domenica 25 ottobre 2009

1979 - 10

Mardi 20

Ces journées sont de nouveau remplies d’angoisse. Je vis dans le cauchemar, sans nouvelles. Rien dans les journaux.

Jeudi 29

Maman me téléphone pour me dire qu’il y aura un procès contre papa, que les autorités ont fait publier par les journaux et annoncé à la radio une liste de 36 personnes , invitant les populations à venir dénoncer leurs crimes. Cela se passe de commentaire.

Vendredi 30

Journée de referendum en Iran. La question posée est la suivante: Monarchie ou République islamique? Deux bulletins de vote (de couleur différente). On vote en plein air, sans isoloir. Le résultat est imaginable. Téléphone à Saideh car elle me parait, de tous les membres de la famille, la plus active. Je suis angoissée. Je lui dis alors que si le procès n’est pas public, c’est qu’on veut la tete de papa. Papa est le seul à savoir ce qu’on lui demandé e ce qu’il a répondu en cours d’instruction. Il est le seul à savoir les risques qu’il coure. Nous autres nous vivons d’espoir et de suppositions. Je sais quand meme qu’on a demandé à papa pourquoi il a fermé l’école de Qom en ’63 et qu’il a répondu “parce qu’il le fallait”. Cela a du convaincre ses inquisiteurs. Saideh m’assure que le procès sera public, avec toutes les garanties. Une délégations de juristes internationaux s’en va en Iran, avec è sa tete un certain (avocat)Albala auquel Saideh a téléphoné pour lui parler de papa. Il lui a assuré qu’il verrait papa et interviendrait en sa faveur. [En fait Albala et sa délégation allaient en Iran pour controler la légalité de l’opération reéférendum. Il a dit en rentrant que le référendum avait eu lieu dans la légalité! Claire Blanchet nous a raconté les détails de cette légalité. Elle a dit que les gros paquets de bulletins de vote trainaient un peu partout et qu’elle regrettait de ne pas en avoir emporté quelques uns à titre de souvenir! Que les gens votaient en plein air et demandaient aux membres du siège électoral comment il fallait faire. Ceux-ci s’empressaient naturellement de leur montrer le “bon” bulletin de vote. Ce que Pierre et Claire ont rapporté a eu lieu dans les villages au pied du Damavand où ils sont allés assister à l’opération de vote.
Quant à Albala, maman lui a téléphoné à son retour pour savoir s’il avait vu papa. Il lui a fait répondre par sa secrétaire et lui a fait savoir qu’il avait vu papa et qu’il allait bien. Maman a supplié la secrétaire de lui passar Albala en personne pour qu’il lui donne des détails. Elle a poliment et froidement refusé, sans doute parce qu’elle avait reçu des instructions. Albala aurait dit à la presse que les prisonniers étaient convenablement traités et leurs droits respectés].

Lundi 2 avril

99,99% de votes en faveur de la République islamique! Qui s’en étonnerait? Surement pas maitre Albala. Ils vont en faire à leur tete à présent . [Enzo me dit que meme avec un calculateur la marge d’erreur est d’environ de 10%].

Mardi 3 avril

Reçois une lettre de papa datée du 9 février. Pauvre petit papa adoré. Il est tellement pessimiste et il a bien raison. [Une semaine après il a été arreté. Le lundi la République islamique a été proclamée. Vendredi il a été arreté. Ces gens savaient à coup sur ce qu’ils voulaient et s’ils l’ont pris dans une rafle généralisée, cela ne change rien au fait que c’est bien lui qu’ils cherchaient.
[Cette lettre du 9 février a une histoire curieuse. Un jour, environ 10 jours avant le 3 avril, j’ai reçu un coul de fil vers 10h du matin. Une voix provenant d’un monsieur agé et très faché qui me dit: “ je vous téléphone de via Nizza. Donnez-moi votre adresse pour que je vous l’envoie. “ Je lui donne mon adresse, tout à fait interloquée et le regrette sur-le-champ car le monsieur raccroche sans ajouter mot e je ne peux lui demander d’explication. Tout de suite après j’appelle Enzo qui est furieux et me dit que j’ai eu tort de donner notre adresse. Il y a tellement d’actes de terrorisme et surtout il craint les iraniens. Je suis très inquiète. Pendant 10 jours, je me fais du souci. Cette lettre n’arrive pas et je commence à me demander s’il ne s’agit pas en effet d’un mauvais coup. La seule chose qui me rassure c’est que ce type connaissait le numéro de téléphone, il ne lui était pas difficile de trouver l’adresse sans rien me demander et de faire son mauvais coup sans préavis. Et puis c’était une voix agée de petit employé furieux de devoir se donner du mal. Le 3 avril la lettre arrive enfin et tout s’explique. Papa l’avait confiée au fils de Sobhi qui se rendait en Italie. Quand il est arrivé, il a du apprendre l’arrestation de papa et il s’est dit qu’il valait mieux ne pas se mouiller avec des gens comme nous en me téléphonant. Il a donc collé des timbres sur l’enveloppe et il l’a mise dans une boite aux lettres. Or sur l’enveloppe, il n’y avait que mon nom et mon numéro de téléphone. La lettre est arrivée à la poste centrale de via Nizza, entre les mains du petit employé. Tout furieux qu’il était, ce pauvre bonhomme m’a téléphoné et m’a expédié la lettre, faisant son devoir avec un scrupule admirable. Il ne savait pas qu’il venait de faire une des meilleures actions de sa vie, puisque c’est la dernière lettre que j’ai reçu de mon père].

4 avril, mercredi [une semaine après ce serait le tour de papa]

Bhutto a été exécuté. Faudrait-il dire assassiné? Cela me bouleverse littéralement. Parle à maman. Elle me dit qu’il y a une campagne de presse en faveur de papa en Iran et que selon Djehanguir, la seule personne qui peut intervenir pour sauver papa, c’est Kh. Maman dit qu’elle va lui écrire.

Vendredi 6 avril

Partons pour Vada. Je suis très fatiguée , la tete vide quand elle n’est pas pleine d’images de cauchemar. En Asie, j’ai l’impression que c’est le délire religieux. Les européens n’y comprennent rien à rien. Quoi qu’ils fassent, les orientaux s’en fichent. Papa était intervenu en faveur de Bhutto. Cela n‘a servi a rien.
Samedi

Nous apprenons ce soir l’exécution de Hoveyda. Je n’ai plus le coeur de rien espérer. Quelques soient les fautes de Hoveyda, il n’a jamais fait tué ses adversaires. Il est malgré tout plus respectable que ses bourreaux. Je me mets à pleurer, mais les larmes séchent vite. A quoi bon? Maman m’appelle, sa voix tremble. Je crois qu’elle est à peu près folle d’inquiétude. Je parle à Karim au téléphone. Il est 4h du matin à Téhéran. Il a la voix pateuse. Il me dit de ne pas m’inquiéter. “Papa, dit-il, n’est pas dans la meme catégorie que Hoveyda”. Je lui demande à quand le procès. Il me répond “je ne sais pas. Ici les choses changent de jour en jour. Tu as bien vu que Kh. a changé ? d’avis sur Hoveyda.” Je lui demande s’il a vu ou verra papa. Il me réponds “non je ne l’ai pas vu et ne verrai pas. Ils ne me laisseront pas le voir”.
Maman me rapporte les propos d’André Fontaine (qui venait de rentrer de Téhéran, il me semble): “Vous ne savez pas ce qui se passe dans votre pays. C’est tout à fait horrible. “ Kh. aurait dit: “A quoi servent les procès? Nous savons qui sont les coupables. Il faut les tuer jusqu’au dernier.”