer ceux qui reprochent au gouvernement sa trop grande modération. A Tabriz, toujours des troubles. Demain ce serait l’ordalie pour Kh. qui a donné l’ordre aux populations de reprendre le travail après ces deux jours fériés. (jeudi 15, anniversaire du prophète et vendredi jour de repos et de prière). Les travailleurs rechignent déjà et exigent qu’on revoie leurs conditions de travail. Les aéroports et les frontières sont toujours fermés.
Une pensée me frappent soudain et m’attriste: si papa doit s’exiler à Paris, qu’adviendra-t-il de sa belle bibliothèque? Cela doit etre une des raisons pour lesquelles il ne veut pas quitter l’Iran. )En fait cet après-midi à 5.30 papa a été arreté. Il ne reverrait jamais sa famille , sa maison, ses livres. Je continue…)
17 février
A Téhéran, le travail a repris partout à 90% sur l’ordre de Kh. Les ouvriers du pétrole aussi ont recommencé à travailler. Mais les gens demandent les réformes tout de suite. L’exode des étrangers, surtout des américains . Arrestations en masse. (Quelle ironie: j’écrivais cela avec tant de naiveté, comme si rien ne devait toucher papa).
Dimanche 18 février
Pas de communications possibile avec l’Iran à cause d’une “panne technique”. Maman n’a pas parlé à papa depuis mercredi dernier. Elle s’inquiète de ce long silence. Saideh nous dit que tous les passeports ont été retirés et que personne ne peut quitter l’Iran avant deux mois, en attendant que de nouveaux passeports sont émis. Saideh est inquiète.

Lundi 19

On annonce à la télévision que Bakhtiar n’a pas du tout été arreté mais qu’il aurait fui et qu’il se trouverait en lieu sur (dans sa tribu?). Grand mystère. On annonce aussi que d’autres militaires et civils auraient été arretés et que 4 généraux auraient été exécutés dont un “ex capo della polizia segreta”. Je fais semblant de rien mais me sent palire jusqu’à la racine des cheveux. Maman (qui est avec nous en Italie) a très bien compris. Elle me demande: “ils ont bien dit ex capo della polizia segreta. C’est qui? Nassiri a été tué. Moghaddam s’est suicidé (ce qui n’étais pas correct. Moghaddam était encore vivant), Teymour Bakhtiar est mort depuis longtemps”. Elle n’a pas l’air inquiète mais cela la travaille autant que moi. J’en parle à Enzo qui en parle à un ami bien placé qui lui conseille d’appeler un journaliste de La Stampa pour plus de détails. Le journaliste dit qu’il s’agit du chef de la SAVAK de Ghazvin, plus tard on apprendra qu’il s’agit de celui de Kermanchah. Grosse émotion. Toujours pas de communication avec l’Iran à cause d’une “panne technique”.

Mardi 20

Toujours pas de communication avec l’Iran. Situation toujours très grave. Bazargan a l’air plutot débordé par les évènements . Il ne semble pas en mesure d’éviter les fusillades ni les arrestations ordonnées pas le Komiteh de Kh. alors qu’il a vait prétendu etre en mesure de le dissoudre et de prendre la situation en main. Il semble au contraire furieux de ces représailles qui ternissent l’image du nouveau régime. Il promet la reprise des fournitures de pétrole aux pays étrangers.

Mardi 21

Après le diner, Saideh parle longuement à Enzo. Maman, dans un éclair, a l’intuition qu’is se passe quelque chose de grave. Elle se met à trembler comme une feuille et devient verte. Je suis obligée de lui administrer du cognac et du sucre et de la rassurer, tout en me sentant horriblement inquiète. Enzo la rassure aussi puis il vient dans la cuisine me dire que Saideh a appris pas un ami journaliste de France Inter que papa aurait été arreté mais qu’elle attend confirmation demain a 5h. Naturellement, je suis prise de panique, mais doit me controler à cause de maman. Je voudrais aller à Téhéran , étant en possession d’un passeport italien. Enzo pense que ce ne serai pas sage, que je ne pourrai rien faire. Toujours pas de communication.

Jeudi 22 février

Fais semblant de rien pendant toute la journée. Maman me semble rassurée par mon attitude mais tout à fait fatiguée par sa crise d’hier soir. J’attends cinq heures avec angoisse. A cinq heures rien ne se passe. Enzo me téléphone pour me dire que Saideh ne rentrera pas avant neuf heures. Je suis bien convaincue au fond de moi-meme que la nouvelle est vraie. Il n’était pas probable que papa échappe à l’attention de ces gens et passe inaperçu. A neuf heures Saideh téléphone et confirme la nouvelle. Mamn prend bien la chose et nous rapporte toutes les démarches faites par Saideh auprès des amis français de nos parents pour qu’ils interviennent (Georges Buis qui, une semaine avant le retour de Kh, suppliait maman d’obliger papa à revenir à Paris, Jean Lacouture, André Fontaine). Peu après Saideh nous rappelle pour dire qu’elle a enfin parlé à Djehanguir. Papa serait à l’école Alavieh, centre du Komiteh KH. avec tous les gros bonnets. Karim aurait écrit une lettre à Kh. pour lui rappeler tous les égards que papa a eus pour lui lors de son emprisonnement (en 1963) et l’informer que papa est malade et que sa santé exige beaucoup de soins.