lunedì 19 ottobre 2009

1979 - 9

Vendredi 2 mars

Situation très confuse. Une coupure semble se faire entre Kh. e Bazargan.

Dimanche 4 mars

Bazargan ne semble pas capable de controler la situation. Kh. ,de Qom, lance des invectives à la Savonarole. Les exécutions continuent sur l’ordre de divers Komiteh Khomeini qui se sont formés spontanémentdans le pays, jusque dans les plus petits villages. Naturellement, dans de telles conditions, la justice (justice?) rendue est plutot sommaire. Bazargan est irrité et impuissant.

Mardi 6 mars

Maman me téléphone pour me rassurer (!). Karim et Dejahanguir maintiennent le contact avec papa par l’intermédiaire de plusieurs personnes. [ Il s’agirait en fait d’un infirmier de Qasr], mais en attendant , on ne parle pas de libérer papa. On ne “trouve pas de juge”, cequi parait étrange. Mes journées se passent dans une inquiétude latente. Je n’ai jamais rien éprouvé de semblable et je crois que ce qui distingue mon sentiment, c’est qu’il est sans issue, la situation elle-meme est sans issue, tout au moins dans l’immédiat. J’ai peur que K. Et Dj. s’habituent à la routine e ne fassent pas tout ce qu’il y a à faire . On ne peut se contenter des assurances que donnent les intermédiaires. Maman me dit que K. et Dj. vont s’adresser à Matine-Daftari, le neveu de Mossadegh, qui est un avocat célèbre (et un membre influent du comité pourl es Droits de l’Homme!!!) pourqu’il intervienne. Maman m’annonce qu’Azita et Rudy rentrent. Ce n’est pas très malin.

Jeudi 8 mars

Journée de la femme dans le monde. En Iran, les femmes manifestent contre le port du voile et autres contraintes que l’Islam impose aux personnes de leur sexe. Kh. réplique avec duvet [plusieurs femmes dans la foule reçurent ce jour-là des coups de couteau]. Matine-Daftari, président de l’organisation des droits de lhomme, demande de pouvoir surveiller les procès qui se font actuellement et de visiter les prisons pour voir les conditions de vie des prisonniers. Le gauche et le centre libéral se lient de plus en plus, en vue d’obtenir que le référendum du 30 mars ne pose pas la question “République islamique ou monarchie, mais plutot “République tout court ou monarchie”. Bazargan est impuissant et la rupture avec KH. qui est le principal baton dans ses roues, se précise de plus en plus: On annonce que le nouveau régime va faire le procès par contumace de la famille royale. Mon impression est que papa restera en prison tant que ce procès ne se fera pas. Sept personnes fusillées.

Vendredi 9 mars

Bazargan menace de démissionner. Kh. l’attaque ainsi que ses ministres qui veulent une démocratie à l’Occidentale, qui se comportent pire que les anciens ministres par leur luxe et leur inertie. Huit personnes fusillés pour délits sexuels!!! Manifestations de femmes que les jojjaheddin attaquent à coup de conteau. Le ministre de la justice déclare à la presse qu’il ne faut pas se scandaliser des arrestations arbitraires et des exécutions sommaires. André Chénier ne fut-il pas arreté et décapité pour une raison tout à fait insignificante? Merci.

Samedi 10 mars

Bazargan se réconcilie en apparence avec Kh. auquel il rend visite à Qom avec une délégation de ministres: en fait la situation pourrit et le gouvernement manque de poigne, d’idées et de volonté. Cela rend la situation de papa très dangereuse. Cha’aban Bimokh a été exécuté parce que “gangster à la solde du roi”.

Lundi 12

Appelle maman. Elle me dit que Karim a garanti (comment peut-il garantir quoi que ce soit?) que papa serait sorti dans trois jours parce que le gouvernment a investi trente juges pour qu’ils en finissent avec tout les dossiers en cours. Papa va bien, parait-il, mais maman n’a pas une bonne voix. Ou plutot elle essaye sans y réussir, elle me dit que les autorités auraient conseillé que papa “ne rentre pas à la maison, parce qu’il y a beaucoup de gens mal intentionnés (textuel!) qui s’en prennent aux libérés. Veulent-ils mettre papa en liberté surveillée?

Jeudi 15

On annonce que Hoveyda a été condamné à mort par le tribunal islamique. Mon inquiétude croit de minute en minute. Et
papa? Les chefs d’accusation contre Hoveyda: avoir favorisé le sionisme et la politique américaine en Iran. D’avoir agi, en somme, contre la loi du Coran. L’Amérique n’existait pas encore au 7e siècle et le sionisme, s’il y en avait, était à ses premières armes. Ces memes accusations – sionisme, favoriser les Etats-Unis – vaudraient pour papa. Cauchemar.

17 mars, samedi

Bazargan se rebelle et va voir Kh. à Qom. Il lui dit le mauvais effet que font les exécutions sommaires à l’étranger. Kh. donne l’ordre de suspendre tous les procès et toutes les exécutions jusqu’à ce qu’ont ait étable un règlement en la matière. Aucune nouvelle de maman. Papa n’a donc pas été libéré (comme l’avait promis Karim). Il y aura un procès, j’en suis sure.